12 novembre 2009
Bad Boy
Dico est l'un de mes élèves de 4ème. 14 ans ou presque, un bon mètre 80 tout en bras et en jambes. Dico a deux particularités. La première est qu'il est, aux yeux de la classe une sorte de génie. D'où son surnom, véridique, de Dico. Le dictionnaire. C'est le seul à utiliser dans ses copies, à bon escient, des adverbes comme "inexorablement" ou à savoir expliquer sans broncher ce qu'est un exégète. Il est fan de bandes dessinées, mais pas n'importe lesquelles, celles des studios Marvel. Il sait que Dali et Picasso ne se supportaient pas. Bref. Dico.
L'autre particularité de notre ami Dico est qu'il est terriblement, atrocement, inexorablement... mou. Il est aussi peu dynamique qu'il est intelligent, c'est dire. Il a toujours un sourire vague vissé sur la tronche, les yeux un peu flous, la tête trop lourde pour tenir droite. D'ailleurs, les autres me l'ont dit dès la rentrée, "vous inquiétez pas madame, il a toujours été comme ça, c'est le poids de son cerveau qui le fatigue". Et Dico de confirmer dans un sourire à peine esquissé. D'ailleurs, lorsque je lui ai une fois suggéré de se mettre un pétard là où je pense, il m'a rétorqué que "Madame, mon père me met déjà un coup de schloppa sur les fesses tous les soirs ça ne marche pas." (Schloppa = pantoufle dans mon chez-moi).
Hé bien, lundi, Dico était encore plus mou que d'habitude. Sac trainé sur le sol, tête posée sur la table, ou, sous mes reproches un brin excédés, sur la main. Même le sourire flou habituel avait disparu. Aucun mot savant. Rien. Dico était devenu un non-Dico. Devant mon inquiétude, il m'explique qu'il souffre de céphalées (si, il parle comme ça). Et que c'est dû au fait qu'il s'est couché très tard, il a regardé la télévision.
Aaaaaaah me suis-je dit. Hé bien voilà. Ce n'est pas un extraterrestre finalement. Comme un ado de base, il s'est couché à 2h du matin parce qu'il a regardé du catch.
(Notez ici que je ne me suis pas encore habituée à ne plus être en ZEP, où il était habituel pour la plupart des ados de regarder la télévision à des heures où vous-même, couche tard invétéré, êtes déjà au pays des limbes. Pour moi, un ado qui se couche tard, c'est forcément parce qu'il a émésséné ou télématé jusqu'à pas d'heure. J'ai donc un peu sermonné le Dico, tout en étant secrètement rassurée sur sa normalité.)
Le lendemain, il avait retrouvé sa mollesse habituelle. Je lui ai donc demandé s'il s'était couché à l'heure, il m'a répondu que oui.
Un peu plus tard, j'ai surpris la conversation suivante entre Dico et son voisin:
"Alors, ça va mieux? Tu t'étais couché vraiment tard, hein?
- Ben ouais, je me suis couché à 10 heures, et je ne le supporte pas, manifestement.
-Ah ouais, quand même, 10 heures!!! Tu as maté la télé?
- Oui, figure-toi que je suis resté accroché au reportage d'Arte sur la chute du mur de Berlin. C'était passionnant, mais je ne veux pas être communiste!
- Ah non, je l'ai pas vu. Et là ça va mieux?
- Oui je me suis couché à 8 heures comme d'habitude, et je me sens mieux."
Je ne m'en suis toujours pas remise.
09 novembre 2009
Petits moments égoïstes
J'ai beau être une adulte raisonnable, mûre et responsable, un respectable professeur digne de ce nom, en de rares occasions, je redeviens une gamine immature dont le cerveau fournit bien involontairement des "na!!" et des "et toc!".
Oui bon.
Quelques personnes me connaissent en vrai, donc je reprends... J'ai beau DONNER PARFOIS L'IMPRESSION d'être une adulte raisonnable...etc etc (c'est mieux comme ça? ), je SUIS bien souvent une gamine immature dont le cerveau fournit avec grand plaisir de nombreux "na" "et toc!"!
C'est le cas au travail, car même si je ne laisse rien transparaître, parfois, je m'autorise à prendre beaucoup de plaisir aux facéties de mes garnements.
Ainsi, cet après-midi, quand deux jeunes filles m'ont fait un exposé sur les sorcières, déguisées, maquillées, avec marmite, araignées, balais... je me suis laissée fasciner tout comme le reste de la classe. C'est tellement chouette de les voir créer, imaginer, se décarcasser pour faire l'exposé du siècle! Alors le professeur a bien vu que l'exposé était trop long de 10 minutes, que le "jeu" des comédiennes nuisait un peu au contenu de l'exposé...l'ado qui sommeille au fond de moi a laissé faire...
Quand j'entends mes élèves soupirer à la fin de l'heure "quoi, déjà???" totalement spontané, ben ça me fait un plaisir fou, même si pour ma part je suis frustrée parce que je ne suis pas arrivée au bout de ce que j'avais prévu.
Mais pire encore, j'avoue ici, quand mes élèves disent "rho non madame vous ne voulez pas nous garder, on a histoire-géo après mais c'est mieux avec vous!!!" et qu'en plus je n'aime pas du tout la collègue d'histoire-géo en question, mon cerveau d'ado jubile pendant que ma partie prof les sermonne quant à l'importance de suivre tous les cours...
Lorsque certains élèves préfèrent venir assister à mes cours plutôt que d'aller en permanence, prennent des airs déconfits lorsque j'annonce que non seulement je serai absente, mais en plus remplacée par le professeur de physique, je sens un plaisir profond et secret.
Je sais bien qu'en tout élève sommeille un lèche-bottes accompli... mais je crois qu'en tout prof dort, plus ou moins profondément, un gamin ravi d'être aimé.
24 octobre 2009
Bande de sales bourges!!!
Je parlais récemment des différences fondamentales et infranchissables qui existent entre les ados de la campagne et les ados de la cité. Ceux qui font du basket, de l'équitation, du ski, de la natation à bon niveau dans des clubs, et ceux qui jouent au foot dans la rue. Ceux qui connaissent Brassens, qui savent que Mozart était un compositeur, et que Victor Hugo n'est pas un auteur de comédies musicales (même si Mozart est un compositeur français et Hugo un auteur du XVIème mais bon, le gros du truc y est) et ceux qui pensent que la Belgique est au sud de l'Italie qui est elle-même un pays sud-américain.
Effectivement, c'est une réalité.
Une autre réalité, c'est qu'un ado est un ado. Quel que soit son milieu social et familial, quelle que soit sa culture (ou son inculture), quels que soient les pays du monde qu'il a déjà visités, un ado de famille aisée a les mêmes préjugés, les mêmes à prioris qu'un ado défavorisé des cités.
J'ai réalisé ceci à plusieurs reprises depuis le début de l'année, mais de façon bien plus criante lors de la dernière analyse de texte, qui mettait en scène les bourgeois habituellement dépeints par Maupassant. Inévitablement, à la question "et quel est le milieu social des personnages?" j'ai eu la réponse "mais c'est des bourges, madame".
Constatons ici que l'ado de campagne n'osera tout de même pas utiliser l'adjectif "sale" placé devant "bourge". L'ado de campagne sait pertinemment qu'on n'utilise pas de vilains mots devant son professeur de français, même si on le fait tranquillement derrière son dos.
Le Bourge, donc. Le sacro-saint Bourge, contre qui je me bats depuis des années.
Mais là, avec une différence notable. C'est que ce sont ceux-là même qui sont méprisés par les gars de la cité, qui les traitent sans vergogne de "sale bourges", qui méprisent à leur tour des "bourges"... Société, société...
Je me suis alors lancée dans mon laïus habituel, ma bataille annuelle, pour expliquer que "bourge" vient de "bourgeois" qui habitent un bourg, qui sont ceux qui vivent de leur travail, et bla et bla et bla...
Mais je leur ai ajouté gentiment: "vous savez, pour mes élèves de l'année dernière, les bourges... c'est vous!! Même toi, Brandon, qui fais dépasser les 2 cm de chaussettes sur ton jean's bien repassé, hé oui, même toi Brandon, tu ne trompes personne, pour ceux de la cité tu es un bourge."
Silence.
Silence.
Les yeux sont écarquillés. Les mâchoires tombent. Jamais eu un tel silence atterré depuis la rentrée. Ils sont des bourges pour quelqu'un. Eux, les gens cool, les gens dans le coup, sont les ringards pour quelqu'un.
Et une petite voix d'ajouter: "Alors madame, si je comprends bien, on est toujours le bourge de quelqu'un?"
06 octobre 2009
Bêtisier
Je m'amuse bien en corrigeant mes copies, qui ne portent pourtant pas sur un sujet rigolo... Dans le cadre d'un chapitre sur le témoignage de guerre, nous avons étudié une BD de Tardy montrant un poilu qui agonise dans les barbelés devant ses camarades impuissants. Dans sa souffrance, il appelle sa femme.
Je leur ai donc demandé, youpitralala, d'imaginer la lettre écrite par un camarade à la femme pour lui annoncer la mort de son mari, dans son contexte, et bien sûr en présentant les choses de la manière la plus "douce" possible...
Ben je suis gâtée. A la place de cette pauvre femme, je me suiciderai tout de suite...
Il y a les pathétiques: "Au bout de quelques heures, il (le mari de la dame, qui est mort au champ de bataille coincé dans les barbelés) savait qu'il allait mourir, c'est comme une gazelle lorsqu'elle se fait pourchasser par une lionne, elle sait que la lionne va plus vite et donc qu'elle va mourir".
"Bernard et moi on voulait pas vous blesser mais on voulait vous écrire pour que vous appreniez la nouvelle au lieu de vous impatienter que votre mari revienne."
Il y a les effrayants, très doués pour remonter le moral: "sa mort était longue et atroce, mais il est mort la tête haute"
" Vous savez, il a énormément souffert, il s'est beaucoup débattu. Au bout de quelques heures, il savait qu'il allait mourir."
"Il hurlait de souffrance."
"Le paysage est fait de cadavres décomposés, autour desquels bourdonnent des milliers de mouches. (Quelques lignes plus loin) Ton mari est mort, son corps est là depuis plusieurs jours et personne n'ose le chercher."
Les gros égoïstes: "Je termine en te faisant mes condoléances et en espérant que tu iras mieux d'ici quelques jours. Passe le bonjour à ma femme et mes enfants."
""Il ne faut pas vous inquiéter ou vous affoler, mais votre mari est mort. "
"Nous espérons que chez toi tout va pour le mieux (à la fin de la lettre, après l'annonce du décès). Nous t'embrassons et le bonjour à toute la famille ainsi qu'aux amis. Avec grands regrets de cette nouvelle."
" Chassez ces mauvais souvenirs et repartez à zéro."
25 septembre 2009
A la croisée des mondes*
Ce soir, au supermarché, j'ai laissé mon esprit vagabonder. Eh oui, ça vous étonnera peut-être, mais faire les courses est une activité tellement fascinante qu'en général je passe ce temps à penser à autre chose. Mon mari vous dira que c'est pour ça que j'oublie toujours la moitié mais là n'est pas la question.
Mon esprit vagabondait, donc, et s'est mis tout seul à évoquer les bons souvenirs de la semaine de classe... de fil en aiguille m'est venue une idée farfelue. Imaginons une rencontre... une rencontre entre l'un de mes élèves de Bahutpépère et l'un de mes "anciens" de Citéquiflambe. Je me voyais déjà bloguer un dialogue loufoque tiré tout doit de mon imagination, qui remporterait les suffrages enthousiastes de la foule toujours croissante de mes lecteurs adorés.
Prenons l'un de mes exemplaires préférés de Bahutpépère. J'adore ce gamin, peut-être pour la seule raison que j'ignorais que de tels spécimens existaient encore. Appelons-le Achille. Achille est un blond aux yeux bleus, cheveux un peu trop longs coiffés artistiquement en mini-vague légèrement ondulée sur le côté. Il adore porter des chemises noires qui mettent son teint en valeur. Chemises, jeans repassés, vraies chaussures. Il est apprécié de tous, drôle, souriant, intéressé, bon élève sans être l'intello de service, camarade dévoué... Mère pharmacienne, père chanteur lyrique à ses heures. Achille me fait bien rire, notamment cette semaine où j'ai failli faire pipi dans ma culotte, parce que, trop pressé de répondre à l'une de mes questions, il a levé le doigt si vite qu'il s'est violemment cogné le coude à sa table. Ce qui a provoqué mon hilarité, c'était de le voir se frotter le coude, outré, non pas d'avoir mal, mais de n'avoir pas été interrogé. C'était tellement surréaliste que j'ai failli m'effondrer. D'où son surnom d'Achille, pas Talon mais Coude (oui je sais c'est vendredi soir, lecteur, attends-toi à des vannes nulles).
Mettons face à face avec Achille Coude un autre de mes élèves de Citéquiflambe. Prenons Momo, jogging blanc des grands jours descendu sous le caleçon, chaussettes Adidas immaculées savamment tirées par-dessus le tout, casquette Lacoste en équilibre sur le crâne rasé agrémenté de rayures décolorées. Père en Algérie, mère chômeuse de 25 ans élevant seule ses 6 enfants dans un deux-pièces. Momo a un coeur gros comme ça mais le cache bien parce que dans la cité, m'dam, faut carrément être un dur et mitonner sinon bah on s'fait maraver la gueule, tu vois, m'dam, et pas la peine de bosser pour être au smic si on peut se faire de la thune avec des lecteurs dvd volés. Je l'aime bien Momo, il me fait rire, parfois un peu jaune, j'ai de la tendresse pour ce coeur un peu cassé qui veille sur sa petite soeur comme sur un trésor mais qui ne sait pas trop comment faire dans la vie.
J'ai essayé de l'imaginer, ce dialogue. J'ai essayé le genre drôle, mais j'ai trop de tendresse pour eux pour les ridiculiser. J'ai essayé le genre émouvant, mais je n'ai rien trouvé d'un peu objectif.
La vérité? C'est que ces deux mondes sont si imperméables, ont des images tellement faussées l'un de l'autre, qu'il est impossible de les faire communiquer. Même dans mon imagination. Quand mes élèves de cette année ont entendu que je venais de Citéquiflambe, un frisson d'horreur les a parcourus. Ils me demandent de temps en temps, "Madame, dans votre ancien collège, les élèves savaient lire et écrire?". Sans blague. Mes élèves de Citéquiflambe ont un mépris sans bornes pour ces sales bourges ringards de la campagne. Quand ils savent qu'ils existent.
Alors un Achille blondinet à Citéquiflambe aurait un temps de survie très limité. Un Momo à Bahutpépère serait tellement perdu, tellement atterré, qu'il sombrerait vite dans la déprime. Pas moyen d'imaginer un dialogue.
Et bien sûr, en pensant à tout ça, j'ai encore oublié d'acheter du pain.
* A la croisée des mondes, titre emprunté à l'excellente trilogie de Philip Pullmann.
** Une interview de moi est publiée ici merci à Vanillette de s'être intéressée mon travail!
15 septembre 2009
Ils sont normaux!!!!
Ouf, ça y est, je suis rassurée!! Figurez vous que mes ados sont NORMAUX. Je commençais à en douter, vu comme mes cours se passent dans la bonne humeur, avec le sourire. Ils ont de l'humour, ils sont sympas, raisonnablement bavards et flemmards mais tellement gentils.
Mais ce matin, enfin, miracle, j'ai retrouvé mes marques. Une petite lueur d'espoir qui me ramène à une réalité connue. Un petit toboggan pour entamer ma redescente sur terre.
D'abord, j'ai découvert que les troisièmes ne savent RIEN en grammaire. Queud. Adjectif, à la rigueur, mais complément du nom, passé composé, valeurs du présent, jamais entendu parler. Ouf. J'ai presque cru que je n'avais pas grand chose à leur apprendre. D'ailleurs lorsque je leur ai annoncé qu'on lirait sous peu Le baron perché de Calvino, qu'un grand dadais m'a demandé s'il faisait plus de 100 pages, et que je lui ai rétorqué que s'il voulait y'avait moyen de lui faire étudier Oui-Oui à la plage, je me suis presque sentie à la maison. Mais bon, il m'a répondu que non, il préfère Tchoupi fait les courses et j'ai été déçue. Le sens de la répartie, quand même, ça témoigne d'un esprit assez vif et j'aime bien ça.
Mais ce matin l'inespéré s'est produit.
4 élèves de 4ème n'avaient pas fait les deux misérables exercices que je leur avais donné la veille. En gros, 3 minutes par exo, 6 minutes de travail en tout, terrible. Ils m'ont tendu leur carnet de liaison, l'air blasé, parce que dans ce collège on met des croix pour travail non fait et qu'au bout de 4 il y a une heure de colle. Franchement, ils s'en foutent jusqu'à la troisième croix.
Du coup comme tout le monde sait que je suis méchante et perverse et que j'aime faire souffrir les pauvres petits trop fatigués pour travailler 6 minutes d'affilée, je leur ai donné une GROSSE punition. Histoire de leur faire comprendre que c'est bête, hein, mais que s'ils avaient passé 6 minutes à faire deux malheureux exercices, ils n'auraient pas passé 3 heures à copier le règlement. En quatrième. C'est ballot.
Hé bien, une heure après, ils se pointent penauds à ma porte, pour me dire qu'ils ont mis une heure a copier 2 pages de règlement et qu'il en reste 4 , si vous voulez bien madame nous donner des conjugaisons à la place parce que là c'est vraiment très long, promis juré, c'est trop long alors que des conjugaisons ce serait mieux.
Aaaaaaaaaah les punitions self-service. Comme à la maison, vous dis-je.
09 septembre 2009
Fort Boyard
Il faut le savoir, je suis affectée d'un gêne en moins. Il me manque un truc qui me permette de m'orienter dans l'espace du premier coup. Ou alors, d'autres encore diront que non, c'est un gêne en plus, appelé "gêne Pierre Richard" ou "gêne de la loose", c'est selon.
Par conséquent, mon collège tout neuf, tout beau, clair et sympa, s'est rapidement transformé en une sorte de Fort Boyard dans lequel le sympathique Père Fouras serait tout bêtement parti à la retraite.
Il faut savoir que le collège est formé de deux bâtiments en V, relié entre eux par deux escaliers et un patio. Ces deux bâtiments s'appellent A et B, que c'est original, et vous verrez que ce n'est pas anodin. Là où ça se corse, c'est qu'ils sont totalement identiques. Murs en bois, portes jaunes, casiers en bois, murs en bois, portes jaunes, etc...
Ma salle de classe, objectif à atteindre pour accéder au coffret sacré rempli des boyards du savoir, est soigneusement cachée derrière la porte A12. Ma mission? Trouver la bonne classe (respectivement 5ème, 4ème ou 3ème ABCDE) et la conduire à la bonne salle (A12, donc), à la bonne heure de cours (respectivement M1, 2, 3 ou 4 ou bien S 1234).
Vous me voyez venir?

Première épreuve du jour: trouver 4B en M1 et l'enmmener en A12. Il faut d'abord, dans des bâtiments identiques, trouver l'endroit où l'on cherche des élèves. Pas de souci jusque là, on suit Passe-partout (la collègue de maths). Oui, mais Passe-partout a cours en M1 avec les 5C en B7. Donc, fin du binôme. Je dois trouver là où sont garés les 4B sur leur emplacement spécial. Comme on ne se connaît pas, je dois lire les marques sous leurs pieds. Manque de bol ils marchent dessus.
Ouf, trouvés. maintenant, suivre la foule jusqu'au premier. M'arrêter devant une salle, fière de moi. La clé est toute proche, pas si dur finalement. Euh... mais c'est là que Passe-temps (collègue d'histoire) me regarde l'air incrédule et me demande "toi aussi tu as cours en B12?" Raté. Essaie encore.
Autre aventure, autre mission. Mener les 5 E en A12 à S3. Ah oui, mais mince, pas d'emplacement réservé aux 5E, les lettres vont jusqu'à D. Mais bon, une troupe me regarde d'un air avenant. Je leur fais signe très vaguement (au cas où je me tromperais, ils sont garés sur les 5D) de me suivre. Je marche dans la foule. Je trouve la salle A12 (j'ai répété avant). Je me retourne... personne. Ah. Essaie encore.
Retour par quelques détours dans la cour. Personne, sauf un surveillant. Je demande. Il se marre. Les 5E, comme il n'ont pas d'emplacement, sont garés en temps normal chez les 3E puisqu'il n'y a que 4 troisièmes. Mais comme personne ne venait, le CPE les a garés devant son bureau, que Passe-Muraille consent à me montrer. Bredouiller une excuse. Récupérer la clé la classe. Retrouver la salle. Ouf. Mais 15 minutes sont passées, clepsydre vide.
Et là je ne vous parle même pas de la photocopieuse qui fait une feuille en format paysage quand on lui en a demandé 4 en format portrait.
Je vous épargne aussi le fait que j'ai 132 élèves contre environ 80 les autres années et qu'ils s'appellent tous Thibaut, Paul ou Marie et Léa. Bien sûr, ils voudraient tous que je trouve leur prénom du premier coup.
Pour l'instant, je n'arrive pas à les gagner, ces fichus boyards.
03 septembre 2009
Où suis-je?
Dans la cour, à la sonnerie, ils étaient rangés.
Un jeune homme portait une casquette en équilibre sur la tête, juste devant moi. Juste avant d'entrer dans le bâtiment, il l'a enlevée.
En classe, ils restent debout derrière leur chaise et attendent qu'on leur dise de s'asseoir.
Ils disent bonjour Madame et au revoir Madame sans qu'on les sollicite en début et en fin d'heure. J'ai même entendu quelques "passez une bonne journée!"
A chaque fois qu'on leur donne un papier ils disent merci. On leur donne quinze papiers sans intérêt, ils disent quinze fois merci.
Ils s'inquiètent de savoir si en section européenne ou en trilingue ils ont assez d'heures parce que bon, on leur a dit qu'ils auraient deux heures de plus et là ils n'en voient qu'une.
Ils se rappellent relativement bien de ce qu'ils ont étudié l'année précédente.
Une majorité des filles a lu Twilight en intégrale, et plusieurs fois. Idem pour le Seigneur des Anneaux et Harry Potter.
Ils savent qu'après le Moyen-Age vient la Renaïssance.
J'ai lu une nouvelle à voix haute sans être interrompue une seule fois par un bruit quelconque.
Sur environ 75 élèves que j'ai vus aujourd'hui, j'ai demandé de jeter un seul chewing-gum, et entendu une seule grossièreté.
MAIS JE SUIS OU, LA??????
31 août 2009
Que vais-je devenir?
Me revoilà, bonjour amis lecteurs!
La prérentrée c'est demain. J''aime bien. C'est cool d'avoir le temps de revoir les collègues tout bronzés, de papoter pendant la grand'messe, de geindre sur nos emplois du temps, de comparer nos listes de classes et d'y reconnaître Untel et Unetelle et...rhaaaa non pas lui ça fait 3 ans que je me le tape! Ils me le font adopter ou quoi? J'adore aussi voir la tête des nouveaux, tout coincés dans leurs vêtements neufs, qui ne savent pas où aller, qu'il faut une clé pour aller aux toilettes... c'est rigolo de se dire "tiens machin a l'air sympa, faut que j'aille lui parler... et c'est quoi celle-là avec son physique de top model? Beuuuuuh..." Et bien sûr j'adore bosser tous les jours avec ma meilleure copine adorée.
Euh.
Stop.
Y'a un problème là.
Cette année, la nouvelle c'est moi.
Et ça c'est beaucoup moins rigolo. D'ailleurs pour dire, récemment j'ai rêvé que je me rendais à la prérentrée mais que j'étais toute nue sous un peignoir qui n'arrêtait pas de s'ouvrir...et qu'en plus la secrétaire m'annonçait "mais non vous n'êtes pas titulaire, vous êtes remplaçante, vous n'enseignerez pas ici en fait!".
Du coup je ne sais pas quoi mettre demain... des habits neufs qui craquent pour avoir l'air d'une jeune première? Ou mon jean que j'ai sur les fesses depuis 3 jours? Ou des fringues normales au risque d'avoir l'air encore en vacances?
Je vais avoir le droit de me tapir dans un coin et d'observer les collègues rire, se congratuler, râler sur leurs emplois du temps (pfff c'est fou ce que ça peut râler un prof), comparer leurs listes d'élèves inconnus, en pensant qu'à cette heure je pourrais retrouver plein de gens que je connais. Pendant la grand'messe je vais être obligée de me lever devant tout le monde (pitié, pas en peignoir) et de me faire dévisager (hé non mon physique est plus proche de celui de Maïté que de celui d'un top model, au moins une chose qui ne change pas)... Et ma meilleure copine adorée sera loin de moi, tout aussi mal à l'aise dans son nouveau bahut à elle...
Pour ne rien arranger, je suis prof principal en 4ème, ça veut dire que je devrai informer des élèves sur un collège que je ne connais pas mais que eux connaissent. Et surprise du chef, j'ai 3 niveaux et surtout 5 classes (rappelons qu'un prof de lettres en a habituellement 4...) .
Mais je t'entends d'ici, lecteur sournois, dire que c'est moi qui ai demandé ma mutation, que c'est moi qui suis à l'origine de cette désagréable situation, et que je pourrais fort bien être dans ma zep à retrouver des gens connus et à alphabétiser des 3èmes.
Tu sais quoi lecteur? Tais-toi.
02 juillet 2009
Blog en vacances...
