25 juin 2009
Je mute...
Certains le savaient déjà, d'autres s'en doutaient... Coup de tonnerre pour certains: je mute!
A la rentrée, je ne serais plus prof de Collègedifficile dans Citéquiflambe mais je migre à Bahutpépère dans Bledpaumé...
Pourquoi, comment? Comment est-ce possible? Comment est-ce imaginable?
Vous vous en doutez, les raisons de demander à changer d'établissement sont multiples... fatigue morale à lire des copies ineptes, à me battre contre des moulins à vent, à assurer un projet dans un binôme qui ne fonctionne pas, et tout simplement le fait d'avoir tiré mes 5 ans en zep et d'avoir envie de voir si l'herbe est plus verte ailleurs...
Pourtant, c'est étrange de partir, de quitter son chez-soi, l'endroit où finalement j'ai appris mon métier, les gens que je voyais presque tous les jours et que j'ai appris à aimer pour certains. Quel drôle de sentiment, entre l'envie de prendre son envol et la sécurité du nid...
Je suis allée visiter Bahutpépère, j'avais l'impression d'être une extraterrestre, entre les couloirs silencieux, les élèves qui ont presque tous la même couleur de peau... j'avais pris goût à la diversité remuante et frétillante de nos couloirs vibrant sous la charge de troupeaux de mammouth à chaque sonnerie. J'ai ressenti le plaisir de découvrir une belle salle moderne et lumineuse, le tableau rigolo qui monte et qui descend, ma mini-salle de travail perso attenante à la salle de cours mansardée avec sa verrière et sa vue sur la forêt... mais j'ai aussi eu une bouffée de nostalgie pour les salles décrépites aux couleurs criardes, à la vue sur les tours et aux fenêtres sales...
J'ai vu quelques nouveaux collègues, des gens dans la quarantaine, calmes, sérieux, sympathiques, et j'ai ressenti une bouffée de nostalgie en pensant à la salle des profs trop petite et bruyante des jours de réunion, aux fous rires monumentaux autour du café de quatre heures, au fait qu'à presque 30 ans j'étais déjà dans la tranche d'âge moyenne du collège, aux jours de découragement aussi où on se mettait à plusieurs à remonter le moral du collègue qui flanchait.
Moi qui étais si contente d'avoir obtenu la mutation de mes rêves, un collège tranquille à 10 minutes de chez moi, tout neuf, j'ai ressenti soudain le violent besoin de partir en courant, de me sauver dans le lieu que je connais, avec les gens que je connais, les élèves dont j'arrive à identifier les fratries et les filiations... Un collège dont en cinq ans je faisais partie des meubles...
Pourtant en y retournant, en découvrant que quatre de mes sixièmes ont volé en quelques mois presque tout le stock de bandes dessinées du FSE, en entendant les collègues se plaindre des troisièmes qui refusent même de sortir leurs affaires à une semaine du brevet, en assistant à deux conseils de discipline sordides, je me dis que ce départ était nécessaire pour garder ma motivation et mon envie d'innover et de monter des projets...
Drôle de sentiment, la mutation...
Commentaires
Et oui !!... les changements sont souvent nécessaires, parfois vitaux.
... mais on appréhende toujours le futur sans nos repères habituels, sans nos murs et les souvenirs qui y sont gravés, sans le quartier et ses têtes connues.
La solitude du nouvel arrivant, la tiédeur des inconnus, les lieux à apprivoiser, les habitudes à changer... sont une source d'angoisses parfois salvatrices!
Alors, toi aussi, tu devras bientôt affronter des questions fines et intelligentes que tu ne pensais pas entendre un jour sortir de la bouche d'un élève! Et là, tu comprendras que tu as bien fait de couper le cordon avec Collègedifficile. Quitte à être considérée à 30 ans comme la petite jeune de l'équipe, à mettre quelques semaines à t'adapter au nouvel environnement et à ranger au rayon des bons souvenirs les fous rires du quatre heures ou de midi...
hé copine, je n'ai PAS 30 ans, ne prends pas ton cas pour une généralité, j'en aurai 29 la semaine prochaine...
mais merci pour ton soutien, et les fous rires en salle des profs sont moins nombreux depuis ton départ...
Le vrai gros danger de ce métier c'est l'encroûtement pantouflard. Donc tu as bien fait de changer, il faut régulièrement changer de bahut et de milieu dans ce métier.
Bon courage pour la suite
ne t'inquiètes pas, la bas aussi il y a surement des fratries, des bétises, des fenêtres sales. C'est un peu comme quand on partait en colo quand on était p'tit : "maman j'veux pas y aller, je connais personne !" et finalement une fois qu'on y est, qu'on a pris ses marques on veut plus repartir.
La foret ça te fera du bien, et des élèves qui veulent (peut être) travailler ça serait bien aussi :)
Dit moi, ils auraient pas besoin de pion dans ton Bahutpépère?
Entre deux eaux...
J'ai connu cette difficulté à partir... Pour moi, c'était surtout changer de région, revenir "près de chez moi"... mais j'ai gardé d'excellents souvenirs du "Nord", où j'ai passé 6 ans. Ce n'étaient pas mes premières années (4 ans de maître aux avant, dans le privé), mais ce sont sans doute celles qui m'ont le plus "formée".
J'ai rêvé, des dizaines (des centaines ?) de fois que je redemandais ma mutation pour le Nord, que je retrouvais mon collège et même mon appartement...
J'ai aussi été surprise que, dans la cour de mon nouveau collège, il n'y ait "que des petits blancs"...
Mais, au bout du compte, je crois que c'est surtout une "certaine jeunesse" que je regrettais, de rires et de fêtes (surtout entre "émigrés" comme moi...). Il faut s'y faire...
Ceci dit, je m'insurge contre les propos de Pouv : l'encroûtement, il est dans la tête, pas dans le bahut ! En restant 27 ans (!) dans celui que je quitte, je n'ai pas l'impression de m'être encroûtée...
Bonne chance et bon courage pour la prochaine rentrée !
Love adversity ?
Merci de nous avoir fait par de tes réactions !
Mais j'aimerais savoir si, avec le recul que tu as, si c'était à refaire, commencer en ZEP, puis pour finir dans une école ZEN, tu referais pareil ? Ou bien, si tu avais eu le choix, tu aurais préféré directement démarrer dans une école sans problème ?
Cordialement,
leroiprof.fr
ZEP ou ZEN ?
Eh bien... Oui, je ferais ce choix... Parce que j'ai cette incurable prétention de vouloir aider ceux qui en ont le plus besoin... Et le réalisme de penser qu'enseigner en ZEP demande une sacrée pêche... qu'on a quand même tendance à perdre au fil des ans...
Je crois aussi qu'enseigner en ZEP est beaucoup plus formateur, dans la mesure où l'on doit sans cesse se remettre en question, sans pouvoir se contenter de réponses toutes faites.
MAIS j'avais quand même enseigné 4 ans avant de décrocher ce fichu CAPES : je ne pense pas qu'envoyer en ZEP de jeunes certifiés sans aucune expérience soit une bonne chose, sauf exceptions...
Pour ma part, il y a 5 ans je rêvais d'un poste 'facile' que je n'ai pas obtenu... Maintenant, avec le recul, je referais tout pareil parce qu'il n'y a pas de meilleure formation que la zep!
Je ne suis pas enseignante, mais j'ai vécu 30 ans dans un quartier Zep et mes deux enfants ont fréquenté les écoles du quartier de la maternelle au lycée.
J'ai dû me "battre" à maintes reprises contre parfois l'inacceptable, mais ai refusé de mettre mes enfants en privé pour diverses raisons.
J'ai dû aussi contenir mes enfants lassés à l'adolescence d'être dans un milieu hostile, voire violent...
rien à voir avec la petite maison dans la prairie !!!
Un peu culpabilisée de leur avoir imposé cela, l'un d'entre eux à 30 ans, me dit qu'il est satisfait de ce qu'il a appris sur la diversité de la société et la différence des niveaux sociaux, le comportement des gens, la richesse des ethnies et leur acceptation et le goût de se battre moralement.
Excellente formation pour leur apprendre à rebondir dans la vie... même si pour la seconde, le collège a été difficile à vivre.
L'un est ingénieur, l'autre EJE.
ZEP ou ZEN ? -> ZEN en ZEP !
Je suis d'accord que la ZEP est très formateur, pour celui qui sait en tirer profit. Sinon je suppose que le professeur plonge dans une léthargie dépressive... D'où l'important, comme le dit sifi d'avoir une pré-formation de qualité - et pas l'espèce de mixture que les IUFM servent aux apprentis enseignants.
Sinon, je trouve très estimable et intelligent la décision que tu as prise pour tes enfants, Solange. La plupart des gens pensent de manière différente et préfèrent que leurs enfants n'est aucun problème... Sauf que, est-ce leur apprendre la vie ? Est-ce leur apprendre à comprendre le monde que le leur cacher ?
Cordialement,
leroiprof.fr
ZEP ou ZEN ? -> ZEN en ZEP !
Je suis d'accord que la ZEP est très formateur, pour celui qui sait en tirer profit. Sinon je suppose que le professeur plonge dans une léthargie dépressive... D'où l'important, comme le dit sifi d'avoir une pré-formation de qualité - et pas l'espèce de mixture que les IUFM servent aux apprentis enseignants.
Sinon, je trouve très estimable et intelligent la décision que tu as prise pour tes enfants, Solange. La plupart des gens pensent de manière différente et préfèrent que leurs enfants n'est aucun problème... Sauf que, est-ce leur apprendre la vie ? Est-ce leur apprendre à comprendre le monde que le leur cacher ?
Cordialement,
leroiprof.fr
Tiens ça a fait le même coup à ma mère (prof ^_^ mais heu depuis 22 ans en fait).
Elle est arrivée à Paname dans un lycée à peu près humain, qui s'est transformé peu à peu en truc merdique à force de mauvaise gestion; elle a lutté, mais sur un coup de tête, elle a demandé une mutation, p'tain elle l'a eue xD. Et elle s'est retrouvée, après 10 ans dans Bahut-Chelou, dans un truc bien bourge où tous les parents cherchaient à l'embaucher personnellement comme prof particulier de leurs chérubins.
Elle pense (plus ou moins sérieusement) à migrer en ZEP, oui madame...
J'ai 41 ans
Je mute aussi, et je viens d'une école où la moyenne d'age était 40 ans, et où on s'éclatait comme des fous furieux (bon ok, peut etre comme des gens de 40 ans, mais bon, les AVS qui avaient une vingtaine d'années continuent à nous voir hors école, donc c'est que ca devait le faire) et je mute dans une école où quelques uns ont l'air de bien s'éclater, et d'autres non... Mais je suis sure que ce n'est pas une question d'age...
je mute aussi
Après 26 ans passés dans le même collège de banlieue parisienne (pas classé zep parce que ça fait mauvais effet), à la population multicolore, je pars vers une province pépère, dans un tout petit collège.
Là je devrai recommencer à me refaire la place du prof de musique.
Je ne retrouverai pas les enfants de mes anciens élèves ni les neveux ou les cousins bien sûr.
C'est une remise en question profonde et un nouveau départ: nouveaux collègues, nouveaux locaux (super salle de musique), nouveaux élèves, nouvel accent.
Quelque part la complicité de collègues avec lesquels j'ai travaillé depuis 26 ans, complicité qui s'était transformée en amitié, va me manquer.
Mais je vais recommencer et celà me plaît.
Je fais partie du "vieux fond" comme le disait si élégamment un ancien principal, mais je ne le ressens pas ainsi.
Il y aura peut-être une suite dans quelques mois.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=214463&pid=14201991
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :