30 mars 2008
Méditations du dimanche soir
Voici deux moments de réflexion que j'ai eus grâce à un élève de quatrième...c'est philosophique, une vraie règle de vie!
A la question "résumez-moi en une ou deux phrases la fin de l'Avare":
La fin se termine mieux que le début...
Sinon, l'autre réflexion que je vous propose pour la semaine à venir est issue d'un dialogue que nous avons eus tous deux suite à un lapsus de lecture d'un élève qui a dit "lardon" au lieu de "larron"...
"Madame, c'est quoi une lardonne?
- (je flaire la question idiote, donc, réponse idiote) La femelle du lardon.
-Ah, d'accord. (Air perplexe) Comment est-ce qu'on reconnaît une lardonne?
- (je me demande s'il se fout de moi) Tu te fiches de moi? Et tu vas me dire que les lardons poussent sur un lardonnier?
- (super sérieux, l'air un peu perdu, sans remarquer que les autres sont pliés en 4 sur leur table) Ah? Ben non j'savais pas..."
Précisons que connaissant le gus, il était parfaitement sérieux... Sur ce, je vous laisse méditer, bonne semaine à tous!
25 mars 2008
Frisson du mardi
Allez, chers lecteurs, pour vous faire plaisir, petits extraits de copies de 4èmes, faibles et qui ne bossent pas, mais quatrièmes quand même...
Le sujet demandait un dialogue sur l'importance de l'argent (suite à la lecture de l'Avare). Recopié avec les fautes d'origine, sinon c'est pas marrant...
1)"-Salut Rex sa va. Oui et toi dédé.
-Tu sé dédé il faut de l'argent pour répare ma voiture, ma maison et mon garage dit Rex.
-Attention mais ta pas besoin de l'argent pour répare dit dédé.
- Si, non, si, non, si par ceque si j'ai de l'argent je pourest avoir tout que je veux
-mais tu peux pas avoir la joie, dit dédé." (haute philosophie...)
2)"Salut comment sa va? dit Bernard
-Sa va très bien et toi? dit Jean-Roger (c'est fou comme ils se préoccupent toujours de la santé des autres...devraient penser à leurs profs, aussi, non?)
-Sa va, sa va bon aller à EDF, n'oublie pas qu'ont travaille là-bas! dit Bernard
-Ta vu je travaille comme un forcener alors que toi, tu fais rien! dit Jean-Roger
-Oui, mais moi je suis chef donc j'ai juste à signer des papié. dit Bernard
-Tu es payer combien pour un boulot aussi dure? dit Jean-Roger
- Un peu plus que toi!" Dit Bernard.
Ce que Jean-Roger ne sait pas c'est que Bernard gagne trois fois son salaire mensuel. " (futur militant communiste?)
3) "Alex dit: Moi jtrouve que l'argent c'est plus important qu'autre chose.
David répond: Non c'est faux car ont peux vivre sans argent.
Alex dit: Sans argent!!! Non ont peux pas vivre sans argent car on ne peux pas se payer de quoi manger et de quoi boire.
David répond: Si, on peut cultiver les légumes et ceuillir des fruits.
Alex dit: On ne peut pas manger que des fruits et des légumes, il faut se nourire avec autre chose par éxemple des frites!!!" (sérieux, j'espère que c'est pas elle qui fait la cuisine à la maison!!!)
4) "Je suis désoler, mais que ta de l'argent ou non sa change rien car si tu regarde l'argent c'est rien d'autres que des morceaux de feuille avec imprimer desus; 10 ou 20 ou 50 euros rien de plus: tandis que pencer à la vie c'est autre choses répond Roméo.
-Ah bon et tu peux m'expliqer pourquoi la vie c'est autre chose? dit Juliette
-La vie c'est autre chose car elle t'apprend bien plus de chose que l'argent répond Roméo
-Ben moi je pence pas la même chose que toi, dit Juliette
-Toi tu pense que c'est l'argent qui ta appris l'école ce que c'est la galère et tous mais tu te trompe répond Roméo." (philosophie philosophie... en plus j'ai découvert qui était vraiment Shakespeare: un gros radin.)
Rire ou pleurer? Comment aider ces gamins si largués qu'ils ne se donnent même plus la peine de faire un tout petit effort? Moi ça me fait rire jaune, parce que si je n'en riais pas un minimum, je ne pourrais pas faire ce boulot...
18 mars 2008
Brutusserie (2)
Brutus a une religion dans la vie. Mais oui, mais oui, Brutus est un mystique... sa religion lui impose certaines règles auxquelles ils ne peut déroger, même si sa vie, sa carrière, sa scolarité, son paquet de gâteaux volés dans le sac de sa voisine sont en jeu. Elle lui permet aussi un grand nombre de choses: être ridicule, fouiller le sac de sa voisine en douce et se faire rouer de coups de parapluie pour vol de casse croûte en plein cours de français, par exemple.
Mais dans la religion de Brutus, il y a un grand interdit. Il serait immédiatement foudroyé s'il transigeait. Aucune dérogation possible. Il ne peut pas apprendre quoi que ce soit de la conjugaison. Je ne parle pas seulement du conditionnel passé deuxième forme, non, cela va jusqu'au présent de l'indicatif. Il peut par exemple me produire une rédaction somme toute chouette mais sans un seul verbe conjugué correctement. Il veut faire une première L option art, peut-être pour se spécialiser dans la conjugaison artistique, recréeer les temps de l'indicatif, qu'en sais-je. Le Grand Prêtre de l'anarchie verbale. Celui qui crée avec brio le présent-passé ou l'impartur. Ne parlons pas du passé-que-parfait ou du conditionnel antérieur.
Bref. Il a donc logiquement obtenu un brillantissime zéro au devoir sur le conditionnel et son emploi. Forcément, tous ses verbes étaient imaginaires et à la question "quelle est la valeur du conditionnel?" il m'a répondu "imparfait, présent, passé simple..." C'est là que je t'avoue, à toi lecteur, que je me suis montrée une impie de la pire espèce, j'ai commis un crime de lèse-Brutus passible de la peine de mort par conjugaison intensive. Durant le corrigé du contrôle en question, alors que toute la classe travaillait bien, que ceux qui avaient obtenu des mauvaises notes faisaient de leur mieux pour essayer de progresser, j'ai entendu des éclats de voix à peu près aussi discrets que ceux de Matamore dans l'Illusion Comique (je suis culturée, Moi, médème) et dans le coin de mon cerveau pervers je me suis souvenue du zéro de monseigneur Brutus. Vu que je suis réellement sadique, je me suis dit que puisque toute la classe bossait, il n'y avait pas de raison de ne pas tenter de forcer Brutus à se parjurer, à renoncer à la religion, en lui demandant ne serait-ce que de corriger une phrase.
C'est là que j'ai découvert l'étendue des dégâts que j'ai failli causer: Brutus n'avait pas noté une seule phrase du corrigé que je m'escrimais à faire. Là encore, pardonnez moi St Brutus patron de tous les Abrutus, j'ai péché. Je lui ai demandé s'il comptait corriger étant donné qu' un zéro n'était pas nécessairement la meilleure note possible. C'est là que Brutus s'est dressé de toute la hauteur de ses boutons d'acné et m'a assené "Je corrigerai chez moi ce soir, de mémoire".
Pardon, mille fois pardon, St Brutus, patron des Abrutus, d'avoir mis à la porte de ma salle votre précieux disciple. Je m'aplatis devant vous pour lui avoir dit qu'il avait la maturité d'un enfant de trois ans et non celle d'un futur lycéen autonome et responsable. Je rampe à vos pieds pour n'avoir pas tenu compte de ses supplications dignes d'un condamné au bagne ni de ses grommellements furibonds. Pire encore, je crois que j'ai évité de peu la crise d'urticaire...
12 mars 2008
D'un art qui se perd...
Perte malheureuse ou non? Je je pencherai volontiers pour la première option, même si on me traitera à coup sûr de vieille (!) facho. Oui, la perte évidente et sans doute irréversible de la politesse la plus élémentaire, chez nos élèves mais malheureusement chez nos collègues aussi me choque un peu. Bonjour, au revoir, merci... des petits mots qui permettent de penser que l'on est à un stade supérieur à la poule ou au cochon d'inde, ou au chat de ma mère qui vise le bout de jambon de ma fille (ou l'inverse, d'ailleurs). A placer sur la liste des termes en voie de disparition, tout comme ces jolis mots un peu désuets: bicylette, autobus, respect.
Des petits mots qui rendent aussi la vie un peu plus douce... n'est-ce pas agréable de s'entendre souhaiter un bon-jour par des collègues ensommeillés, ou par des élèves qui finalement ne semblent pas si mauvais? Pourtant, société de consommation oblige, ils se font plus rares. Ainsi, à l'entrée de la salle des professeurs, à toutes les pauses des élèves se pressent furieusement pour des raisons diverses qui ne peuvent en général attendre la fin de mon thé. Le problème ne serait pas là si les petits mots magiques, éventuellement un sourire poli étaient au rendez-vous. Les dialogues sont souvent les suivants:
"-BOUM BOUM BOUM! (pour protéger la porte, seul rempart entre eux et nous, d'un fracas inévitable, je me lève)
-Ouiiiiiiii?
-(Ton rogue) Pouvez met'ça dans l'casier à Mme Trouillefou?
- Bonjoursilvousplaitmerciaurevoir" (Ton un rien excédé, et impatiente de voir le résultat)
Alors là, plusieurs possibilités de réponse: soit le jeune a un vague souvenir de ce genre de mots et répète sa phrase, non sans soupirer, avec les termes adéquats. Soit il est complètement affolé, non mais qu'est-ce qu'elle me veut celle-là, c'est quoi cette boutique, le client est roi, et il se taille sans demander son reste. Soit (le papier est vraiment important) il reste planté là, bien embêté, à tenter de savoir ce que j'attends de lui. Dans ces cas, soit je suis de mauvaise humeur (c'est le troisième en 5 minutes) et je lui réponds de revenir plus tard en parlant correctement, soit je lui dis moi-même la phrase espérée, et la lui fais répéter.
Le vrai souci vient-il vraiment de ces ados? La question mérite d'être posée, surtout quand on voit les réunions parents profs... allez expliquer à ce père, casquette vissée sur la tête, chewing gum en bouche, que son fils ne connaît pas les règles élémentaires de politesse? Je suis bien tentée, ma foi, de demander au père d'enlever ses attributs afin de donner l'exemple, mais l'homme en question ayant environ le double de mon âge, j'avoue, je n'ose pas. Il faudrait, pourtant. Imaginons une école des parents, dans laquelle ils découvriraient, bigre, qu' entre deux séries télé ils sont chargés d'élever leur enfant, et surtout que ce n'est pas seulement à l'école de s'en charger.
Une scène qui pourrait être comique se reproduit chaque année en sixième, lorsque nous étudions les niveaux de langue: tout le problème est de leur montrer la différence entre le langage courant et le langage familier (soutenu, ils ont l'impression qu'on leur parle comme des bourges donc une sous race humaine donc pas la peine de s'y intéresser). Familier et courant donc.
" Vous parlez souvent familier entre vous, et courant avec vos parents. Pas exemple, imaginez la réaction de votre mère si vous lui disiez "ta gueule"...à coup sûr, vous recevriez une claque!
- (Regards interloqués) Mais Madame, ma mère me parle tout le temps comme ça!!!"
Que voulez-vous répondre à cela?
D'ailleurs, la découverte de certaines règles de politesse équivaut maintenant à la découverte de l'Amérique, ni plus, ni moins. Enlever sa casquette à l'intérieur? Ne pas répondre systématiquement à un adulte lorsqu'il vous fait un reproche, en plus justifié? Se lever lorsque quelqu'un rentre dans la classe? Dire merci? On croirait voir les fiers navigateurs foulant pour la première fois une terre à peine défrichée où évoluent des créatures qu'ils avaient été incapables d'imaginer auparavant. Ouah, un monde où les gens ne s'insultent pas en parlant!
D'ailleurs, il est curieux de voir que malgré cette non-politesse ambiante, ils se sentent très vite insultés pour des choses qui vous paraîtront totalement anodines:un regard, une parole...
Le problème c'est que ce genre de comportement déteint même sur les adultes. Mais là, ça les choque "Madame, il m'a traité de petit con!". Certes, il n'avait pas à le faire. Je me demande quand même pourquoi cet enfant qui se fait systématiquement traiter de la même manière à la maison, qui traite ses camarades voire ses professeurs de manière parfois pire encore, est choqué par un tel comportement. Peut-être sommes-nous encore un îlot de résistance, le dernier bastion des gens qui osent encore se dire bonjour et merci?
10 mars 2008
Tagada
Hé oui, l'infamie d'être taguée par ma soeur Zabel (bouh, n'allez pas voir son blog, il est nul) m'échoit désormais...
Règlement du tagada :
- Mettre le lien de la personne qui vous a tagué
- Mettre le règlement sur votre blog
- Mentionner 6 choses sur vous
- Taguer quelques (normalement c'est 6) personnes en mettant leurs liens
- Les prévenir sur leur blog
Cet acte est d'autant plus infâme que je vais être forcée de révéler des choses totalement personnelles et inavouables sur moi, qui ai toujours réussi à maintenir ma face cachée telle que susmentionnée. Je risque aussi de te perdre, ô toi lecteur, qui n'est en rien passionné par ma vie de jeune femme lambda et qui donc va partir vers d'autres blogs sans plus jeter un regard en arrière, tel l'adolescent lors de son dernier jour de collège. Merci, Zabel.
Alors on y va:
- J'adore les trucs moches. Tout ce qui est laid, kitsch ou ridicule me fait délirer. C'est pourquoi j'ai toujours des pantoufles à faire hurler, en ce moment elles sont oranges doublés de vert avec des abeilles. Je me suis aussi acheté des crocs bleu blanc rouge sur le seul critère que c'est génialement laid.

- J'adore lire des trucs bêtes, aussi, ce qui est honteux pour une prof de français, sachant que toutes mes collègues parlent des bouquins intelligents dont elles sont pénétrées (bonjour, ami de gougueule!) et que moi je viens de re re relire un vieux Danielle Steele. Tant pis. Je lis aussi des trucs intelligents, parfois.
- Quand j'étais ado, j' avais une énorme touffe de cheveux hirsutes (ce qui n'a pas beaucoup changé, en même temps), et de grosses lunettes bleues. Je ne portais que des jean's, des pulls camionneurs et des baskets. Je ne comprenais pas pourquoi je ne plaisais pas aux garçons...
- Je suis immensément bordélique, mais je me soigne. Du coup, j'ai l'impression de lutter en permanence contre une vague de désordre qui ne cesse de me submerger. Mon bureau ressemble un poil à Bagdad, en fait. Il m'arrive souvent de perdre des trucs super importants et de les retrouver 5 ans après.
- Je suis la championne du monde de la loose: quand il y a une crotte de chien sur le trottoir, elle est pour moi, garanti. Pas du pied gauche, en plus. S'il y a un trou sur la chaussée, un trottoir inégal, un pavé déchaussé, c'est pour moi. C'est simple, il m'arrive tellement souvent d'avoir les genoux couronnés que j'ai gardé des cicatrices. C'est pour ça que personne ne voit jamais mes genoux (et ils sont hideux, aussi).
- Je n'aime pas les chaussures (sauf les pantoufles, cqfd). Du coup on ne me verra jamais en talons (je mesure 1m76, sinon je touche le plafond) et en été je vire mes tongs minimalistes pour faire cours pieds nus, ce qui scandalise mes élèves. Mes pieds à moi, au moins, ils ne puent pas. Et toc.
Edifiant, non? Adieu, donc, cher lecteur...
Ah, oui, au fait, au tour de Pt'ite Maikress, Pétronille et Eluise de révéler des trucs!