La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

18 mars 2008

Brutusserie (2)

Brutus a une religion dans la vie. Mais oui, mais oui, Brutus est un mystique... sa religion lui impose certaines règles auxquelles ils ne peut déroger, même si sa vie, sa carrière, sa scolarité, son paquet de gâteaux volés dans le sac de sa voisine sont en jeu.  Elle lui permet aussi un grand nombre de choses: être ridicule, fouiller le sac de sa voisine en douce et se faire rouer de coups de parapluie pour vol de casse croûte en plein cours de français, par exemple.

Mais dans la religion de Brutus, il y a un grand interdit.  Il serait immédiatement foudroyé s'il transigeait. Aucune dérogation possible. Il ne peut pas apprendre quoi que ce soit de la conjugaison. Je ne parle pas seulement du conditionnel passé deuxième forme, non, cela va jusqu'au présent de l'indicatif. Il peut par exemple me produire une rédaction somme toute chouette mais sans un seul verbe conjugué correctement. Il veut faire une première L option art, peut-être pour se spécialiser dans la conjugaison artistique, recréeer les temps de l'indicatif, qu'en sais-je. Le Grand Prêtre de l'anarchie verbale. Celui qui crée avec brio le présent-passé  ou  l'impartur. Ne parlons pas du passé-que-parfait ou du conditionnel antérieur.

Bref. Il a donc logiquement obtenu un brillantissime zéro au devoir sur le conditionnel et son emploi. Forcément, tous ses verbes étaient imaginaires et à la question "quelle est la valeur du conditionnel?" il m'a répondu "imparfait, présent, passé simple..." C'est là que je t'avoue,  à toi lecteur, que je me suis montrée une impie de la pire espèce, j'ai commis un crime de lèse-Brutus passible de la peine de mort par conjugaison intensive. Durant le corrigé du contrôle en question, alors que toute la classe travaillait bien, que ceux qui avaient obtenu des mauvaises notes faisaient de leur mieux pour essayer de progresser, j'ai entendu des éclats de voix à peu près aussi discrets que ceux de Matamore dans l'Illusion Comique (je suis culturée, Moi, médème) et dans le coin de mon cerveau pervers je me suis souvenue du zéro de monseigneur Brutus. Vu que je suis réellement sadique, je me suis dit que puisque toute la classe bossait, il n'y avait pas de raison de ne pas tenter de forcer Brutus à se parjurer, à renoncer à la religion, en lui demandant ne serait-ce que de corriger une phrase.

C'est là que j'ai découvert l'étendue des dégâts que j'ai failli causer: Brutus n'avait pas noté une seule phrase du corrigé que je m'escrimais à faire. Là encore, pardonnez moi St Brutus patron de tous les Abrutus, j'ai péché. Je lui ai demandé s'il comptait corriger étant donné qu' un zéro n'était pas nécessairement la meilleure note possible. C'est là que Brutus s'est dressé de toute la hauteur de ses boutons d'acné et m'a assené "Je corrigerai chez moi ce soir, de mémoire".

Pardon, mille fois pardon, St Brutus, patron des Abrutus, d'avoir mis à la porte de ma salle votre précieux disciple. Je m'aplatis devant vous pour lui avoir dit qu'il avait la maturité d'un enfant de trois ans et non celle d'un futur lycéen autonome et responsable. Je rampe à vos pieds pour n'avoir pas tenu compte de ses supplications dignes d'un condamné au bagne  ni de ses grommellements furibonds. Pire encore, je crois que j'ai évité de peu la crise d'urticaire...

Posté par sifi à 23:14 - Permalien [#]