La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

11 octobre 2010

Le petit nouveau

Il a débarqué de sa planête un beau jour de septembre, sous une apparence humaine gentillette, avec pour couverture un titre de professeur d'anglais remplaçant à l'année. Il a choisi comme apparence celle de Monsieur Mouchamerde, arborant discrètement une petite cinquantaine ringarde, costume gris petite barbichette mallette en cuir d'un autre âge. Sur sa planête, on ne lui a guère appris le terrien, alors ma foi, il n'a parlé à personne au début, décourageant les plus aimables tentatives.

Comme il a appris en Cours de Préparation à l'Invasion Terrestre qu'un professeur punit les vilains ados pas sages, il s'est renseigné rapidement sur les choses fondamentales à Bahutpépère: heures de colle, exclusions, coups de pieds aux fesses... Très utile dans ce collège... mais bon, tout le monde a le droit de se renseigner!

En revanche il n'a pas été programmé pour toute activité non professorale: nettoyer le tableau, demander aux élèves de monter les chaises, accompagner les trilingues en sortie, surveiller le cross du collège, assister à des réunions, entrer ses notes dans le logiciel adéquat. Que nenni! La moindre tentative en ce sens s'est soldée par un bug majeur des circuits, provoquant bougonnements, refus catégoriques, phrases préenregistrées répétées compulsivement "cela n'entre pas dans mes attributions c'est inadmissible c'est inadmissible c'est inadmissible...".

De même, la programmation connaît quelques faiblesses dans l'entre-deux-cours... Ainsi, lorsque Monsieur Mouchamerde est désoeuvré, il s'assied toujours sur la même chaise, à la même table, pose ses deux mains sur sa mallette et... attend. Des heures. Sans bouger. Sans répondre lorsqu'on lui parle. Batteries à plat.

Malheureusement, sur la planête de Monsieur Mouchamerde, on ne connaît guère les coutumes humaines. Ainsi, ses programmateurs ne lui ont fourni qu'un seul kit d'habillement depuis le premier septembre. Imaginez le même costume gris, le même veston, le même pantalon, et surtout, surtout, la même chemise. Oui. La même chemise. Blanche le premier septembre (enfin, nous croyons, nous ne nous sommes pas méfiés à cette époque...). Actuellement, jaune, marron, noire au niveau du col, tachée de gouttes de  sang sur les bras, transparente de graisse à d'autres endroits. Et dans l'histoire, nous ne savons pas s'il a des sous-vêtements dans le même état...

Monsieur Mouchamerde possède une arme puissante pour lutter contre toute tentative d'approche...l'odeur. Poivrée, musquée, aux relents de putois en décomposition. Je peux témoigner, pour être à mon grand dam restée un sinistre jour coincée derrière lui à la restitution des plateaux de cantine, avoir été prise dans un maelström odoriférant ayant provoqué chez moi une série de haut-le-coeur qui n'ont pu disparaître qu'après une dizaine de minutes à l'air pur de la campagne.

Le problème? La couverture pourtant soigneusement étudiée de Monsieur Mouchamerde se fissure petit à petit. Les élèves viennent voir leur professeur principal (moi, par exemple), lui parlant confusément d'odeur insoutenable refus d'ouvrir les fenêtre cours magistraux en anglais pour les débutants madame on ne comprend rien on a tous 2 au contrôle il nous traite de nuls et de ratés on fait quoi madame?

Petit à petit les parents s'en mêlent: "Il n'est pas dans mes habitudes de critiquer mais pensez-vous sincèrement que le professeur d'anglais de ma fille soit vraiment apte...."

La nationalité extraterrestre de Monsieur Mouchamerde va-t-elle être dévoilée?

Bahutpépère à Bledpaumé va-t-il exploser suite à l'allumage malencontreux d'un briquet dans le sillage direct de notre aimable collègue?

Sa chemise va-t-elle se déliter sur lui?

Porte-t-il des sous-vêtements, et si oui, sont-ils dans le même état que sa chemise?

Suite au prochain épisode...

Posté par sifi à 19:04 - Permalien [#]