La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

29 juin 2009

Allô la Terre?... Ici Mars!

Cet après midi je suis allée dans mon nouveau bahut histoire de ne pas être une totale inconnue à la rentrée.

J'avais l'impression d'être toute verte avec des antennes sur la tête.

Le principal a présenté le bilan de l'année... progrès blablabla... réussite... voyages scolaires blabla...

Soudain mon oreille attentive (une fois n'est pas coutume!) a capté une phrase... "Je rappelle que notre promotion de troisième était particulièrement difficile cette année, nous avons même eu un conseil de discipline."

...

...

MUHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA...

Nous on en a eu une bonne dizaine, et encore, comme disait le principal, "parce qu'on ne peut décemment pas en faire cinquante."

Je sens que je vais aller de découvertes en découvertes.

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25 juin 2009

Je mute...

Certains le savaient déjà, d'autres s'en doutaient... Coup de tonnerre pour certains: je mute!

A la rentrée, je ne serais plus prof de Collègedifficile dans Citéquiflambe mais je migre à  Bahutpépère dans Bledpaumé...

Pourquoi, comment? Comment est-ce possible? Comment est-ce imaginable?

Vous vous en doutez, les raisons de demander à changer d'établissement sont multiples... fatigue morale à lire des copies ineptes, à me battre contre des moulins à vent, à assurer un projet dans un binôme qui ne fonctionne pas, et tout simplement le fait d'avoir tiré mes 5 ans en zep et d'avoir envie de voir si l'herbe est plus verte ailleurs...

Pourtant, c'est étrange de partir, de quitter son chez-soi, l'endroit où finalement j'ai appris mon métier, les gens que je voyais presque tous les jours et que j'ai appris à aimer pour certains. Quel drôle de sentiment, entre l'envie de prendre son envol et la sécurité du nid...

Je suis allée visiter Bahutpépère, j'avais l'impression d'être une extraterrestre, entre les couloirs silencieux, les élèves qui ont presque tous la même couleur de peau... j'avais pris goût à la diversité remuante et frétillante de nos couloirs vibrant sous la charge de troupeaux de mammouth à chaque sonnerie. J'ai ressenti le  plaisir de découvrir une belle salle moderne et lumineuse, le tableau rigolo qui monte et qui descend, ma mini-salle de travail perso attenante à la salle de cours mansardée avec sa verrière et sa vue sur la forêt... mais j'ai aussi eu une bouffée de nostalgie pour les salles décrépites aux couleurs criardes, à la vue sur les tours et aux  fenêtres sales...

J'ai vu quelques nouveaux collègues, des gens dans la quarantaine, calmes, sérieux, sympathiques, et j'ai ressenti une bouffée de nostalgie en pensant à la salle des profs trop petite et bruyante des jours de réunion, aux fous rires monumentaux autour du café de quatre heures, au fait qu'à presque 30 ans j'étais déjà dans la tranche d'âge moyenne du collège, aux jours de découragement aussi où on se mettait à plusieurs à remonter le moral du collègue qui flanchait.

Moi qui étais si contente d'avoir obtenu la mutation de mes rêves, un collège tranquille à 10 minutes de chez moi, tout neuf, j'ai ressenti soudain le violent besoin de partir en courant, de me sauver dans le lieu que je connais, avec les gens que je connais, les élèves dont j'arrive à identifier les fratries et les filiations... Un collège dont en cinq ans je faisais partie des meubles...

Pourtant en y retournant, en découvrant que quatre de mes sixièmes ont volé en quelques mois presque tout le stock de bandes dessinées du FSE, en entendant les collègues se plaindre des troisièmes qui refusent même de sortir leurs affaires à une semaine du brevet, en assistant à deux conseils de discipline sordides, je me dis que ce départ était nécessaire pour garder ma motivation et mon envie d'innover et de monter des projets...

Drôle de sentiment, la mutation...   

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16 juin 2009

Au cirque

Cet après midi nous avons emmené une soixantaine d'élèves, de tous âges et de tous poils, au cirque. Non, non, pas un cirque célèbre et connu, mais au spectacle monté par nos élèves à l'école du cirque Zavatta de Citéquiflambe, qui ont trimé dur pendant un an pour monter ce show qui promettait d'être bien sympathique!

Donc, tel un cortège bigarré, nous nous sommes ébranlés pour parcourir les 500 mètres séparant le collège de l'école du cirque. Imaginez, il y avait parmi nous des clowns, toujours prêts à nous faire rire, dans leurs joggings rouge vifs, leur casquette posée en équilibre sur le sommet de la tête. Des clowns femelle aussi, aussi gracieuses que des biches coulées dans du béton, et cliquetant de tout un tas de grelots variés. Des clowns qui se distribuaient des claques et des coups de pied, faisant vaciller d'innocents sixièmes à grands éclats de rire. D'autres clowns qui jouaient à se maquiller en marchant, effet garanti. Nous avons ri aux éclats.

Il y avait la fanfare, à grand coups de "vazy p'tain, avance, c*nnasse!!". "Hé Mouloud, t'es où b*rdel?". Un orchestre dont l'harmonie n'était pas loin d'évoquer un marteau piqueur un jour de congé à sept heures du matin sous vos fenêtres. Vous avez malheureusement oublié vos bouchons d'oreille, vous pensiez que ce n'était pas nécessaire pour un spectacle de cirque. Différents instruments jouaient dans des répertoires assez variés, entre la clarinette aiguë du sixième "Madaaaaaaaame il m'a tapéééééééé!", l'accordéon du quatrième en pleine mue "wEsh VaZy kjLUI pète la GueUle!" et la basse du trombone des troisièmes "Wo mais Samèrelateupu qu'elle est bonne cte meuf!".

Une symphonie, vous dis-je.

Nous avons bien sûr pu admirer des acrobates, toujours prêts à escalader des arbres ou des abribus, des magiciens, qui escamotaient des chewing-gums qui réapparaîssaient miraculeusement aussitôt que le prof avait le dos tourné, des équilibristes, marchant sur l'extrême bord du trottoir bondé au moment où le bus les frôlait. Certains artistes ont pris des risques insensés, hurlant au milieu de la chaussée, alors que d'autres jouaient les augustes en traînant la patte, ouh là, c'est loin, on arrive quand?

Nous avons eu des jeux de lumière fascinants, le crépitement des portables dans l'ombre de la salle de spectacle nous a semblé être le plus suave des feux d'artifices. Là encore, nous installant dans la salle sombre, nous avons vu d'autres magiciens que nous placions à des endroits désignés, à côté des nous, et qui d'un claquement de doigts disparaissaient pour se retrouver à côté des copains interdits, ni vu ni connu...

Vers la fin de la représentation, nous avons assisté à un numéro des as de l'évasion, ceux qui étaient privés de spectacle pour des causes forcément injustes et qui sont apparus avec fracas, on ne sait comment, dans les gradins.

La représentation? C'était chouette, merci.

Mais je crois que j'ai assisté aujourd'hui à l'un des numéros de cirque les plus réussis de ma vie. 

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11 juin 2009

Ma prof m'a tuer

Je suis un monstre. Une créature sans foi ni loi, une brimeuse professionnelle, qui fait pleurer les demoiselles  en détresse...

C'est la première fois que je vois un truc pareil. En temps normal, lorsque je sanctionne, les réactions sont toujours un peu les mêmes:

- celui qui s'en fout, il en est déjà à son 42ème avis de sanction* du trimestre, ça lui permettra de refaire la tapisserie des toilettes, en plus il compte bientôt publier sa vie son oeuvre

- celui qui se met en colère, balance un trruc par terre (de préférence une chaise, ça fait plein de bruit) et sort en claquant la porte

- celui qui admet la punition, que ça fait chier mais qui ne dit rien

- celui qui tente de négocier par des arguments judicieux et efficaces  (wesh c'est bon m'dam, j'frai plus, nan mais quoi, spa moi c'est l'autre,  mais non quoi, soyez cool, c'est bon hein!) et qui finit par sortir en rogne (cf cas n°2=).

De manière  générale je ne retire pas une punition que j'ai donnée, vu qu'elles résultent d'un paquet d'avertissement verbaux et d'un ultimatum. Ils n'ont qu'à assumer et ne pas laisser passer leur dernière chance.

Mais là...

J'ai sanctionné une demoiselle qui me gonfle depuis un moment, pour bavardages incessants et pénibles, sa furieuse manie de répondre n'importe quoi à mes questions en ne levant jamais le doigt (c'est fou le nombre d'élèves atrophiés du coude, la maladie du XXIème siècle??), et qui en plus ce jour-là n'avais pas son cahier. Je l'avais isolée, et avertie gentiment que cette fois, ça y était, au prochain manquement elle aurait une fiche sanction. Ce qui ne l'a pas empêchée, lorsque j'ai demandé à la classe de sortir son livre (Ulysse...), elle cesse son bavardage et braille sans lever la main "moi j'ai pas mon livre madame,  je peux aller à côté de qui?"... ... ... ... ... ... (oui la demoiselle n'est pas fut fut).

C'est là que ça a commencé... tête entre ses bras jusqu'à la fin de l'heure et ensuite...

Elle est venue devant mon bureau et a fondu en larmes soigneusement étudiées, qui se sont muées en sanglots hystériques, "non madame, pitité, pas ça, me faites pas ça, sérieux, c'est pas de ma faute, non pitiéééééééé"... Gné? Devant mon début d'agacement, elle joint les mains en prière et me les agite sous le nez... j'ai cru qu'elle allait se mettre à genoux...

Quand j'ai eu fini de rédiger la fiche humide de sanglots, elle est passée à l'étape suivante: "oh j'arrive plus à respirer....ooooooh je vais m'évanouir... oooooh je vois plus rien..... il faut que j'aille à l'infirmerie....".

J'ai eu l'impression de voir quelque vicomtesse du grand siècle, sous le coup d'une émotion foudroyante appelait sa bonne "Sidonie j'ai mes vapeurs, vite, mes sels!!!"

Ensuite j'ai appris qu'elle est coutumière du fait, à chaque fiche reçue le cirque est le même...

Ce qui ne l'a pas empêchée de se repointer le lendemain fraîche comme une rose et de recommencer tranquillement son bazar... 

* fiche sanction: document amusant sur lequel on note la sanction prise et surtout où l'on résume le crime commis, ce qui devient très rigolo quand on reproduit mot pour mot des grossièretés, sachant que tout cela est envoyé aux parents.

Posté par sifi à 08:20 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 juin 2009

Souvenirs souvenirs (2) ...

J'appuie sur la poignée et me jette dans l'arène.

Trente-cinq regards me suivent. Je suis le professeur. Je n'ai pas dix ans d'écart avec eux et ils le remarquent. Je me redresse, mes pas claquent, mes mains tremblent mais je les cache. Je me répète comme un mantra: je suis le professeur... je suis leur nouveau professeur de français.

J'ai l'impression d'être toute nue sur une scène devant des milliers d'inconnus et de jouer le rôle de ma vie. Il va falloir que je tienne encore quarante cinq minutes dans cette posture. Non, il va falloir tenir une année entière.

Je patrouille dans la classe, comme on me l'a inculqué, asseoir son autorité tout de suite, montrer sa vigilance. Je me sens si démunie, personne ne m'a appris à enseigner! Je sais disserter, discuter de sujets pointus, parler de l'héroïsme et de la marginalité dans la littérature européenne du XIXème siècle. Mais je ne sais pas enseigner. Je me rends compte, pendant ces quelques minutes, que tout ce qu'on m'a appris à la fac est, comme dirait Montaigne, "moutarde après dîner". Le petit plaisir qui ne sert finalement pas à grand-chose. Le sucre sur la fraise tagada. Le carreau de chocolat après un bon repas. J'ai nourri mon esprit pendant cinq ans avec une délectation sans bornes, mais je ne sais pas enseigner.

Je ne sais pas non plus éviter le poteau qui se trouve en plein milieu de la salle, et il me frappe en pleine figure. Heureusement, les élèves de seconde qui sont devant moi sont si stressés par leur jour de rentrée qu'ils font semblant de ne rien voir.

Pourtant, le temps passe, et vient le moment de leur présenter le programme. A ce moment précis, je me sens mieux. J'ai envie de me lancer. J'improvise. La magie se produit. A cette seconde où je commence à parler de littérature, à les interroger sur ce qu'ils en savent, je sens comme une brume magique m'entourer. J'ai soudain la conscience aiguë, précise, d'être à la place qui m'est réservée depuis toujours. Le plaisir monte en moi comme une sève, rendant mon esprit clairvoyant. Mes mains ne tremblent plus, je ne joue plus la comédie, je suis là, mes joues rosissent, mes yeux pétillent.  Enfin. Enfin je suis là, j'enseigne, je fais ce que j'ai toujours voulu faire. Je parle de ma passion pour la littérature, de tout ce qu'elle a apporté à ma vie, et j'en parle à des jeunes gens qui enfin s'animent, deviennent des individualités, et non cette masse hostile d'élèves. Je sens, à cet instant précis, que je suis faite pour cela, que tous mes rèves de petite fille viennent de se concrétiser. Je sais que ma place est bien là. Je sais que le chemin sera long, que j'ai tellement à apprendre, mais cela ne me fait plus peur, parce que je suis très exactement là où je dois être.

Oh, que ce n'est pas gagné,  je ne sais toujours pas enseigner, j'ai tant de choses à apprendre, tant d'expériences à vivre.  Mais ce moment-là,  ce petit moment de grâce, m'a fait comprendre que quoi qu'il puisse arriver, malgré toutes les frustrations de ma future vie en zep, j'étais à ma place.

Je suis devenue prof. 

Posté par sifi à 23:26 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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