La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

08 janvier 2008

De la mode chez les ados

Tout d'abord et avant tout, très cher lecteur, laisse-moi te souhaiter tout ce que tu as envie que je te souhaite, geste grandissime de ma part puisque je trouve les voeux du nouvel an parfaitement artificiels et sans intérêt. Donc souhaite-toi ce que tu veux, j'approuve.

Si je tape frénétiquement sur mon clavier aujourd'hui, c'est pour évoquer non sans une certaine nostalgie la mode chez nos amis les adolescents. O combien fluctuante, d'ailleurs, mais si amusante à suivre. Dans mon jeune temps, il y avait les "totoches", mini-tétines multicolores qu'on s'accrochait autour du cou, qui finalement, avec le recul, ne faisait que nous confirmer dans le rôle des gros bébés que nous étions. Les filles les plus dans le coup portaient d'énormes mèches bouffantes sur la tête, gluantes de gel. Personnellement, j'avais plus le ado-mal-dans-sa-peau-touch, jean/baskets/pull camionneur/cheveux dans les yeux. Glamour. C'est fou comme une fois le temps passé on se rend compte qu'on était particulièrement beaux. Mouarf. L'éclat de rire en retrouvant la photo de classe de la honte, cachée au fond d'un vieux bouquin, montrant des ados boutonneux et crispés, curieusement presque tous vêtus de pulls turquoise, avec un prof bien guindé à leur côté (c'est pour ça que je ne me mets jamais avec mes élèves sur la photo).

Ce qui m'interpelle ces derniers temps, c'est plus le look des filles. Les garçons sont tous plus ou moins en pantalon  sous les fesses/gros pull ou en jogging. Mais les filles...

L'an dernier, pour être "in", il fallait absolument porter des rayures noires et blanches. Horizontales. Je serai ravie d'apprendre, cher collègue, si tu as aussi relevé ce phénomène parmi tes demoiselles ou si c'était spécifique de chez moi. Donc, de grosses rayures, façon combinaison de tôlard, horizontales (pourtant c'est dans le sens vertical que ça amincit, dixit Obélix), alternées façon zèbre transgénique. Le must, pour être dans le coup, c'était de voir collé sur ce pull une couronne, allant de la petite chose discrète dans un coin, à l'énorme truc en strass. Le plus souvent c'était façon clou doré, plus classe. La chose amusante dans tout ça c'est qu'il n'était pas rare de voir dans une même classe des taches noires et blanches un peu partout (je parle de couleur, pas de personne, hein!). J'en ai déjà compté pas moins d'une dizaine, sur les 15 filles de la classe, à porter à des clopinettes près le même pull. Ouah. Toute une classe de tôlards, les soeurs Rapetou en cours de français! Les plus ringardes ou celles qui n'avaient rien pigé portaient, par contre, un pull rayé gris et blanc (ou alors c'est maman qui s'est plantée en faisant la machine?), ou comble du comble de la nazitude, des rayures noires et blanches certes, mais verticales... bouh!

Après, il y avait celle qui voulait se démarquer et qui a opté pour les pois noirs et blanc: bas noirs à pois blancs, jupe blanche à pois noirs, pull noir à pois blancs, boucles d'oreilles itou... must du must, des ongles noirs avec des pois blancs faits au tipp-ex. J'ai pas vu sa culotte. Un peu too much? Noooon, simple contestataire qui veut se démarquer de ses compagnes par un look plus original!

Cette année la mode est moins voyante quand ils sont assis mais tout aussi sympa: les cuissardes. De préférence en simili cuir, montantes ralatouf, avec d'immenses lacets qui rendent tout cours de sport inutile puisque ces demoiselles mettent une heure à les enlever, une heure à les remettre. Plus besoin d'avoir ses règles quatre fois dans le mois pour être dispensées, youpi! Talons à hauteur variable. Le souci c'est que n'est pas Francis Lalanne qui veut, hein. Les grosses cuisses font furieusement penser à du jambon de Bayonne, les maigrelettes à des sauterelles anémiques. Sans parler des dégâts des talons aiguilles qui produisent leur lot quotidien d'infirmes vraies ou supposé'es. D'où aussi quelques soucis pour s'asseoir quand les objets en question sont trop serrés. Aïe.

Par contre, pour en revenir aux garçons, à qui sont sans doute destinées toutes ces initiatives vestimentaires, ce qui les préoccupe, c'est leur sac à main. Je ne sais pas comment ça s'appelle. Vous voyez, cette petite sacoche imitation Yves Saint Laurent ou Louis Vuitton (3 euros au marché), qu'ils ont tous autour du cou? Voilà qui est viril! Voilà qui est élégant, et camoufle discrètement le téléphone portable (interdit au collège...). D'ailleurs le garçon de sixième, cru 2007/2008, se préoccupe beaucoup d'être dans le coup, bien plus encore que son homologue de troisième... quelle n'a pas été ma surprise, dans la lettre écrite aux correspondants malgaches,  de voir tous les garçons demander "tu mets plutôt Lacoste, Dolce et Gabbana ou Cerrutti?"... euh... ils étaient fort étonnés que je leur déconseille cette question concernant les petits malgaches!

J'aurais bien aimé vous parler aussi de ceux qui se démarquent du lot, mais je pense vous avoir proposé une méditation suffisante pour aujourd'hui... par contre je serai ravie d'apprendre les phénomènes de mode chez vos phénomènes! 

Posté par sifi à 18:05 - Permalien [#]