La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

12 juin 2008

Ambiance, ambiance...

Quiconque a déjà vécu une fin d'année dans un collège ZEP sait de quoi je parle... Oui, la fin d'année, la vraie, quand le conseil de classe, dernière soupape, est passé et que les élèves continuent de venir parce que 1) il pleut dehors, on ne peut pas aller à la piscine, et 2) on continue de faire l'appel et certains parents sont assez pointilleux sur les absences.

Le professeur,  au terme d'une année passée à leur inculquer le respect de l'adulte, une attitude à peu près convenable, prend soudain conscience que la vie tient à peu de choses, du type bulletin et conseil de classe.  Le respect de l'adulte? Une certaine complicité, une entente mutuelle? Tout ce qui semblait acquis disparaît tranquillement dès le lendemain du conseil de classe. C'est un peu comme si Houdini en personne apparaissait dès le dernier avertissement travail et conduite attribué et HOP! faisait disparaître toute notion de civilisation chez l'adolescent moyen.

Pourquoi donc me direz-vous? Après le conseil de classe, l'ado vient au collège. Les pires cas sont là. Bêtes? Nooon! Ils ne viennent pas pour travailler, mais pour enfin profiter de ce qu'ils pensent être une totale liberté. Ainsi, les quatrièmes Sympas sont en train de se métamorphoser en quatrièmes Infects.  Ceux qui étaient un peu lourds mais rigolos sont devenus très lourds et plus rigolos du tout...

La faute à qui? La faute à un système où un cancre va passer en troisième en désespoir de cause, un type avec un comportement inadmissible aussi, parce qu'il a de bonnes notes quand même. Bah oui, qu'est-ce qu'ils retiennent? Je leur annonce un avertissement travail et conduite, voire un blâme, mais leur passage de troisième. Et que vont-ils retenir? Rien, sinon qu'ils passent en troisième. On  a beau leur expliquer qu'ils ne passent qu'au bénéfice de l'ancienneté (eh oui en 4ème à 17 ans on ne les fait plus redoubler) ou de la pénibilité ( ce serait pire s'ils redoublaient!), ils s'en fichent, ils passent, et c'est la bonne nouvelle qu'ils vont annoncer à leurs parents. Qui ne retiendront que ça, leur petit génie passe. Il aura une chance de commencer à travailler avant la fin des allocations familiales.

Donc notre respectable établissement se transforme peu à peu en réserve d'animaux sauvages. On entend dans les couloirs à des heures incongrues des troupeaux d'éléphants qui se ruent vers le marigot pour faire une bataille d'eau, le rugissement de jeunes tigres passablement en chaleur, le couinement de porcelets de CM2 venus visiter et qui retrouvent leurs copains de sixième. Autant les couloirs sont agités, autant les salles sont tranquilles: de jeunes paresseux sont vautrés sur leurs tables, paupières closes, poussant soupirs sur soupirs. Ils s'éventent frénétiquement avec des éventails maison (forcément, ils ont chaud, ils ont dépensé toute leur énergie dans les couloirs).

On assiste également au développement de nouvelles espèces: le retardataire, jeune animal qui n'arrive pas à sa salle de cours à l'heure dite pour cause de match de foute ou de bataille d'eau (sous la pluie, si, si). Celui qui choisit ses cours, présent une heure sur deux, un jour sur trois et qui s'offusque parce que "madame vous ne m'avez pas donné la feuille". Il y a l'espèce du brave type devenu pauvre con... en troisième Love, classe super en général, qui en ce moment oscille entre la troisième Stress (ooooooh le breveeeeeet) et la Troisième Rinafout'. Le brave type, donc, décide de faire son coming out d'âneries en fin d'année, son moment "je suis un gros rebelle" et refuse tout: de participer à la pièce de théâtre, d'apporter ses affaires, de se lever, de parler, de sortir de la salle...bref, la rebelle attitioude, faut le comprendre, il a été parfait pendant toute sa scolarité.

On a aussi une nouvelle espèce de parents qui fait son apparition: celle qui a eu la Révélation Suprême. C'est la période de grâce où l'on reçoit des demandes massives de rendez-vous urgentissimes (et peu importe si vous n'avez pas le temps) de gens qui n'ont pas daigné venir de toute l'année, tout ça parce que, ben tiens, ils ont reçu un avis de redoublement dans leur boîte aux lettres!  Quelle surprise! Mais madame, je ne savais pas que la situation était aussi critique... (bah vi, normal, tu m'as posé 15 lapins... et les bulletins, c'est pour les caniches?)... mais je refuse le redoublement, ce n'est pas si grave, il a promis de travailler l'an prochain.  Comment, 6 de moyenne? Ah, ben il fera un cahier de vacances cet été, pas la peine de le faire redoubler, il va rattraper son retard. Il y a aussi le parent qui se fâche devant la découverte de ce qu'il a ignoré toute l'année par un miracle qui me dépasse encore: ah oué t'as pas travaillé? Ben je le signe, ton papier de redoublement, ça te fera les pieds! Amis de la pédagogie, bonsoir...

Il y a aussi les profs, parce que, soyons clairs, ils n'échappent pas à ce curieux virus de la findannite qui nous prend tous. Les premiers symptômes sont la tendance à virer tout élève dont la tête ne nous revient pas, pour des raisons allant du cahier manquant au fait d'être vautré sur la table. Parce que si déjà on en a marre et on est fatigués, faut pas pousser, on ne va pas se taper un type qui n'écrit même pas ce qui est au tableau.  Le prof souffrant de findannite a aussi une tendance accrue à beugler sur le paquet d'huitres décérébrées vautrées sur les tables. Le bruit de fond du collège est assez intéressant en ce moment, entre les travaux qui débutent et les hurlements dans les salles. Le prof développe un goût assez poussé pour des activités de type vidéo, théâtre ou lecture, parce que c'est encore le moins pénible pour ses nerfs. Enfin, la salle des profs bourdonne du bruit frénétique des claviers d'ordinateurs malmenés par les doigts nerveux de ceux qui rêvent d'une mutation dans un monde meilleur... mutation que je n'ai pas obtenue, rien d'original...

La fin approche...

Posté par sifi à 15:10 - Permalien [#]