La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

07 octobre 2011

Aïe.

Je trouve que dans notre métier, s'il est le plus beau du monde sans la moindre contestation possible, il y a quand même quelques légers inconvénients. L'effet miroir en est un. Non pas que nos élèves finissent, comme  les chiens à leur maître (ou l'inverse), par nous ressembler, mais plutôt qu'ils nous renvoient en pleine face notre image, telle qu'ils la perçoivent. Le moindre écart vestimentaire, la feuille de salade coincée entre nos dents après la cantine,  nos postillons quand nous parlons fort, rien ne leur échappe.  Les élèves sont au professeur ce que le miroir grossissant est au comédon.

En ce début d'année, le miroir s'est montré bien involontairement cruel envers le comédon que je suis...certes, il me renvoie des images agréables, des éclats de rires, des confidences qui montrent que je suis un professeur aimé... mais  il m'a aussi montré assez brutalement que je vieillis... Ce qui arrive bien moins  dans un bureau, vous en conviendrez.

Dès le début de l'année scolaire, la prise de conscience qu'il s'agissait de ma neuvièment rentrée m'a laissée songeuse... mais neuf n'est point dix (commme diraient les profs de maths), laissons donc la nostalgie du temps qui passe pour l'année prochaine...

Le choc suivant s'est produit en découvrant, un beau matin, dans l'innocente fraîcheur de l'aube, l'année de naissance de la cuvée 2011 de sixièmes... qui sont nés en l'an 2000... Finies, les années 90, finis, les souvenirs d'adolescence, ces petits sixièmes tout roses et tout frais, et moi-même, n'appartenons pas au même millénaire...

En 2000, j'avais 20 ans (et toutes mes dents, mais elles sont encore toutes là, ouf, au moins une chose qui ne se perd pas). J'étais étudiante, je rêvais de devenir prof, et c'était à peu près hier matin. Aie.

Le coup de grâce a été porté cet après midi, par un innocent sixième deuxmillénaire, qui sans le savoir a posé la question qui m'a soudain fait comprendre toute l'ampleur de la finitude humaine telle qu'elle est clamée par les plus grands poètes et philosophes de notre temps, qui avaient sans doute eux aussi été inspirés par une question profondément bouleversante du même type que celle que j'ai eu l'honneur d'entendre en une séance de méthodologie réservée aux petits... le type de question qui vous fait comprendre à quel point nous ne sommes que des grains de sable dans l'engrenage infini de l'univers...

"Madame, c'est quoi un magnétophone?"

J'ai bien failli, ô erreur, répondre par un simple sarcasme à ce petit naïf qui, tout de même, ne savait pas ce qu'était un magnétophone, et pourquoi pas un magnétoscope ou un minitel, pendant qu'on y était?

Et là, l'illumination a eu lieu. Bien sûr qu'ils ne savent pas ce qu'est un magnétophone. Et c'est normal. Ils ne savent pas que quand j'avais leur âge, internet  n'en était qu'à de vagues prémices, que j'ai consulté mes résultats de brevet sur minitel, que j'enregistrais mes films sur cassette vidéo, et que j'ai même encore connu le téléphone où il fallait tourner une roue pour composer les chiffres.  Ils ne savent pas que de mon temps (oui, de mon temps...) on cherchait les informations dans les livres, et les numéros de téléphone dans les annuaires... ils ignorent même que j'ai eu mon premier téléphone portable, dernier cri de la technologie, à l'âge de 16 ans environ, et que c'était très exactement celui-ci...

 

Aïe .

Posté par sifi à 22:54 - Permalien [#]