La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

27 mai 2009

Souvenirs souvenirs...

J'ai la main posée sur la poignée de la porte. Une main froide, tellement blanche et  crispée que  chaque veine apparaît comme autant de petites autoroutes qui mènent Dieu sait où. Maintenant qu'il faut peser sur la poignée pour entrer dans la pièce, c'est bizarre, mais j'ai comme une envie de faire demi-tour.

Pourtant j'ai toujours dit que c'est ce que je voulais faire dans la vie. Prof. Et pas prof de n'importe quoi, non, prof de français. Ca faisait toujours ricaner mes camarades: en sixième, on veut être vétérinaire, médecin, cosmonaute, footballeur professionnel, chanteuse à la starac, mais certainement pas prof. C'est le genre de carrière dont personne  ne rêve à douze ans. Moi si. En primaire je voulais être maîtresse. Au collège, prof de collège. Au lycée, prof de lycée. Mais toujours prof. D'ailleurs, mon jeu préféré, jusqu'à un âge tellement avancé que j'aurais honte d'avouer, était de jouer à la directrice de pensionnat, prof à ses heures, qui s'occupait d'une nuée d'élèves passionnés par mes enseignements inventifs et hors normes.

Me voilà la main sur cette poignée, me demandant si, sérieusement, je n'aurais pas mieux fait de devenir... quoi au juste?

Vétérinaire ou médecin, pourquoi pas, mais pour cela il aurait fallu que la physique et la chimie ne soient pas pour moi aussi limpides que le chinois mandchou. Ce n'est pas moi qui n'aimait pas ces matières, c'étaient ces matières qui ne m'aimaient pas. Ou mon cerveau qui refusait de les absorber. Vous avez tous, chers lecteurs, connu le sentiment épouvantable d'être face à une feuille couverte de consignes et d'exercices, de vous concentrer au point que vous avez l'impression que votre cerveau va décoller sous la pression, mais pourtant de ne rien comprendre. Comme si tous vos neurones disjonctaient d'un coup. Le black-out mental.  Donc, ni vétérinaire, ni médecin, ni quoi que ce soit d'approchant.

Quant à devenir chanteuse, ma foi, quiconque m'a déjà entendue chanter sait qu'il valait bien mieux que je devienne prof.

La littérature m'a toujours semblé être une vieille amie. Les livres offrent tellement de possibilités!  Dans ce petit objet, plus ou moins lourd,  il y a une route qui nous permet d'être tous les héros de nos rêves, de vivre les histoires d'amour les plus merveilleuses qui soient, ou au contraire les histoires de meurtre les plus sordides.  L'encre sur la page devient une porte vers l'infini de notre imagination.

Seulement voilà, j'ai beau parler de l'infini, de l'imagination, de toutes ces balivernes poético-romantiques, je peux vous assurer, chers lecteurs, que lorsque votre fichue main est posée sur cette fichue poignée, vous vous demandez pourquoi nous n'avez pas choisi de travailler derrière un ordinateur, votre vaste postérieur bien calé sur une confortable chaise de bureau.

J'ai franchi toutes les étapes pour en arriver là. J'ai planché sur des dizaines de pages de dissertation. J'ai présenté des heures d'exposés.  Je suis passé héroïquement par des jours et des jours de cours, certains avec des professeurs passionnants qui marqueront toute ma vie, et d'autres qui sortaient tout droit d'une oeuvre de science-fiction. J'ai passé deux concours la même année, à deux semaines d'intervalle.  J'ai largement planté le premier et honnêtement réussi le second.

Tout ça sans me poser de questions. Je voulais être prof, un point c'est tout. Et un beau matin de septembre, je me suis retrouvée la main sur la poignée de cette porte, qu'il faudrait bien ouvrir un jour.

Oh, grâce au sacro-saint IUFM, je sais très bien ce que je dois faire. J'ai eu la formation capitale, celle que tout prof stagiaire attend: comment commencer. J'ai soigneusement préparé une liste de choses à faire, me présenter, vérifier le matériel, et autres âneries.

Mais il reste une inconnue, celle de ce qui m'attend derrière cette porte. Les élèves. Collégienne, je m'étais juré de tenir un petit carnet dans lequel je me serais noté toutes les choses à faire et à ne pas faire quand je serai prof. Evidemment je ne l'ai jamais fait, et maintenant je dois y aller.

J'appuie sur la poignée et me jette dans l'arène.

(la suite au prochain épisode!)

Posté par sifi à 21:27 - Permalien [#]