25 juin 2009
Je mute...
Certains le savaient déjà, d'autres s'en doutaient... Coup de tonnerre pour certains: je mute!
A la rentrée, je ne serais plus prof de Collègedifficile dans Citéquiflambe mais je migre à Bahutpépère dans Bledpaumé...
Pourquoi, comment? Comment est-ce possible? Comment est-ce imaginable?
Vous vous en doutez, les raisons de demander à changer d'établissement sont multiples... fatigue morale à lire des copies ineptes, à me battre contre des moulins à vent, à assurer un projet dans un binôme qui ne fonctionne pas, et tout simplement le fait d'avoir tiré mes 5 ans en zep et d'avoir envie de voir si l'herbe est plus verte ailleurs...
Pourtant, c'est étrange de partir, de quitter son chez-soi, l'endroit où finalement j'ai appris mon métier, les gens que je voyais presque tous les jours et que j'ai appris à aimer pour certains. Quel drôle de sentiment, entre l'envie de prendre son envol et la sécurité du nid...
Je suis allée visiter Bahutpépère, j'avais l'impression d'être une extraterrestre, entre les couloirs silencieux, les élèves qui ont presque tous la même couleur de peau... j'avais pris goût à la diversité remuante et frétillante de nos couloirs vibrant sous la charge de troupeaux de mammouth à chaque sonnerie. J'ai ressenti le plaisir de découvrir une belle salle moderne et lumineuse, le tableau rigolo qui monte et qui descend, ma mini-salle de travail perso attenante à la salle de cours mansardée avec sa verrière et sa vue sur la forêt... mais j'ai aussi eu une bouffée de nostalgie pour les salles décrépites aux couleurs criardes, à la vue sur les tours et aux fenêtres sales...
J'ai vu quelques nouveaux collègues, des gens dans la quarantaine, calmes, sérieux, sympathiques, et j'ai ressenti une bouffée de nostalgie en pensant à la salle des profs trop petite et bruyante des jours de réunion, aux fous rires monumentaux autour du café de quatre heures, au fait qu'à presque 30 ans j'étais déjà dans la tranche d'âge moyenne du collège, aux jours de découragement aussi où on se mettait à plusieurs à remonter le moral du collègue qui flanchait.
Moi qui étais si contente d'avoir obtenu la mutation de mes rêves, un collège tranquille à 10 minutes de chez moi, tout neuf, j'ai ressenti soudain le violent besoin de partir en courant, de me sauver dans le lieu que je connais, avec les gens que je connais, les élèves dont j'arrive à identifier les fratries et les filiations... Un collège dont en cinq ans je faisais partie des meubles...
Pourtant en y retournant, en découvrant que quatre de mes sixièmes ont volé en quelques mois presque tout le stock de bandes dessinées du FSE, en entendant les collègues se plaindre des troisièmes qui refusent même de sortir leurs affaires à une semaine du brevet, en assistant à deux conseils de discipline sordides, je me dis que ce départ était nécessaire pour garder ma motivation et mon envie d'innover et de monter des projets...
Drôle de sentiment, la mutation...
16 juin 2009
Au cirque
Cet après midi nous avons emmené une soixantaine d'élèves, de tous âges et de tous poils, au cirque. Non, non, pas un cirque célèbre et connu, mais au spectacle monté par nos élèves à l'école du cirque Zavatta de Citéquiflambe, qui ont trimé dur pendant un an pour monter ce show qui promettait d'être bien sympathique!
Donc, tel un cortège bigarré, nous nous sommes ébranlés pour parcourir les 500 mètres séparant le collège de l'école du cirque. Imaginez, il y avait parmi nous des clowns, toujours prêts à nous faire rire, dans leurs joggings rouge vifs, leur casquette posée en équilibre sur le sommet de la tête. Des clowns femelle aussi, aussi gracieuses que des biches coulées dans du béton, et cliquetant de tout un tas de grelots variés. Des clowns qui se distribuaient des claques et des coups de pied, faisant vaciller d'innocents sixièmes à grands éclats de rire. D'autres clowns qui jouaient à se maquiller en marchant, effet garanti. Nous avons ri aux éclats.
Il y avait la fanfare, à grand coups de "vazy p'tain, avance, c*nnasse!!". "Hé Mouloud, t'es où b*rdel?". Un orchestre dont l'harmonie n'était pas loin d'évoquer un marteau piqueur un jour de congé à sept heures du matin sous vos fenêtres. Vous avez malheureusement oublié vos bouchons d'oreille, vous pensiez que ce n'était pas nécessaire pour un spectacle de cirque. Différents instruments jouaient dans des répertoires assez variés, entre la clarinette aiguë du sixième "Madaaaaaaaame il m'a tapéééééééé!", l'accordéon du quatrième en pleine mue "wEsh VaZy kjLUI pète la GueUle!" et la basse du trombone des troisièmes "Wo mais Samèrelateupu qu'elle est bonne cte meuf!".
Une symphonie, vous dis-je.
Nous avons bien sûr pu admirer des acrobates, toujours prêts à escalader des arbres ou des abribus, des magiciens, qui escamotaient des chewing-gums qui réapparaîssaient miraculeusement aussitôt que le prof avait le dos tourné, des équilibristes, marchant sur l'extrême bord du trottoir bondé au moment où le bus les frôlait. Certains artistes ont pris des risques insensés, hurlant au milieu de la chaussée, alors que d'autres jouaient les augustes en traînant la patte, ouh là, c'est loin, on arrive quand?
Nous avons eu des jeux de lumière fascinants, le crépitement des portables dans l'ombre de la salle de spectacle nous a semblé être le plus suave des feux d'artifices. Là encore, nous installant dans la salle sombre, nous avons vu d'autres magiciens que nous placions à des endroits désignés, à côté des nous, et qui d'un claquement de doigts disparaissaient pour se retrouver à côté des copains interdits, ni vu ni connu...
Vers la fin de la représentation, nous avons assisté à un numéro des as de l'évasion, ceux qui étaient privés de spectacle pour des causes forcément injustes et qui sont apparus avec fracas, on ne sait comment, dans les gradins.
La représentation? C'était chouette, merci.
Mais je crois que j'ai assisté aujourd'hui à l'un des numéros de cirque les plus réussis de ma vie.
11 juin 2009
Ma prof m'a tuer
Je suis un monstre. Une créature sans foi ni loi, une brimeuse professionnelle, qui fait pleurer les demoiselles en détresse...
C'est la première fois que je vois un truc pareil. En temps normal, lorsque je sanctionne, les réactions sont toujours un peu les mêmes:
- celui qui s'en fout, il en est déjà à son 42ème avis de sanction* du trimestre, ça lui permettra de refaire la tapisserie des toilettes, en plus il compte bientôt publier sa vie son oeuvre
- celui qui se met en colère, balance un trruc par terre (de préférence une chaise, ça fait plein de bruit) et sort en claquant la porte
- celui qui admet la punition, que ça fait chier mais qui ne dit rien
- celui qui tente de négocier par des arguments judicieux et efficaces (wesh c'est bon m'dam, j'frai plus, nan mais quoi, spa moi c'est l'autre, mais non quoi, soyez cool, c'est bon hein!) et qui finit par sortir en rogne (cf cas n°2=).
De manière générale je ne retire pas une punition que j'ai donnée, vu qu'elles résultent d'un paquet d'avertissement verbaux et d'un ultimatum. Ils n'ont qu'à assumer et ne pas laisser passer leur dernière chance.
Mais là...
J'ai sanctionné une demoiselle qui me gonfle depuis un moment, pour bavardages incessants et pénibles, sa furieuse manie de répondre n'importe quoi à mes questions en ne levant jamais le doigt (c'est fou le nombre d'élèves atrophiés du coude, la maladie du XXIème siècle??), et qui en plus ce jour-là n'avais pas son cahier. Je l'avais isolée, et avertie gentiment que cette fois, ça y était, au prochain manquement elle aurait une fiche sanction. Ce qui ne l'a pas empêchée, lorsque j'ai demandé à la classe de sortir son livre (Ulysse...), elle cesse son bavardage et braille sans lever la main "moi j'ai pas mon livre madame, je peux aller à côté de qui?"... ... ... ... ... ... (oui la demoiselle n'est pas fut fut).
C'est là que ça a commencé... tête entre ses bras jusqu'à la fin de l'heure et ensuite...
Elle est venue devant mon bureau et a fondu en larmes soigneusement étudiées, qui se sont muées en sanglots hystériques, "non madame, pitité, pas ça, me faites pas ça, sérieux, c'est pas de ma faute, non pitiéééééééé"... Gné? Devant mon début d'agacement, elle joint les mains en prière et me les agite sous le nez... j'ai cru qu'elle allait se mettre à genoux...
Quand j'ai eu fini de rédiger la fiche humide de sanglots, elle est passée à l'étape suivante: "oh j'arrive plus à respirer....ooooooh je vais m'évanouir... oooooh je vois plus rien..... il faut que j'aille à l'infirmerie....".
J'ai eu l'impression de voir quelque vicomtesse du grand siècle, sous le coup d'une émotion foudroyante appelait sa bonne "Sidonie j'ai mes vapeurs, vite, mes sels!!!"
Ensuite j'ai appris qu'elle est coutumière du fait, à chaque fiche reçue le cirque est le même...
Ce qui ne l'a pas empêchée de se repointer le lendemain fraîche comme une rose et de recommencer tranquillement son bazar...
* fiche sanction: document amusant sur lequel on note la sanction prise et surtout où l'on résume le crime commis, ce qui devient très rigolo quand on reproduit mot pour mot des grossièretés, sachant que tout cela est envoyé aux parents.
04 juin 2009
Souvenirs souvenirs (2) ...
J'appuie sur la poignée et me jette dans l'arène.
Trente-cinq regards me suivent. Je suis le professeur. Je n'ai pas dix ans d'écart avec eux et ils le remarquent. Je me redresse, mes pas claquent, mes mains tremblent mais je les cache. Je me répète comme un mantra: je suis le professeur... je suis leur nouveau professeur de français.
J'ai l'impression d'être toute nue sur une scène devant des milliers d'inconnus et de jouer le rôle de ma vie. Il va falloir que je tienne encore quarante cinq minutes dans cette posture. Non, il va falloir tenir une année entière.
Je patrouille dans la classe, comme on me l'a inculqué, asseoir son autorité tout de suite, montrer sa vigilance. Je me sens si démunie, personne ne m'a appris à enseigner! Je sais disserter, discuter de sujets pointus, parler de l'héroïsme et de la marginalité dans la littérature européenne du XIXème siècle. Mais je ne sais pas enseigner. Je me rends compte, pendant ces quelques minutes, que tout ce qu'on m'a appris à la fac est, comme dirait Montaigne, "moutarde après dîner". Le petit plaisir qui ne sert finalement pas à grand-chose. Le sucre sur la fraise tagada. Le carreau de chocolat après un bon repas. J'ai nourri mon esprit pendant cinq ans avec une délectation sans bornes, mais je ne sais pas enseigner.
Je ne sais pas non plus éviter le poteau qui se trouve en plein milieu de la salle, et il me frappe en pleine figure. Heureusement, les élèves de seconde qui sont devant moi sont si stressés par leur jour de rentrée qu'ils font semblant de ne rien voir.
Pourtant, le temps passe, et vient le moment de leur présenter le programme. A ce moment précis, je me sens mieux. J'ai envie de me lancer. J'improvise. La magie se produit. A cette seconde où je commence à parler de littérature, à les interroger sur ce qu'ils en savent, je sens comme une brume magique m'entourer. J'ai soudain la conscience aiguë, précise, d'être à la place qui m'est réservée depuis toujours. Le plaisir monte en moi comme une sève, rendant mon esprit clairvoyant. Mes mains ne tremblent plus, je ne joue plus la comédie, je suis là, mes joues rosissent, mes yeux pétillent. Enfin. Enfin je suis là, j'enseigne, je fais ce que j'ai toujours voulu faire. Je parle de ma passion pour la littérature, de tout ce qu'elle a apporté à ma vie, et j'en parle à des jeunes gens qui enfin s'animent, deviennent des individualités, et non cette masse hostile d'élèves. Je sens, à cet instant précis, que je suis faite pour cela, que tous mes rèves de petite fille viennent de se concrétiser. Je sais que ma place est bien là. Je sais que le chemin sera long, que j'ai tellement à apprendre, mais cela ne me fait plus peur, parce que je suis très exactement là où je dois être.
Oh, que ce n'est pas gagné, je ne sais toujours pas enseigner, j'ai tant de choses à apprendre, tant d'expériences à vivre. Mais ce moment-là, ce petit moment de grâce, m'a fait comprendre que quoi qu'il puisse arriver, malgré toutes les frustrations de ma future vie en zep, j'étais à ma place.
Je suis devenue prof.
27 mai 2009
Souvenirs souvenirs...
J'ai la main posée sur la poignée de la porte. Une main froide, tellement blanche et crispée que chaque veine apparaît comme autant de petites autoroutes qui mènent Dieu sait où. Maintenant qu'il faut peser sur la poignée pour entrer dans la pièce, c'est bizarre, mais j'ai comme une envie de faire demi-tour.
Pourtant j'ai toujours dit que c'est ce que je voulais faire dans la vie. Prof. Et pas prof de n'importe quoi, non, prof de français. Ca faisait toujours ricaner mes camarades: en sixième, on veut être vétérinaire, médecin, cosmonaute, footballeur professionnel, chanteuse à la starac, mais certainement pas prof. C'est le genre de carrière dont personne ne rêve à douze ans. Moi si. En primaire je voulais être maîtresse. Au collège, prof de collège. Au lycée, prof de lycée. Mais toujours prof. D'ailleurs, mon jeu préféré, jusqu'à un âge tellement avancé que j'aurais honte d'avouer, était de jouer à la directrice de pensionnat, prof à ses heures, qui s'occupait d'une nuée d'élèves passionnés par mes enseignements inventifs et hors normes.
Me voilà la main sur cette poignée, me demandant si, sérieusement, je n'aurais pas mieux fait de devenir... quoi au juste?
Vétérinaire ou médecin, pourquoi pas, mais pour cela il aurait fallu que la physique et la chimie ne soient pas pour moi aussi limpides que le chinois mandchou. Ce n'est pas moi qui n'aimait pas ces matières, c'étaient ces matières qui ne m'aimaient pas. Ou mon cerveau qui refusait de les absorber. Vous avez tous, chers lecteurs, connu le sentiment épouvantable d'être face à une feuille couverte de consignes et d'exercices, de vous concentrer au point que vous avez l'impression que votre cerveau va décoller sous la pression, mais pourtant de ne rien comprendre. Comme si tous vos neurones disjonctaient d'un coup. Le black-out mental. Donc, ni vétérinaire, ni médecin, ni quoi que ce soit d'approchant.
Quant à devenir chanteuse, ma foi, quiconque m'a déjà entendue chanter sait qu'il valait bien mieux que je devienne prof.
La littérature m'a toujours semblé être une vieille amie. Les livres offrent tellement de possibilités! Dans ce petit objet, plus ou moins lourd, il y a une route qui nous permet d'être tous les héros de nos rêves, de vivre les histoires d'amour les plus merveilleuses qui soient, ou au contraire les histoires de meurtre les plus sordides. L'encre sur la page devient une porte vers l'infini de notre imagination.
Seulement voilà, j'ai beau parler de l'infini, de l'imagination, de toutes ces balivernes poético-romantiques, je peux vous assurer, chers lecteurs, que lorsque votre fichue main est posée sur cette fichue poignée, vous vous demandez pourquoi nous n'avez pas choisi de travailler derrière un ordinateur, votre vaste postérieur bien calé sur une confortable chaise de bureau.
J'ai franchi toutes les étapes pour en arriver là. J'ai planché sur des dizaines de pages de dissertation. J'ai présenté des heures d'exposés. Je suis passé héroïquement par des jours et des jours de cours, certains avec des professeurs passionnants qui marqueront toute ma vie, et d'autres qui sortaient tout droit d'une oeuvre de science-fiction. J'ai passé deux concours la même année, à deux semaines d'intervalle. J'ai largement planté le premier et honnêtement réussi le second.
Tout ça sans me poser de questions. Je voulais être prof, un point c'est tout. Et un beau matin de septembre, je me suis retrouvée la main sur la poignée de cette porte, qu'il faudrait bien ouvrir un jour.
Oh, grâce au sacro-saint IUFM, je sais très bien ce que je dois faire. J'ai eu la formation capitale, celle que tout prof stagiaire attend: comment commencer. J'ai soigneusement préparé une liste de choses à faire, me présenter, vérifier le matériel, et autres âneries.
Mais il reste une inconnue, celle de ce qui m'attend derrière cette porte. Les élèves. Collégienne, je m'étais juré de tenir un petit carnet dans lequel je me serais noté toutes les choses à faire et à ne pas faire quand je serai prof. Evidemment je ne l'ai jamais fait, et maintenant je dois y aller.
J'appuie sur la poignée et me jette dans l'arène.
(la suite au prochain épisode!)
22 mai 2009
Sondage
J'ai appris aujourd'hui tout à fait par hasard que ce que je croyais être un anonymat assez strict me concernant n'en est plus un depuis longtemps. Il semble que plusieurs de mes collègues connaissent ce blog et m'ont forcément très facilement reconnue. Du coup, je me pose beaucoup de questions.
Je ne pense pas que ce blog soit gênant d'une manière ou d'une autre pour mon établissement, mes élèves ou mes collègues vu que j'ai toujours fait très attention à préserver l'anonymat de chacun. Je ne crois pas qu'il puisse poser problème juridiquement ou qu'il puisse m'attirer des ennuis. Pourtant je me suis toujours promis que si ce blog venait à être connu dans mon collège je le supprimerai simplement.
Le problème est que ce blog, c'est un peu mon bébé. D'une certaine manière, j'en ai besoin pour continuer d'exprimer mes sentiments à propos de mon travail, et le supprimer me ferait beaucoup de peine. D'autant plus qu'apparemment je suis démasquée depuis le début ou presque, et que jamais rien n'a filtré, je n'étais même pas au courant. D'ailleurs pourquoi personne ne m'a-t-il jamais rien dit?
Donc voilà, trois choix s'offrent à moi, et je tenais à demander leur avis à tous mes lecteurs, y compris mes collègues qui voudront bien s'identifier pour que je constate l'étendue des "dégâts". Les autres aussi, votre avis m'intéresse. D'autant que je n'ai que très peu de notions du nombre de personnes qui me suivent régulièrement sans poster. Alors manifestez-vous pour me donner votre avis, merci! Je suivrai la majorité.
Les trois choix sont les suivants:
-Poursuivre comme avant, sachant que dans ce cas mes collègues seront priés de ne plus en parler au collège.
- Rendre ce blog privé, uniquement pour ceux qui m'en feront la demande, à l'exclusion de tous mes collègues.
- Le supprimer purement et simplement.
Voilà, à vous de décider. Les collègues n'auront qu'à poster sous leur prénom ou sous un pseudo qui sera explicite pour moi, je saurai vous reconnaître! Je mettrai par ailleurs en ligne une adresse mail pour me contacter. Je donne à ce blog environ une semaine, peut-être deux, avant de prendre une décision.
Ajout du 27/05: suite à tous les messages, adorables d'ailleurs (ma tête ne passe plus les portes), que j'ai reçus sur ce blog ou par mail, ainsi que le peu de retour de collègues qui me laisse à penser que ils sont plus positifs qu'autre chose, j'ai décidé de poursuivre normalement jusqu'à nouvel ordre. Je me laisse bien sûr le droit de passer en privé en cas de besoin, mais j'informerai tous ceux qui m'en font la demande. Merci encore à tout le monde! Je mettrai un nouveau post en ligne ce soir ou demain.
19 mai 2009
Ulysse et le cyclope
En ce moment, mes chérubins et moi découvrons allégrement les joies de la mythologie et des textes fondateurs. Les dieux, les héros et leurs multiples péripéties les branchent bien. Mais puisque le boulot de la prof est de toujours tout gâcher, au lieu de leur raconter gratos des tas d'histoires à faire dresser les poils des bras (ils n'en ont pas encore ailleurs), je leur ai demandé d'en LIRE. Et pas qu'un peu, je leur demande d'une semaine à l'autre de lire environ 30 pages de l'Odyssée. Attention, version jeunesse, pas le texte original, faudrait pas croire.
Cette semaine, pédagogie oblige, je me suis dit dans mon cerveau de pédagogue de génie, mais pourquoi ne pas cumuler contrôle de lecture et petit exercice de rédaction? Je leur ai ainsi demandé de répondre en une dizaine de lignes à la question suivante "Comment Ulysse a-t-il fait pour vaincre le cyclope?". Il suffisait donc de me relater dans un français approximatif le chapitre qu'ils devaient avoir lu pour le jour même. Voici ce que cela donne...
"En mangan les homme, Ulysse a sauté. Le cyclope il voit que le cyclope ouve la porte mais ont pas pus sortir. Puis il (le cyclope) sendort, les conmpagnon et Ulysse prend un tron d'arbre il l'on tayer puis il on crever l'oeil du cyclope le cyclope injecter de sang se leve irvre encore puis il prene des belier."
"Ils ont échapé à la mort, le cyclope ecouta peine Ulysse. Le cyclope attrape deux companons d'ulisse et les assome. Il découpe ses deux compagnon. Ses compagnons hurlent. Ses compagnons lui disent pourquoi nous a tu entrainer à la mort."
"Il doit apporté l'olivier pour qu'il sens sert a coupé a la bonne taille. Et il vont crever l'oeil du cyclope."
"il embrouilli aux l'alcool pendent que les autres faisait chauffer le bous de bois. Quand l'epieu etait endurcit et la le cyclope tombit par l'enbrouilla de l'alkol. Dans ca tête et s'évanouilleau tanbait et la Ulysse dit vit le bout de bois a 3 en l'enfonce dans son oeille et ensuit il s'enfui"
Je ris ou je pleure?
Non, je vais me coucher. Bonne nuit.
22 avril 2009
Chasse aux trésors
Qui dit vacances, dit rangement...et je me suis attelée à une tâche sympa mais titanesque: ranger mes livres. C'est-à- dire vider ma bibliothèque, trier, classer les livres par auteurs, par tomes, par tout ce qui est classable, et faire de la place.
Faire de la place, ça veut dire choisir ceux que je vais mettre en vente au marché aux puces dans 15 jours... Et c'est là tout le problème. Parce que les livres, ce sont de vieux copains, des amis de toujours, et que même si on se doute bien qu'on ne les relira pas tous, on les garde au cas où. Ou on les garde parce que c'est sentimental. Ou parce que quelqu'un qu'on aime nous les a offerts et que même si on sait très bien qu'on ne va pas les relire, on les garde.
Ce tas représente un petit quart de ce que je possède. Mais c'est le quart le plus sentimental, le plus difficile à trier, le plus émouvant. Ce sont les livres qui sont casés dans la catégorie "pas boulot". Ce qui est un peu nul comme catégorie puisque certains d'entre eux me servent et me serviront pour le boulot, d'autres sont des merveilles de littérature. Mais c'est pas opposition à la partie de ma bibliothèque "boulot" qui recèle tous les trésors de la littérature classique, de Anouilh à Zola, de la poésie, du théâtre.
Non, ce tas, ce sont toutes les lectures coup de coeur, mais aussi les livres de jeunesse qui étaient mes préférés, ceux dont je n'ai jamais pu me débarrasser, ceux que je garde avec l'espoir qu'un jour ma fille prendra autant de plaisir à les lire que moi. Il y a mes lectures récentes, comme le p'tit Coben que je me réserve pour les soirs de grande fatigue, comme le plaisir des Fred Vargas, les Grangé, Pennac et autres Jane Austen. Il y a les livres un peu honteux, Danielle Steele que je n'arrive pas à vendre parce qu'on ne sait jamais, dans un accès de sentimentalisme ça peut faire du bien, La petite maison dans la prairie planqué sur l'étagère du fond à côté d'Autant en emporte le vent...
Il y aussi ceux que je redécouvre et que je me jure de lire ou de relire, je l'annonce ici je vais finir le tome 2 de Guerre et Paix cet été et sans doute relire les Chroniques de San Francisco.
Il y a enfin les absents (mais à qui ai-je donc pu les prêter?)...
Il y a aussi les trésors, comme ce marque-page en argent noirci offert par ma grand-mère disparue il y a quelques années et dont j'avais complètement oublié l'existence, ou ce manuel de jonglage de l'époque où je faisais des colonies de vacances.
Une vraie chasse au trésor! Et surtout, la petite vingtaine de livres sur la centaine rangés que j'ai décidé de mettre au marché aux puces (on ne jette jamais un livre, qu'on se le dise) m'a permi de dégager de la place pour les livres du futur, ceux qui envahiront ma bibliothèque dans l'année à venir, avant le prochain rangement...
La semaine prochaine je m'attaque à la partie littérature...
08 avril 2009
Au secours, les hormones attaquent!
Comme vous le savez, chers lecteurs qui me suivez si assidûment, je n'ai que deux classes de sixième cette année. Je pensais donc, bien légitimement sans doute, m'épargner les habituelles roucoulades de printemps entre amoureux. De manière générale, le sujet préoccupe assez peu les élèves de sixième, à quelques exceptions près.
Pourtant, je me retrouve victime d'un autre phénomène printanier, caractéristique cette fois-ci de nos petits sixièmes. Alors que la sève monte dans les jeunes arbres, faisant s'éclore de vertes pousses ou de ravissantes fleurs, les hormones montent dans les jeunes adolescents, faisant éclore de petites poitrines ou de charmantes pustules. Malheureusement, ce qui est plutôt poétique dans la nature devient nettement plus désagréable quand cela concerne nos jeunes prépubères qui deviennent pubères.
En effet, c'est à cette période de l'année que survient un drame. Drame qui conduit à la métamorphose de mignons bambins, certes remuants, en être particulièrement immondes et insupportables.
Le sixième entame sa lente transformation en cinquième.
Ouvrons ici une parenthèse tremblante pour évoquer le cinquième. C'est le seul niveau que je refuse d'avoir. Pourquoi? Parce que le cinquième est pleinement, terriblement, irrémédiablement con. Le cinquième remue, bavarde, bouge, ne travaille pas, n'apprend pas ses cours, n'écoute pas en classe. Rien de très original, me direz-vous. Mais le cinquième est aussi imbu de sa personne (il est grand maintenant), n'hésite pas à donner des cours de bonne tenue au prof, et a tout simplement oublié les règles de base patiemment inculquées depuis la primaire, telles que lever le doigt, ne pas lancer d'objet, arriver à l'heure. Le cinquième est aussi passablement obsédé sexuel tout en étant parfaitement ignorant de la chose, ce qui peut s'avérer extrêmement pénible. Refermons la parenthèse.
Les sixièmes, donc. Tout ce qui semblait acquis depuis la rentrée, lever le doigt, respecter la parole de chacun, etc etc, est désormais oublié. Le sixième en mutation parle à tort et à travers, de préférence de n'importe quoi d'autre que du cours. Les grandes interrogations de début d'année du type "qu'est-ce que je fais quand j'arrive au bas de la page?" reviennent avec d'autant plus de force qu'ils ont manifestement oublié ce genre de détails. J'imagine bien leur cerveau noyé dans les hormones, comme si l'on poussait un caillou dans un bassin olympique. Tout ce qui n'est pas hormonal est tout simplement annihilé.
Et surtout, surtout, soupir... Ils deviennent cons. Ca y est, la phase commence où le modeste professeur se retrouve souvent les bras ballants devant un tel degré d'ânerie, à ne plus savoir quoi dire.
Ainsi, lorsque je demande au sixième d'écrire une petite fable mettant en scène deux animaux, un prédateur et une proie et que l'on me répond le plus sérieusement du monde "un ogre et un tyrannosaure", ou encore mieux "une araignée et spiderman", j'ai juste envie de me sauver. Lorsque je constate que certains, en 40 minutes n'ont même pas trouvé le moyen d'écrire la consigne en entier, j'ai envie de hurler mon désespoir.
La fin de l'année sera longue.
01 avril 2009
Poisson d'avril
Lorsque j'étais moi-même collégienne, j'avais une prof de français particulièrement chouette. Elle avait, c'est vrai, un physique un peu particulier, et un défaut d'élocution qui faisaient que beaucoup se moquaient d'elle. Mais cette femme a réellement compté pour moi, et, si elle n'est pas à l'origine de ma vocation, elle y a largement contribué. L'une de ses spécialités était, pour le premier avril, de nous mitonner un petit poisson d'avril tel qu'à chaque fois on se faisait avoir (et je l'ai pourtant eue pendant 3 ans). Tout comme elle acceptait de bonne grâce la dizaine de poissons qui lui pendaient dans le dos, et les élèves hilares qui s'imaginaient qu'elle n'avait rien remarqué.
Aussi, en souvenir d'elle, comme pour moi elle était l'archétype de la prof chouette, ferme mais compréhensive, sérieuse mais aussi très drôle, je concocte tous les ans un petit poisson d'avril à mes élèves, lesquels n'y voient en général que du feu.
L'un de mes coups préférés concerne les troisièmes. Dès l'entrée en classe, je leur annonce l'air très sérieux, même un peu de mauvaise humeur, que je compte leur donner un devoir à la maison pour la semaine suivante, dont voici le sujet: "Peut-on dire, au regard du choc épistémologique qu'a causé la découverte de la psychanalyse, que l'autobiographie est une forme de thérapie?" Ou encore "Au regard de la Poétique d'Aristote, peut-on dire que la poésie romantique est une hérésie littéraire?". Je laisse mes bons élèves se liquéfier sur place, être envahis par le stress, poser des questions auxquelles je réponds "mais tous les élèves de troisièmes doivent savoir faire ce type d'exercices!". Je les laisse mariner toute l'heure comme ça, généralement le cours se déroule dans un silence de mort, mis à part que j'ai vraiment beaucoup de mal à garder mon sérieux. Et à la fin de l'heure, je leur fais ressortir leur carnet de devoirs sous prétexte d'apporter quelques précisions au sujet et j'écris en dessous "poisson d'avril!!".
Oui je les traumatise et j'aime ça. Notons tout de même que pour le cancre, ce sujet ou un autre, pas vraiment de différence, donc ils ne s'affolent pas.
Donc, comme je n'ai pas de troisièmes cette année, il fallait un scénario sympa pour mes sixièmes, en plus c'était ma classe de pipelettes qui compte une bonne douzaine d'angoissés. Notons au passage que les angoissés sont en général ceux qui n'ont pas besoin de l'être, et ceux qui mériteraient de s'angoisser un peu de temps en temps sont le plus souvent très zen...
Je suis donc arrivée ce matin, le plus sérieusement du monde, pour leur annoncer que, comme ils l'avaient certainement vu aux informations la veille, le gouvernement lance une grande expérience dans les quartiers difficiles. Il s'agit de cacher une caméra dans certaines classes afin de filmer le comportement des élèves pour une étude menée au ministère. De plus, la vidéo serait diffusée aux parents pour qu'ils se rendent compte de l'attitude de leurs enfants. Je les ai informés que leur classe avait été tirée au sort et qu'ils étaient donc filmés par une caméra dissimulée dans la salle (pour éviter qu'ils ne la regardent)...
C'était hilarant de voir leurs réactions... Il y avait les terrifiés, ceux qui s'en fichaient (cf ma remarque précédente...). Il y avait les gros menteurs qui affirmaient en avoir entendu parler la veille à la télévision. Enfin, il y avait les sceptiques, qui me regardaient avec un sourire en coin pendant un instant, mais qui l'instant d'après fouillaient la salle du regard à la recherche de la fameuse caméra. Jouissif.
A la fin de l'heure, je leur ai demandé s'ils voulaient savoir où était la caméra, et je leur ai dessiné le célèbre poisson au tableau. Grands éclats de rire. Bien sûr, ils avaient touuuus deviné, aucun ne s'était laissé prendre. Ben voyons.
J'ai envoyé ensuite, comme chaque année, un petit clin d'oeil mental à ma prof de français qui coule une retraite heureuse sans se douter qu'elle a créé une disciple.
