La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

06 septembre 2008

Sortis d'une boite...

Ce qui est amusant, au moment de la rentrée, c'est le parallèle que l'on peut établir entre les élèves de sixième et les profs débutants. Mais, me direz-vous, les uns sont des pré-ados pas encore boutonneux et tout mignons, les autres sont des adultes respectables, honorables, ayant terminé de prestigieuses études pour accéder enfin au noble titre de fonctionnaire. Certes. Mais en même temps, il est assez amusant de faire le parallèle entre les deux, le jour de la rentrée, et de se rendre compte que finalement ce qui change le plus est la quantité de centimètres qui les séparent.

Prenons une classe de petits sixièmes, les miens par exemple. 13 filles, 7 garçons tous sortis d'une boîte le matin même. Chaussures couinantes, qui seront vite remplacées par des baskets,  jean bien repassé pour faire plaisir à maman tout en ayant l'air cool (non maman, PAS le pantalon à pli et la cravate!), chemise pour ces messieurs. Ne parlons même pas de la crête particulièrement soignée, à se demander à quelle heure ils se sont levés pour préparer tout ça. Les filles sortent de chez le coiffeur, portent  des ballerines même s'il pleut et sont vêtues de ravissants petits ensembles. Les cartables sont plein de fournitures toutes craquantes, d'ailleurs on se demande parfois pourquoi certains ont TOUT emporté le jour de la rentrée et vous regardent d'un air terrifié lorsque vous leur remettez leurs neuf bouquins, le savoir à acquérir, parce que, forcément, huit cahiers vides et trois classeurs, sans compter le paquet de feuilles, ça prend de la place.

Prenons maintenant un professeur débutant, frais émoulu de l'IUFM. Très désagréable, j'en sais quelque chose, j'en ai fait partie et ce n'est pas mon meilleur souvenir de rentrée.  Chaussures couinantes, qui seront vite remplacées par des baskets, jean bien repassé pour faire plaisir à bobonne (ou à maman d'ailleurs!) tout en ayant l'air cool (NAN, toujours pas de pantalon à pli!), chemise tellement lisse qu'on se rend bien compte qu'elle vient directement du magasin sans passer par la case lessive. Cheveux soigneusement gominés, l'épi en bataille de l'étudiant, c'est fini, maintenant, il faut être res-pec-table!  Ces dames sortent de chez le coiffeur, portent des escarpins à petit talons même s'il pleut et que la cour de récréation est un vaste chantier, et de ravissants ensembles, twin-set et jupette coordonnée. Leur mallette toute neuve, toute propre, et pleine de matériel, au point que nous autres les vétérans on a un peu honte de nos cartables qui n'ont pas été rangés depuis juin dernier et qui contiennent encore des cours de troisième alors qu'on n'en a pas cette année.

Vous voyez le rapport?

Le petit sixième est complètement paumé. Quand la cloche sonne, il ne sait pas s'il doit sortir tout seul de la classe, si on l'emmène, si on lui tient la main. On lui dit de se lever quand un adulte rentre dans la salle, le surveillant vient chercher le billet d'absence, il saute sur ses pieds, et on lui dit que non, pas besoin de se lever. Le jeune CPE entre dans la salle, là, il doit se lever. Donc le CPE de 23 ans est un adulte, mais le surveillant de 30 n'en est pas un. Ah. Allez vous en sortir, dans tout ça. On lui répète sans cesse qu'il faut arriver à l'heure, forcément, et quand il arrive en retard parce qu'il s'est perdu, il fond en larmes, et on lui dit que meuh non, c'est pas grave. Allez comprendre!

Le jeune prof est complètement paumé. La cloche sonne, il saute sur ses pieds pour prendre ses ouailles, mais personne d'autre ne bouge. Ah, il y a deux sonneries. Il vouvoie les collègues qui, indignés, lui rétorquent non, non, tout le monde se tutoie ici! Mais on vouvoie le concierge, la secrétaire et les femmes de ménage. Ah, allez vous en sortir, dans tout ça. On lui répète sans cesse qu'il faut être dur, sévère tout de suite pour pouvoir avoir la paix ensuite, mais il est plein d'idéaux, le jeune prof, il se dit qu'il y arrivera sans hausser le ton. On lui raconte des anecdotes sur le collège qui lui donnent envie de pleurer, au jeune prof, et ensuite on lui explique que la réputation de l'établissement est pire que la réalité. Allez comprendre!

Vous voyez le rapport?

Mais il y a une différence fondamentale.

Une.

Le jeune prof, quand il est terrorisé, demande la clé des toilettes pour évacuer son stress.

Le sixième, lui, ne dit rien (on lui a bien précisé qu'il ne doit pas aller aux toilettes pendant les heures de classe), et évacue son stress dans son pantalon. Heureusement, pas dans ma salle.

Posté par sifi à 17:11 - Permalien [#]