La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

08 avril 2009

Au secours, les hormones attaquent!

Comme vous le savez, chers lecteurs qui me suivez si assidûment, je n'ai que deux classes de sixième cette année. Je pensais donc, bien légitimement sans doute, m'épargner les habituelles roucoulades de printemps entre amoureux. De manière générale, le sujet préoccupe assez peu les élèves de sixième, à quelques exceptions près.

Pourtant, je me retrouve victime d'un autre phénomène printanier, caractéristique cette fois-ci de nos petits sixièmes. Alors que la sève monte dans les jeunes arbres, faisant s'éclore de vertes pousses ou de ravissantes fleurs, les hormones montent dans les jeunes adolescents, faisant éclore de petites poitrines ou de charmantes pustules. Malheureusement, ce qui est plutôt poétique dans la nature devient nettement plus désagréable quand cela concerne nos jeunes prépubères qui deviennent pubères.

En effet, c'est à cette période de l'année que survient un drame. Drame qui conduit à la métamorphose de mignons bambins, certes remuants, en être particulièrement immondes et insupportables.

Le sixième entame sa lente transformation en cinquième.

Ouvrons ici une parenthèse tremblante pour évoquer le cinquième. C'est le seul niveau que je refuse d'avoir. Pourquoi? Parce que le cinquième est pleinement, terriblement, irrémédiablement con. Le cinquième remue, bavarde, bouge, ne travaille pas, n'apprend pas ses cours, n'écoute pas en classe. Rien de très original, me direz-vous. Mais le cinquième est aussi imbu de sa personne (il est grand maintenant), n'hésite pas à donner des cours de bonne tenue au prof, et a tout simplement oublié les règles de base patiemment inculquées depuis la primaire, telles que lever le doigt, ne pas lancer d'objet, arriver à l'heure. Le cinquième est aussi passablement obsédé sexuel tout en étant parfaitement ignorant de la chose, ce qui peut s'avérer extrêmement pénible.  Refermons la parenthèse.

Les sixièmes, donc. Tout ce qui semblait acquis depuis la rentrée, lever le doigt, respecter la parole de chacun, etc etc, est désormais oublié. Le sixième en mutation parle à tort et à travers, de préférence de n'importe quoi d'autre que du cours. Les grandes interrogations de début d'année du type "qu'est-ce que je fais quand j'arrive au bas de la page?" reviennent avec d'autant plus de force qu'ils ont manifestement oublié ce genre de détails. J'imagine bien leur cerveau noyé dans les hormones, comme si l'on poussait un caillou dans un bassin olympique. Tout ce qui n'est pas hormonal est tout simplement annihilé.

Et surtout, surtout, soupir... Ils deviennent cons. Ca y est, la phase commence où le modeste professeur se retrouve souvent les bras ballants devant un tel  degré d'ânerie, à ne plus savoir quoi dire.

Ainsi, lorsque je demande au sixième d'écrire une petite fable mettant en scène deux animaux, un prédateur et une proie et que l'on me répond le plus sérieusement du monde "un ogre et un tyrannosaure", ou encore mieux "une araignée et spiderman", j'ai juste envie de me sauver. Lorsque je constate que certains, en 40 minutes n'ont même pas trouvé le moyen d'écrire la consigne en entier, j'ai envie de hurler mon désespoir.

La fin de l'année sera longue. 

Posté par sifi à 13:44 - Permalien [#]