La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

24 octobre 2009

Bande de sales bourges!!!

Je parlais récemment des différences fondamentales et infranchissables qui existent entre les ados de la campagne et les ados de la cité. Ceux qui font du basket, de l'équitation, du ski, de la natation à bon niveau dans des clubs, et ceux qui jouent au foot dans la rue. Ceux qui connaissent Brassens, qui savent que Mozart était un compositeur, et que Victor Hugo n'est pas un auteur de comédies musicales (même si Mozart est un compositeur français et Hugo un auteur du XVIème mais bon, le gros du truc y est) et ceux qui pensent que la Belgique est au sud de l'Italie qui est elle-même un pays sud-américain.

Effectivement, c'est une réalité.

Une autre réalité, c'est qu'un ado est un ado. Quel que soit son milieu social et familial, quelle que soit sa culture (ou son inculture), quels que soient les pays du monde qu'il a déjà visités, un ado de famille aisée a les mêmes préjugés, les mêmes à prioris qu'un ado défavorisé des cités.

J'ai réalisé ceci à plusieurs reprises depuis le début de l'année, mais de façon bien plus criante lors de la dernière analyse de texte, qui mettait en scène les bourgeois habituellement dépeints par Maupassant. Inévitablement, à la question "et quel est le milieu social des personnages?" j'ai eu la réponse "mais c'est des bourges, madame".

Constatons ici que l'ado de campagne n'osera tout de même pas utiliser l'adjectif "sale" placé devant "bourge".  L'ado de campagne sait pertinemment qu'on n'utilise pas de vilains mots devant son professeur de français, même si on le fait tranquillement derrière son dos.

Le Bourge, donc. Le sacro-saint Bourge, contre qui je me bats depuis des années.

Mais là, avec une différence notable. C'est que ce sont ceux-là même qui sont méprisés par les gars de la cité, qui les traitent sans vergogne de "sale bourges", qui méprisent à leur tour des "bourges"... Société, société...

Je me suis alors lancée dans mon laïus habituel, ma bataille annuelle, pour expliquer que "bourge" vient de "bourgeois" qui habitent un bourg, qui sont ceux qui vivent de leur travail, et bla et bla et bla...

Mais je leur ai ajouté gentiment: "vous savez, pour mes élèves de l'année dernière, les bourges... c'est vous!! Même toi, Brandon, qui fais dépasser les 2 cm de chaussettes sur ton jean's bien repassé, hé oui, même toi Brandon, tu ne trompes personne, pour ceux de la cité tu es un bourge."

Silence.

Silence.

Les yeux sont écarquillés. Les mâchoires tombent. Jamais eu un tel silence atterré depuis la rentrée.  Ils sont des bourges pour quelqu'un. Eux, les gens cool, les gens dans le coup, sont les ringards pour quelqu'un.

Et une petite voix d'ajouter: "Alors madame, si je comprends bien, on est toujours le bourge de quelqu'un?"

Posté par sifi à 20:14 - Permalien [#]