14 février 2008
Perles...
Hé oui, voici le moment que vous attendez tous avec impatience, j'entends d'ici vous cris de joie en ouvrant le blog... comme la période de vendanges pleine de promesses, voici venue la période de correction des brevets blancs, prometteuse quant à elle de quelques échecs cuisants lors du Brevet... aussi, sur les 16 copies que j'ai corrigées (pas celles de mes élèves, hein, les miens ont fait mieux... j'espère), j'ai mis 2 fois la moyenne.
Passons donc, ô lecteur impatient, aux perles tant attendues... Le sujet de rédaction était le suivant:
Vous aussi, vous avez éprouvé un jour une immense frayeur. Relatez votre souvenir en employant les temps du récit et a première personne du singulier. Vous décrirez la scène, en insistant sur son aspect dramatique, ainsi que sur votre état d'esprit.
Je vous vois déjà sourire, ô lecteur...
Il y a différentes réponses possibles à ce sujet.
- la version "super crédible": "C'était un jour ou il faisait beau et chaud, moi j'étais parti voir une maison hanter où il y avait des toiles d'araignés, des tas de poussières... Cela faisait longtemps que cette maison est hanté ce fait déja 60 ans. (c'est clair qu'une si ancienne maison hanté(e) ça craint, hein)[...] Des gens autour n'avait pas l'air très commode, les six personne c'étaient rapprochér de moi en me tenant les pieds et mains fort. J'avais tellement angoissé que je gigotais. Ils me posairent sur une table. Homme et femme hauta leur masque et n'avait pas de visage. (bouh) [...] A chaque fois que je vais dans une maison hanté je retrouve tout les mauvais moment que j'ai du passé dans la maison hanté dans le noir m'avait vraiment fait peur. (en même temps moi à sa place j'irai pas)
-Y'a la version "j'ai été enlevé par ma voisine qui déteste mes parents, cette s*lope": kidnapping, vol de journal intime, des trucs super cruels, j'avoue, pas envie de recopier la rédac.
- La version mes parents ont de l'humour: "Quand je rentrais de l'école, je vit les pompiers devant ma maison, puis je m'inquiétais et je voulais savoir ce qu'il c'était passer, donc je partis chez l'épicier, qui était en face de chez moi, il me dit "Je ne sais pas, mais je pense qu'il y a le feu chez toi. Alors je commençais à pleurer car toute ma famille était à la maison. [...] (Elle va voir les pompiers qui lui disent: ) -Tes parents sont dans la camionnette va les rejoindre, ils sont juste un peu traumatisés, c'étais un nid d'abeilles sous le toit, je pense qu'on t'a fait une surprise. Je courus vers la camionnette et je les vis. Je rentris dans le véhicule et je crie: -Vous êtes là? - Surprise!!! Ils m'expliquent qu'ils ont demandé au voisin de mentir pour me faire une surprise. " (mes parents me font ce coup-là j'vous jure que je les mets dans le feu moi-même, hein!)
-La version l'horloge n'est pas mon amie: Cela se passa un matin d'été, il faisait si chaud que je deva prendre l'air un moment. Dehors le ciel fut remplis d'étoiles scintillantes dans sont éclat bleu marine. Il faisait encore nuit. Ce soir-là je me promenais tranquilement dans la pénombre quand soudain un chien surgit devant moi.
- Le fan de foot: qui passe 28 lignes à décrire son club de foot, ses coéquipiers, ses victoires (curieusement aucune défaite) et qui se souvient du sujet dans les deux dernières lignes. Si c'est pas de la passion, ça!
- Le primo-arrivant: Il est en France depuis deux mois mais a la même note que le mec né en France de parents français... ou alors il aligne une suite de mots que personne ne comprend, dans ce cas je ne note pas la copie.
Ce qui fait peur à nos ados? Outre les maisons hantées, les voisins indélicats ou les parents débiles, il y a beaucoup de chiens, un jeune homme qui nous raconte en détail son vomi au milieu d'une rue (je vous ai épargné le récit), quelques bêtises d'adolescents. Je craignais un peu les histoires vraies du type suicide de mon père mais non, c'était pas pour moi cette année....
Vivement le prochain brevet blanc, qu'on rigole plutôt que de pleurer...
01 février 2008
Et que souffle le vent...
Aujourd'hui me vient l'envie de parler d'un certain type d'élèves, victimes à mon sens du collège unique et de l'école obligatoire jusqu'à 16 ans. Je ne fais pas de politique et je ne le tolère pas sur ce blog, certains commentaires dans ce sens ont d'ailleurs été effacés, mais là je ne peux m'empêcher de penser que dans certains cas le collège unique est une merveilleuse ânerie...
Je parle de ces élèves, malheureusement pour eux comme pour nous assez nombreux, chez qui un jour le vent s'est mis à souffler dans la boîte crânienne, emportant tout sur leur passage. De gentils gamins en majorité, qui bossent certainement plus que tout un tas d'autres mais qui, pour une raison ou pour une autre, ont débranché leurs neurones à un certain stade de leur scolarité, souvent en primaire... effet de surchauffe, maximum atteint, contexte familial, que sais-je, mais collège unique oblige au lieu d'apprendre à leur rythme quelque chose qui est dans leurs cordes ils se tapent de la poésie, de la littérature, de la géométrie qui ne font que faire souffler un peu plus fort le vent dans leur tête...
Ainsi, je me rappelle du cas d'anthologie de l'élève de troisième qui comprenait (parfois) des heures, voir des jours après... On pouvait raconter une bonne blague, et quelques jours après d'un coup il se mettait à s'esclaffer... enquête menée, c'était à cause de la vanne qu'il venait de comprendre!
En ce moment j'ai en sixième un élève, deuxième d'une célèbre dynastie du collège, qui est phénoménal. Le grand frère déjà était très fort: ses notes variaient en fonction de ses voisins de table. Quand le voisin était bon, il avait 5, quand le voisin était mauvais, il avait 3. Au moins, il était silencieux. Parce que le petit frère, non seulement le vent souffle en tempête dans sa tête, mais en plus il se sent obligé de nous faire part de ses réflexions. C'est ainsi que j'ai appris qu'il est le cerveau de la famille, celui qui doit faire des études (d'où le refus de ses parents de le placer en SEGPA). Par exemple, quand quelqu'un lit, il est si concentré sur sa propre lecture qu'il répète la dernière syllabe de chaque mot à voix haute. On a beau être compréhensif, ça rend nerveux. Ou bien, conversation type:
" Bob, arrête de parler, maintenant!
(Bob fait semblant de fermer sa bouche avec une fermeture éclair)
(Je poursuis mon cours tout en surveillant ledit Bob qui a la bouche particulièrement crispée)
(Bob lève le doigt)
-Ouiiii Bob?
-Mmmmmmm....mmmmmmm
- Ca ne va pas, Bob?
(Il gesticule en me montrant qu'il n'arrive pas à parler)
-C'est bon, tu peux parler.
(Il dézippe sa bouche et répond comme il peut à la question). "
Sur le coup ça fait rire... mais bon. Que va-t-on faire de ce gamin que les parents refusent de placer dans une structure appropriée? On va le traîner jusqu'en troisième où dans le pire des cas il deviendra un délinquant parce qu'il sera entraîné, dans le meilleur des cas il se résignera définitivement à l'échec. Déjà maintenant il secoue parfois la tête comme un chien de plage arrière en marmonnant "comprends pas... comprends pas..." le souci étant qu'aucune explication au monde ne pourra lui faire comprendre.
D'ailleurs, en quatrième, j'ai tenté vainement d'expliquer à un élève pourquoi "le beau chat" n'est pas une phrase... ce pendant une vingtaine de minutes avant d'abandonner... Dans la même classe ma collègue de maths s'est escrimée à expliquer à un autre élève la différence entre une virgule qui se déplace à gauche et une virgule qui se déplace à droite... le gamin n'a rien compris. On en est au stade d'abandonner avec ces enfants-là, faute de compétences nécessaires, de temps et de moyens. Pour eux, une addition serait une victoire, comme une phrase cohérente. Mais dans un bahut où 70% des élèves sont sous les critères requis pour l'entrée en segpa au niveau national, que faire ce ceux qui sont tout en bas? Laisser souffler le vent, en espérant que ces 4 années de collège perdues ne les auront pas totalement déprimés ou n'auront pas cassé le peu de confiance qu'ils avaient déjà en arrivant...
Allez, petite anecdote pour finir ce post un peu désabusé... j'ai appris une nouvelle insulte aujourd'hui...
La classe de 6èmes GnanGnan entre dans la salle... soudain, Rufus, élève plutôt au delà des préoccupations terrestres en temps normal, balance un énorme coup de poing dans la figure d'Eudes, perturbateur notoire... Etrange, étrange... d'ordinaire, Rufus est tellement sur Mars qu'il n'entend pas son propre nom...
Il est tout rouge, furieux, refuse de répondre à mes injonctions, je suis bien obligée de le chasser du cours pour son attitude agressive même envers moi et envers les autres... mais je suis perplexe, je me doute bien qu'Eudes, malgré ses dénégations frénétiques, n'est pas innocent dans cette affaire.
A dix heures, Rufus, penaud et calmé, m'attend devant la porte de la salle des profs et m'explique que l'autre l'a gravement insulté. Après le sermon d'usage (oui, oui, je maintiens le suspense), la violence sémal, on ne règle pas les problèmes avec les poings, tralala... la curiosité aidant, je lui ai quand même demandé quelle était cette insulte gravissime au point qu'il en a été exclu du cours... "Il m'a dit que j'avais le même caleçon que mon pèèèèèèèèère!".
Effectivement. Y'a des coups de boule qui ont volé pour moins que ça, hein , Zizou?
Edito en parlant de baffe... Petite pensée pour le prof qui a envoyé une baffe à un gamin.... qu'il soit sanctionné, je veux bien, c'est interdit et ça doit le rester. Mais la réponse n'est-elle pas disproportionnée? Qui d'entre nous ne s'est jamais dit "celui-là je lui en mettrai bien une"? Qui est à l'abri de ce genre de choses, avec la fatigue, les ennuis personnels, les insultes quasi quotidiennes? Qui n'a jamais reculé de deux pas, en craignant ses propres réflexes? Une pensée pour le collègue, qui certes a eu tort, mais qui est victime aussi.
22 janvier 2008
Gus et compagnie
Je ne vous ai jamais parlé de Gus. Lacune que je m'en vais combler de ce pas frénétique de période pré-vacances. Gus est actuellement dans ma troisième Love, oui, oui, pour ceux qui suivent c'est bien la classe de Brutus himself. Pourtant j'adore cette classe, malgré eux. Moralité, une classe est sympa par son ambiance, pas forcément par (certains de) ses individus.
A l'age où tous les garçons de troisième commencent à avoir une voix grave, du poil au menton et à mesurer 1m80 (pour une longueur de deux mètres de bras et un poids de 30 kilos d'os), Gus, lui, fait un peu comme Peter Pan. Il a tranquillement gardé son mètre 12 de sixième, sa petite voix flûtée et ses cheveux blondinets en bataille. Pas un bouton prépubère à l'horizon, pas un poil en vue. Ce qui pourrait être plutôt charmant si il n'avait pas décidé de compenser cette infériorité physique. En étant pénible. En fait, il est aussi chiant qu'il est petit. C'est dire. On dirait une sorte de ouisititi monté sur ressort à pile duracell. Autant dire qu'heureusement que la classe est calme car il nécessite à lui tout seul l'énergie d'une centrale atomique.
Manque de bol, mon énergie à moi par ce sombre mois de janvier suffrait à peine à alimenter un igloo. Aussi, hier, Gus a décidé qu'il était follement amusant de profiter de sa vue sur mon dos (aaaaah madame vous avez de la craie sur votre dos!) pour bombarder Fatima, première de la classe de son état, de tout ce qui lui tombait sous la main. Il faut savoir que c'est le pire truc qui puisse arriver: impossible de choper le coupable à moins de s'appeler superman, batman & friends. Donc on suppute. Certains collègues, en cas de jet d'encre ou autres préservatifs demandent au coupable de se dénoncer. Chose que je ne pratique pas puisque souvent finit par se dénoncer le bouc émissaire secrètement menacé de mort dans le cas contraire. Aucun moyen de prouver, car, ne nous voilons pas la face, même si on connaît parfaitement le coupable, il restera bien souvent impuni.
Or là, Gus a passé les bornes... il a lancé des cartouches, des bouts de gomme, des capsules de stylo, des boulettes de papier mâchouillé (tout ça pendant que je lui demandais toutes les deux secondes de se taire, s'asseoir, regarder le tableau, travailler... c'est bon!) sur Fatima. Qui n'en pouvait plus. Parce qu'elle n'avait eu que 15 à son dernier contrôle donc elle devait se concentrer sur le corrigé, nanmého, un tel échec étant inconcevable de sa part. La coupe a débordé quand elle s'est pris dans l'oeil une carte de FSE. Elle a levé la main "md'am, je vais coller une baffe à c'crétin!". Comme ce n'est pas le genre de réponse qu'elle fournit d'habitude, je me suis tâtée.... une baffe...ce serait si bon d'assister à ça...
Mais non, je n'ai pas cédé, non non non, tu ne me tenteras pas, gente demoiselle, et le Gus a été aimablement prié d'aller voir chez la CPE si j'y étais et informé que désormais la moindre boulette trouvée par terre serait à sa charge de ramassage jusqu'à la fin de l'année. Tant pis si les autres en profitent.
Il y a un seul élève, un seul, qui n'a pas compris le principe du jet d'objets dans le dos du prof, et qui un beau matin au début de l'année a lancé une boulette SOUS mes yeux zébahis, m'épargnant une pénible enquête... un seul... Brutus, bien sûr!
17 janvier 2008
Ô rage, ô désespoir...
Dans nos attributions de professeur de français, il y a la récitation. Vous souvenez-vous des fables de La Fontaine, fièrement ânonnées devant toute la classe, de certains textes que l'on garde toujours plus ou moins à l'esprit?Personnellement, j'ai toujours eu une très mauvaise mémoire, ce qui m'a posé quelques soucis en prépa agreg (échec cuisant, évidemment)... les seules citations dont j'arrivais à me souvenir étaient du type "le monde est une branloire perenne" (Montaigne, qui ne voulait pas dire ce que tu penses, voyons!). Bref, ça fait désordre. En plus je me vois mal recaser dans la conversation courante "Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé/Le prince d'Aquitaine à la tour abolie...." (faut bien que je frime un peu).
Mais bon, prof de français oblige, je suis bien forcée de me tenir dans ce rôle et c'est vrai que travailler la mémoire c'est bien, que ça leur donne un meilleur vocabulaire et gna et gna et gna. Donc de temps à autre, quand ça me prend, et surtout parce qu'à chaque fois qu'on déballe une poésie on me demande d'un ton angoissé "il faut l'appreeeeeeeendre?", ça réveille mon côté sadico pervers "ouiiiiiii"!
Donc ça n'a pas loupé, quand j'ai sorti Melancholia de Hugo, poème que j'aime beaucoup, et qu'avant même de savoir de quoi ça parlait ils ont hurlé "faut l'apprennnnndre?", même si ce sont les troisième Love de mon coeur, et peut-être à cause de ça d'ailleurs (l'idée que pour une fois un texte que j'aime ne sera peut-être pas massacré), ben j'ai dit oui. Bon, ne hurle pas, ami lecteur, c'est long et difficile, mais je leur ai donné quatre semaines pour le faire, hein.
Vient le jour de la récitation. Pour ne pas être accusée de favoritisme, je tire au sort sur ma liste de noms: à savoir, je passe mon doigt dessus sans regarder et quelqu'un dit stop. Amusant. Ensuite , que le festival commence.
Il y a le citoyen lambda, qui a appris sa poésie la veille ou, au mieux, l'avant-veille, et qui parviendra à me la réciter avec moults "euh"... "ah"..."pouvez m'aider?". Résultat des plus probants, un bègue ferait certainement mieux. On sent vraiment la souffrance de la victime qui pensait connaître son texte ("Mais md'am c'est pas vrai qu'y faut le faire en avance, je retiens mieux la veille!"). Limite on aurait pitié. Moi, non. Hihi. L'avait qu'à m'écouter, l'espèce de pt'it coq à crête, hein. Ce qui est assez marrant c'est l'effet d'essoufflement: il connaît à la perfection les dix premiers vers (forcément, il y a passé deux heures!) mais au bout du onzième tout le monde commence à regarder sa montre, à souffrir et à avoir franchement envie de l'aider, le pauvre bougre.
Il y a celui qui l'a appris le matin dans le bus (voire pendant le cours de maths) et qui tente de négocier "j'étais malade le 15, et aussi chez ma tante Aglaé ce week-end, hier soir y'avait un devoir d'art pla (après entretien avec le collègue concerné, curieusement, le devoir en question n'était pas fait pour cause de poésie à apprendre...)... j'peux avoir un délai? " Devine...
Y'a la parfaite, voix douce, ton marqué sans exagération, pas une faute, un délice. On comprend pourquoi la poésie existe. Elle a été inventée pour des filles comme elle. On partage sa tristesse devant "tous ces enfants dont pas un seul ne rit", on ressent la colère du poète quand le travail "donne une âme à la machine et la retire à l'homme!" Ouah.
Il y a celui qui ne l'a pas appris et qui le renvendique. Zéro. Ca a le mérite d'aller vite. Au suivant.
Il y a la vedette. Look soigné, tecktonik de préférence, ou rap, ou autre chose que je ne saurai décrire. Lui, c'est un artiste, il n'a pas appris son texte, juste jeté un vague coup d'oeil dessus, mais il va le présenter de telle manière que toute le monde, moi comprise, va être écroulé de rire. Soit il sera dramatique, moulinets, gestes de la main à presque refiler une claque au premier rang effondré sous les larmes de rire, emphase, allant jusqu'à faire la révérence au public en délire, au point que tout le monde oubliera qu'il a raconté l'histoire mais certainement pas récité le texte. Soit, il va nous gratifier d'un mélange rap/slam, additionné de la petite chorégraphie qui va avec. Quitte à ne pas avoir bossé, autant l'assumer avec talent et humour, non?
Il y a le timide. Qui sait parfaitement son texte, mais qui n'arrive pas à le sortir. Qui a un 5 ou un 6 alors qu'il mérite minimum un 18. C'est aussi celui qui me supplie, d'une toute petite voix, de bien vouloir l'écouter seul une fois que les autres seront partis. Je sais que c'est mal, mais parfois je cède...
Enfin, last but not least, comme dirait l'autre, il y a Brutus. Brutus, qui a le nez littéralement collé-vissé-soudé à son cahier en entrant en classe, au point qu'il se mange la porte (hihi). Brutus, qui pendant que tous les autres récitent plus ou moins, va souffler bruyamment des réponses fausses, bien qu'il soit intimement persuadé qu'elles sont justes. Brutus, qui, à l'appel de son nom, se lève, replongé dans son cahier, et tourne autour de sa table tel un sioux autour d'un totem (quoique je n'ai jamais entendu parler de sioux con à ce point?), avec pour point d'ancrage son nez au centre de son cahier. Brutus, qui, sur mes injonctions de plus en plus énervées et celles de la classe qui en a marre de cette comédie demande "on peut prendre le cahier?". Argh. Ben oui, c'est pour ça que les 24 autres qui sont passés n'avaient PAS leur cahier, bougre de... (on respiiiire). Et là, d'un ton larmoyant (ben oui, il est brimé), on assiste à un festival de euh...aaaahhhh....c'est queeeeee..... supplice. Et quand, enfin, devant la classe au bord de vomir d'écoeurement, il achève notre calvaire, il demande, ravi et sûr de lui.... "c'était bien, hein, c'était bien, hein, hein, hein?"
Je ne sais pas si il y aura encore d'autres séances de récitation.
08 janvier 2008
De la mode chez les ados
Tout d'abord et avant tout, très cher lecteur, laisse-moi te souhaiter tout ce que tu as envie que je te souhaite, geste grandissime de ma part puisque je trouve les voeux du nouvel an parfaitement artificiels et sans intérêt. Donc souhaite-toi ce que tu veux, j'approuve.
Si je tape frénétiquement sur mon clavier aujourd'hui, c'est pour évoquer non sans une certaine nostalgie la mode chez nos amis les adolescents. O combien fluctuante, d'ailleurs, mais si amusante à suivre. Dans mon jeune temps, il y avait les "totoches", mini-tétines multicolores qu'on s'accrochait autour du cou, qui finalement, avec le recul, ne faisait que nous confirmer dans le rôle des gros bébés que nous étions. Les filles les plus dans le coup portaient d'énormes mèches bouffantes sur la tête, gluantes de gel. Personnellement, j'avais plus le ado-mal-dans-sa-peau-touch, jean/baskets/pull camionneur/cheveux dans les yeux. Glamour. C'est fou comme une fois le temps passé on se rend compte qu'on était particulièrement beaux. Mouarf. L'éclat de rire en retrouvant la photo de classe de la honte, cachée au fond d'un vieux bouquin, montrant des ados boutonneux et crispés, curieusement presque tous vêtus de pulls turquoise, avec un prof bien guindé à leur côté (c'est pour ça que je ne me mets jamais avec mes élèves sur la photo).
Ce qui m'interpelle ces derniers temps, c'est plus le look des filles. Les garçons sont tous plus ou moins en pantalon sous les fesses/gros pull ou en jogging. Mais les filles...
L'an dernier, pour être "in", il fallait absolument porter des rayures noires et blanches. Horizontales. Je serai ravie d'apprendre, cher collègue, si tu as aussi relevé ce phénomène parmi tes demoiselles ou si c'était spécifique de chez moi. Donc, de grosses rayures, façon combinaison de tôlard, horizontales (pourtant c'est dans le sens vertical que ça amincit, dixit Obélix), alternées façon zèbre transgénique. Le must, pour être dans le coup, c'était de voir collé sur ce pull une couronne, allant de la petite chose discrète dans un coin, à l'énorme truc en strass. Le plus souvent c'était façon clou doré, plus classe. La chose amusante dans tout ça c'est qu'il n'était pas rare de voir dans une même classe des taches noires et blanches un peu partout (je parle de couleur, pas de personne, hein!). J'en ai déjà compté pas moins d'une dizaine, sur les 15 filles de la classe, à porter à des clopinettes près le même pull. Ouah. Toute une classe de tôlards, les soeurs Rapetou en cours de français! Les plus ringardes ou celles qui n'avaient rien pigé portaient, par contre, un pull rayé gris et blanc (ou alors c'est maman qui s'est plantée en faisant la machine?), ou comble du comble de la nazitude, des rayures noires et blanches certes, mais verticales... bouh!
Après, il y avait celle qui voulait se démarquer et qui a opté pour les pois noirs et blanc: bas noirs à pois blancs, jupe blanche à pois noirs, pull noir à pois blancs, boucles d'oreilles itou... must du must, des ongles noirs avec des pois blancs faits au tipp-ex. J'ai pas vu sa culotte. Un peu too much? Noooon, simple contestataire qui veut se démarquer de ses compagnes par un look plus original!
Cette année la mode est moins voyante quand ils sont assis mais tout aussi sympa: les cuissardes. De préférence en simili cuir, montantes ralatouf, avec d'immenses lacets qui rendent tout cours de sport inutile puisque ces demoiselles mettent une heure à les enlever, une heure à les remettre. Plus besoin d'avoir ses règles quatre fois dans le mois pour être dispensées, youpi! Talons à hauteur variable. Le souci c'est que n'est pas Francis Lalanne qui veut, hein. Les grosses cuisses font furieusement penser à du jambon de Bayonne, les maigrelettes à des sauterelles anémiques. Sans parler des dégâts des talons aiguilles qui produisent leur lot quotidien d'infirmes vraies ou supposé'es. D'où aussi quelques soucis pour s'asseoir quand les objets en question sont trop serrés. Aïe.
Par contre, pour en revenir aux garçons, à qui sont sans doute destinées toutes ces initiatives vestimentaires, ce qui les préoccupe, c'est leur sac à main. Je ne sais pas comment ça s'appelle. Vous voyez, cette petite sacoche imitation Yves Saint Laurent ou Louis Vuitton (3 euros au marché), qu'ils ont tous autour du cou? Voilà qui est viril! Voilà qui est élégant, et camoufle discrètement le téléphone portable (interdit au collège...). D'ailleurs le garçon de sixième, cru 2007/2008, se préoccupe beaucoup d'être dans le coup, bien plus encore que son homologue de troisième... quelle n'a pas été ma surprise, dans la lettre écrite aux correspondants malgaches, de voir tous les garçons demander "tu mets plutôt Lacoste, Dolce et Gabbana ou Cerrutti?"... euh... ils étaient fort étonnés que je leur déconseille cette question concernant les petits malgaches!
J'aurais bien aimé vous parler aussi de ceux qui se démarquent du lot, mais je pense vous avoir proposé une méditation suffisante pour aujourd'hui... par contre je serai ravie d'apprendre les phénomènes de mode chez vos phénomènes!
20 décembre 2007
Le retour des zombies
Ca y est. Ils sont là. Les zombies attaquent, comme chaque année à la même période. On les voit errer dans les couloirs sombres et mornes du collège, sans but apparent, le teint d'une huître un soir de réveillon, l'oeil frais d'un maquereau sur l'étalage du supermarché local... Il ne fait jour qu'à neuf heures du matin, et encore, les jours où il fait beau, mais dès 7h45 on les voit, collés au métal froid du portail, soudés les uns au autres, la bouche largement ouverte sur un gigantesque baillement, les yeux à l'état de fente. Au même moment, une autre catégorie de morts-vivants se dirige d'un pas lourd, ployant sous le poids d'une sacoche pesante parce que pas vidée depuis les vacances de la toussaint, les yeux mi-clos, vers le lieu béni où les attend le réconfort d'un café chaud.
Dans la salle des Zombies Adultes, on n'entend que le tintement de la cuillère dans la tasse (5 cuillerées de café pour une cuillerée d'eau, tarif minimum pour survivre à la journée) agrémenté par quelques dialogues, toujours les mêmes.
"Pffffff.... j'en peux plus.
-Ouééééé c'est dur.
-Chuis mâlâde...
-*soupiiiiiiiiir*"
L'une des caractéristiques du zombie, faut le dire, c'est de posséder très peu de vocabulaire, celui-ci appartenant inévitablement au champ lexical de la crevidute, de la pasenvietude ou de la maladitude. Pourtant, fort de son pudding-au-café, il parvient, coûte que coûte, longtemps après la sonnerie le rappelant à l'ordre, à se traîner devant ses jeunes zombies. Ceci dit, il a bien l'intention de leur donner plein d'exercices, voire, (un zombie c'est pas cool) un contrôle pour qu'on lui foute la paix et qu'il puisse finir sa nuit dans le calme.
Le jeune zombie, quand à lui, ne parle pas du tout quand le zombie adulte lui adresse la parole. Il faut lever le doigt, et c'est bien connu, le bras d'un zombie risque de tomber à tout moment, donc mieux vaut ne pas trop le bouger. Le jeune zombie a par ailleurs bien du mal à décoller sa tête , de préférence posée sur ses bras, ce qui l'empêche pour des raisons logistiques de soulever les cinq grammes de son stylo, évidemment trop lourd. L'avantage de ce genre de connection entre zombies c'est que les heures de cours n'ont pas besoin d'être chargées, entre le déplacement (lent) vers la salle, le deshabillage (difficile) des couches d'oignon, les négociations "mais comment comptes-tu noter ton cours avec tes moufles?", la réflexion pour trouver la date (une bonne minute tous les matins, de ma part), la sortie des affaires (lourdes) et la mise au travail (impossible), il s'écoule minimum un quart d'heure.
Il y a pourtant quelques zombies réfractaires, les zombies cruels. Ceux-là sont susceptibles, se tapent dessus, sont insolents...
Discussion entre zombie-prof et zombie-élève:
Prof "Pourquoi ton exercice n'est-il pas fait? *soupir las*
Elève -J'étais absent il y a une semaine quand vous l'avez donné, c'est bon, hein! *air écoeuré*
Prof -Mais en une semaine tu as eu le temps de rattraper, alors donne-moi ton carnet de liaison. *pffffff*
Elève - Non mais c'est bon, j'ai jamais rattrapé un cours de ma vie, hein.
Prof - Le jour où ton patron te demandera de faire un travail, et que tu seras absent sans le rattraper, il te dira quoi, à ton avis? * chtoc, prend ça, morveux*
Elève -Ben il me félicitera.
Prof (après un temps d'inertie, à me demander si je vais le tuer, et puis non, chuis trop fatiguée) -Fiche moi le camp." * soupiiiiir*
Hé oui, le zombie prof a pendant cette période légèrement tendance à sortir le zombie-élève de sa salle, parce que s'énerver, c'est trop fatiguant. Et le zombie-élève est soulagé, au fond, il va pouvoir se rendormir tranquillement en perm', parmi ses congénères chassés eux aussi des salles sombres et muettes caractéristiques de cette période de l'année.
Ce qui est sympa en cette saison c'est le consensus, qui pour une fois met tout le monde d'accord, entre zombies on se comprend pour s'économiser avant d'aller retrouver la chaleur de notre couette...
10 décembre 2007
C'est bon!
Dans mon étude bien entamée du langage collégien, ici et ici je n'ai encore que trop peu évoqué cette expression qui a le don de m'énerver entre toutes, "c'est bon". On pourrait penser que l'on parle de gâteaux au chocolat, ou mieux encore, de mon cours "c'est boooon madame d'écouter parler de littérature, cela nous enrichit l'esprit et nous nourrit l'âme..." (oui, je sais, je crois encore au père noël, mais c'est la période des miracles, non?). On pourrait penser qu'il s'agit de leurs premiers émois amoureux ou de leur bonheur devant une bonne note.
Mais curieusement, cette expression à mon grand dam de plus en plus usitée a plutôt un contexte négatif. En fait, elle sert à se dédouaner de tout. Elle pourrait signifier "oui c'est bon, j'ai compris", mais je crois qu'elle a plutôt comme sens "va te faire f.... conn..... tu faiches". En gros, lorsque nous faisons une remarque déplaisante à l'une de nos ouailles, nous sommes récompensés par un "ouaiiiiis c'est bon" bien senti. En gros, cause toujours tu m'intéresses. Ainsi, lorsque je dis à un fort bruyant élève "tais-toi, dernier avertissement", j'ai droit à un "c'est boooon (soupir)" avant poursuite des discussions. "Très bien, donne-moi ton carnet alors!" "Non, non m'dam, c'est bon j'vous dis!". Hé ben si mon coco.
Cette expression me rend hystérique, puisque c'est justement parce que ce n'est PAS bon que le contrevenant est interpellé. Du coup j'ai attrapé la fâcheuse manie de leur répondre "justement, non , ce n'est pas bon!!" ce qui a le don de les rendre perplexes. Ils viennent de me dire que c'est bon, je suis pardonnée de mon intervention dans leurs affaires, ils ont entendu mes doléances et en tiendront peut-être compte dans une autre vie, et non, je n'accepte pas leur pardon? Mais quel manque de respect élémentaire! La surprise leur coupe la chique et je suis tranquille pour un moment.
Il y a pourtant des gens particulièrement durs à cuire, surtout de jeunes adolescentes qui passent leur cours à débattre dans le pire langage SMS sur de micros bouts de papier du charme de quelques boutonneux environnants "oué jvé doné 1 rankar a tof lé tro bo smek". Elles se passent tranquillement les ciseaux pendant qu'on écrit le cours et le tipp-ex pendant qu'on lit le livre de lecture. Quand cela ne suffit pas elles commentent à l'oral, après tout, c'est fatiguant d'écrire, c'est bon, hein. Lorsque je me permets d'intervenir dans leurs petites affaires, ces demoiselles sont déjà grandement outrées "c'est bon, c'est boooon" (mais qu'est-ce qu'elle me veut celle-là? J'allais justement dire à Kévin qu'il est aussi beau que Mathieu de la Starac!... quoi exercice? noter le cours? c'est boooooon j'prends une feuille...). Mais si j'insiste vraiment, si je demande qu'en plus de prendre une feuille elles notent le cours/fassent l'exercice (quoi, faut copier les phrases???? elle est folle celle-là!), j'ai droit au grand jeu: "c'est bon" excédé, soupir à décoiffer ses voisins, levage des yeux au ciel pour invoquer le dieu des beaux mecs d'intervenir en leur faveur. Parfois même ça secoue la tête en signe de dénégation, vraiment, cette prof elle exagère, y'a des trucs teeeeellement plus importants que bosser, elle y pige queud, j'y tiens moi à être un jour mère-au-foyer-5-gosses-RMI-mec-en-taule, pourquoi elle essaye de me sortir de là?
Alors c'est bon, hein, parfois, moi j'abandonne, ces pauvres petites, je les gêne tellement... en espérant qu'avant que ce ne soit vraiment plus bon pour elles, un quelconque signal d'alarme sonne dans leur cerveau.
03 décembre 2007
Brutus, sa vie son oeuvre
Brutus a encore frappé...petit panel de ses activités de ces derniers temps...
Cas n°1: Brutus a obtenu 9.5/20 à son dernier devoir. Il n'est pas rare dans ces cas là que les élèves ronchonnent car j'aurai aussi bien pu leur metre 10. Manque de bol, comme je suis un peu perverse, je leur réponds que je ne donne pas dans la charité. Mais Brutus, lui, a sa méthode... ils'est mis A GENOUX devant moi pour me supplier. Même que je n'invente pas.
Cas n° 2: Aujourd'hui, Brutus avait soif. Donc, pendant toute l'heure de cours, il n'a eu cesse de chercher à boire... il chuchote (avec une voix qui mue façon brame du cerf au printemps), à gauche, à droite, au milieu "hééé, psssst t'as pas à boire? Discrétos, la prof le verra pas, hein!!!" . Le tout avec la discrétion d'un supporter de l'OM. Je fais semblant de ne pas entendre, faut dire que je suis malade donc pas envie de m'énerver. Mais les potes, eux, au bout d'un moment, ça leur prend la tête, d'autant que je suis en train de (réréréréréré)expliquer les mystères de l'accord des participes. Donc, ils râlent. Avec la discrétion d'un supporter du PSG (quoiqu'en ce moment ils sont plutôt discrets, ceux-là). Brutus se calme, devant mon regard assassin, et le fait que je l'interroge l'air de rien ("avait bu, c'est quel temps?").
Cas n°3: Hurlement strident "mais j'ai rien à boire!". Un attentat? Non, simplement une jeune fille, assise devant Brutus, à qui pendant quelques temps on a enfoncé une capsule de Bic, par le bout pointu, entre les omoplates, dans le but d'obtenir de l'eau. Qu'elle ne possède pas. Devant mon regard courroucé et la légitime colère de la demoiselle en détresse, monsieur répond par un très élégant "mes fesses, qu'elle a de l'eau". Ce à quoi j'ai rétorqué que ses fesses, il avait intérêt à rester fermement assis dessus avant de se prendre mon pied dedans. Et le pire c'est que je le pensais vraiment...
01 décembre 2007
MONSIEUR Pennac
Je parle rarement de lecture et d'écrivains, mais l'un de mes préférés, pas très original me direz-vous, tout le monde l'aime, est Daniel Pennac. Parce que derrière son sourire d'éternel gamin malicieux, se cache celui qui a tout compris. Il y a l'amour des mots, l'amour de son métier, l'amour des gamins, l'amour des gens tout court. Il y a eu "comme un roman", le livre qui vous fait rêver à la lecture, qui vous autorise à regarder la fin (ouf! enfin quelqu'un qui ose avouer pratiquer le même petit plaisir que tant d'autres personnes, à commencer par moi.) Maintenant il a reçu le prix Renaudot, comme mon autre auteur préféré, Georges Perec. Perec et Pennac, deux magiciens des mots, qui savent transformer la lecture en un art jubilatoire. Ils ont bon goût, au Renaudot. Chagrin d'Ecole, dans la même veine que Comme un roman a été écrit par le cancre repenti qu'il est, et encore, manifestement, pas si repenti que ça!!
Je ne saurai dire, derrière chaque mot on sent l'amour du cancre pour ce qu'il a été, l'amour d'écrire, l'amour de ces mouflets paumés, et, chose encore plus magique, il nous a permis à nous d'éprouver de la tendresse pour nos propres cancres... Morceaux choisis, parce que moi qui n'écris pas dans les livres habituellement j'ai ressenti le besoin de souligner plein de passages.
"Connaîssez-vous le seul moyen de faire rire le bon Dieu?
Hésitation à l'autre bout du fil.
-Racontez-lui vos projets."
En d'autres termes, pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé.
Ca fait du bien d'entendre ça, non? Et pas seulement sur un plan scolaire, mais avec quelques propos simples, tout est remis à sa place. Nous avons tendance à croire que le destin des élèves qui ne fichent rien en classe est raté d'avance, mais qu'en savons-nous? Combien de grands hommes ont-ils été des cancres et ont-ils fait le désespoir de leurs professeurs?
Sa définition du mauvais élève est elle aussi très jolie: C'est un oignon qui entre en classe: quelques couches de chagrin, de peur, d'inquiétude, de rancoeur, de colère, d'envies inassouvies, de renoncement furieux, accumulées sur fond de passé honteux, de présent menaçant, de futur condamné [..]mais un seul regard suffit souvent, une parole bienveillante, un mot d'adulte confiant, clair et stable, pour dissoudre ces chagrins, alléger ces esprits, les installer dans un présent rigoureusement indicatif.
Petite phrase encore Les cancres se nourrissent de mots.
Sur la frustration du prof qui ne peut rien faire pour un élève et qui le regarde couler lentement Il n'y a pas plus prompt à vous engueuler qu'un professeur mécontent de lui-même. Attention les mômes, rasez les murs, votre prof s'est donné une mauvaise note, le premier responsable venu fera l'affaire! Qui n'a jamais hurlé sur des gamins agités sachant parfaitement que s'ils l'étaient, c'était parce que notre cours est pourri à souhait, ce jour-là?
Pourquoi les profs ne se sentent-ils pas prêts à affronter la réalité de leurs propres limites? Les profs ne sont pas préparés à la collision entre le savoir et l'ignorance, voilà tout!
Je ne vais pas vous citer tout le livre, à vous de le découvrir si ce n'est déjà fait, mais vous raconter comment je m'en suis servie en classe. Leçon de grammaire avec mes 4èmes. Passé simple. "Ah madame ça prend la tête, ça saoûle!!!". Au lieu comme d'habitude de soupirer parce que moi aussi je hais la grammaire, j'ai tenté de raisonner à la Pennac, j'ai écrit "ça prend la tête" et "ça saoûle" au tableau, et je leur ai demandé ce que cela pouvait bien signifier. A force de réflexion, nous avons trouvé que ça donne mal à la tête, ça étourdit, ça embrouille les idées. C'est là que Sofia, la tire-au-flanc de service, a crié "ça craint"!!! Nous y voilà. Verbe craindre. Pénible, d'ailleurs, au passé simple. La peur. Peur d'avoir mal à la tête, peur de s'embrouiller, peur tout court. Eux comme moi étions étonnés. Eux parce que en creusant un peu ils ont découvert que sous leurs expressions toutes faites, il y avait un sens. Moi de sentir que, comme le dit Pennac, leur refus d'apprendre vient certainement de la peur de mal faire. Plutôt que de travailler et de se planter, on ne travaille pas, comme ça on sait au moins ce qui nous attend.
Nous les avons démontés, ces verbes au passé simple. Comme de la mécanique. Miss Sofia pour la première fois avait l'air concernée, et d'ailleurs, pour une fois, moi aussi je me suis éclatée en faisant de la grammaire avec eux. Au contrôle, ils s'en sont presque tous tirés de manière honorable. Pas de zéro. D'ailleurs, toujours dans ma phase Pennac, je leur ai interdit le mot "nul". Ils ne sont pas nuls. Nul, c'est zéro. Et personne n'est un zéro. Ils se sont pris au jeu "Md'ame, je suis nul en dictée...enfin, pas nul, hein, j'ai des problèmes en dictée!"
Je sais que ça ne suffit pas, je suis encore bien jeune dans le métier et je ne prétends pas pouvoir appliquer ça tout le temps, mais comme je le disais dans un post précédent, chaque petite victoire dans notre métier est peut-être le plus beau des plaisirs, et compense tant de défaites. Et pour ça, M'sieur Pennac au doux sourire, j'vous dis merci.
29 novembre 2007
Quand les profs ne travaillent pas...
Noël approche, et avec lui ses odeurs de bredalas...
... et ses rêves de petites filles...


