25 février 2008
Tétracapilliculture
J'ai déjà évoqué par le passé les tenues vestimentaires de nos petits anges, aujourd'hui en ce joyeux jour de rentrée j'ai eu envie de parler de leur chevelure.
Contre toute attente, ce ne sont pas les filles qui se préoccupent tellement de leur coiffure, mais les jeunes coquelets virils ou auto-estimés tels. La coiffure, pour le jeune mâle en pleine poussée hormonale, c'est le plus sûr moyen d'être dans le coup, admiré par la femelle (ou en tout cas il se l'imagine car la femelle en question s'en fiche comme de l'an 3018). Le secret d'une coiffure réussie, c'est le gel. Plus il y aura de substance visqueuse tout droit sortie du Lideul du coin tartinée sur les quelques millimètres de cheveux, plus la crête tecktonik savamment élaborée aura une chance de tenir bien droite.
Le jeune coquelet ainsi paré devient quasi obsessionnel de sa parure capillaire, au point que souvent il a son miroir de trousse et son petit peigne pliable, des fois qu'il soit menacé de quelque manières par un coup de vent hypothétique ou, pire, la prof. Parce que moi, faut le savoir, je suis l'ennemie de l'adolescent. Bien plus que de tenter de l'instruire bien malgré lui, j'ai pris la fâcheuse habitude de le frapper sur le crâne (douuuucement, hein, il ne s'agit pas d'une baffe, ne montez par sur vos grands cheveux...). Je le fais habilement quand le jeune homme est pris dans une fascinante conversation, avec le carnet d'appel qui est bien mou. Le but n'est pas de faire mal au crâne, non, non, mais bien de faire mal à l'égo! La crête s'en retrouve méchamment aplatie (et mon carnet d'appel curieusement visqueux) et le jeune homme est profondément perturbé, tout son sexe à pile s'étant écrasé en même temps que sa coiffure. En général il suffit d'agiter le carnet sous ses yeux pour qu'il se calme aussitôt, la menace d'un tel cataclysme capillaire étant telle qu'il préfère se taire.
Avec la crête, ou parfois seule, il y a la lobotomie crânienne. Effectivement, il est très clâssieux (sic) d'arborer la cicatrice d'une récente ablation du cerveau sur sa tête, sous forme d'une ou plusieurs tonsures rectilignes dans des cheveux coupés à ras. Parfois aussi dans le sourcil, d'ailleurs, certains chanteurs n'ayant pas encore compris qu'ils ne sont plus des ados l'arborent également. Il va de soi que l'ado ainsi branché accepte très mal mes remarques sur leur opération du cerveau, ils sont sans doute encore sous l'influence des séquelles...
Il y a aussi ceux qui refusent de se plier à cette mode décidément très branchouille des crêtes et autres lignes, et qui laissent aller leurs appendices capillaires tels que la nature les a faits... des cheveux mi-longs, négligemment ondulés, soigneusement shampouinés au pétrole-âne antipelliculaire, doux et soyeux, accentuant ainsi leur côté poète maudit. Un petit côté fils-de-président, j'ai l'air bourge et je me la pète, j'ai l'air sentimentique et romantal. Ce sont généralement les forts-en-quelque-chose, forts en maths, forts en poésie, forts en manipulation du sèche-cheveux de maman.
Enfin, il y a les gothiques, dont un jeune homme qui m'a inspiré ce post. Résolument gothique des rangers au vernis noir en passant par les mitaines effilochées, Maurice est un bon bougre. Il est au-dessus des valeurs terrestres telles que l'orthographe et la grammaire mais ma foi vit son petit bonhomme de chemin tranquillement (dans le schlonk schlonk de ses chaussures à talons compensés métalliques). D'ordinaire, il retient ses longs cheveux noirs serrés dans un élastique, laissant juste deux mèches figées en forme de pointe pendouiller devant ses yeux. Parfois, un joli serre-tête métallique met en valeur le côté gras (pas lavé depuis...je ne préfère pas le savoir) de sa tignasse digne de Morticia en personne. Mais aujourd'hui, il a innové. Lancé une mode (j'espère, qu'on rigole). Il s'est fait une couette d'un côté, laissant pendre l'autre moitié devant son visage (ça ne doit pas être bon pour les comédons, ça, non?). Pendant toute l'heure de français, il a repoussé ses mèches qui lui couvraient l'oeil gauche, dans un mouvement sensuel digne de la plus belle pub. Pendant toute l'heure de français j'ai eu envie de lui proposer un élastique pour qu'il puisse faire sa deuxième couette....
PS pour Sixtine: plus moyen d'accéder à ton blog... heeeeelp?!
14 février 2008
Perles...
Hé oui, voici le moment que vous attendez tous avec impatience, j'entends d'ici vous cris de joie en ouvrant le blog... comme la période de vendanges pleine de promesses, voici venue la période de correction des brevets blancs, prometteuse quant à elle de quelques échecs cuisants lors du Brevet... aussi, sur les 16 copies que j'ai corrigées (pas celles de mes élèves, hein, les miens ont fait mieux... j'espère), j'ai mis 2 fois la moyenne.
Passons donc, ô lecteur impatient, aux perles tant attendues... Le sujet de rédaction était le suivant:
Vous aussi, vous avez éprouvé un jour une immense frayeur. Relatez votre souvenir en employant les temps du récit et a première personne du singulier. Vous décrirez la scène, en insistant sur son aspect dramatique, ainsi que sur votre état d'esprit.
Je vous vois déjà sourire, ô lecteur...
Il y a différentes réponses possibles à ce sujet.
- la version "super crédible": "C'était un jour ou il faisait beau et chaud, moi j'étais parti voir une maison hanter où il y avait des toiles d'araignés, des tas de poussières... Cela faisait longtemps que cette maison est hanté ce fait déja 60 ans. (c'est clair qu'une si ancienne maison hanté(e) ça craint, hein)[...] Des gens autour n'avait pas l'air très commode, les six personne c'étaient rapprochér de moi en me tenant les pieds et mains fort. J'avais tellement angoissé que je gigotais. Ils me posairent sur une table. Homme et femme hauta leur masque et n'avait pas de visage. (bouh) [...] A chaque fois que je vais dans une maison hanté je retrouve tout les mauvais moment que j'ai du passé dans la maison hanté dans le noir m'avait vraiment fait peur. (en même temps moi à sa place j'irai pas)
-Y'a la version "j'ai été enlevé par ma voisine qui déteste mes parents, cette s*lope": kidnapping, vol de journal intime, des trucs super cruels, j'avoue, pas envie de recopier la rédac.
- La version mes parents ont de l'humour: "Quand je rentrais de l'école, je vit les pompiers devant ma maison, puis je m'inquiétais et je voulais savoir ce qu'il c'était passer, donc je partis chez l'épicier, qui était en face de chez moi, il me dit "Je ne sais pas, mais je pense qu'il y a le feu chez toi. Alors je commençais à pleurer car toute ma famille était à la maison. [...] (Elle va voir les pompiers qui lui disent: ) -Tes parents sont dans la camionnette va les rejoindre, ils sont juste un peu traumatisés, c'étais un nid d'abeilles sous le toit, je pense qu'on t'a fait une surprise. Je courus vers la camionnette et je les vis. Je rentris dans le véhicule et je crie: -Vous êtes là? - Surprise!!! Ils m'expliquent qu'ils ont demandé au voisin de mentir pour me faire une surprise. " (mes parents me font ce coup-là j'vous jure que je les mets dans le feu moi-même, hein!)
-La version l'horloge n'est pas mon amie: Cela se passa un matin d'été, il faisait si chaud que je deva prendre l'air un moment. Dehors le ciel fut remplis d'étoiles scintillantes dans sont éclat bleu marine. Il faisait encore nuit. Ce soir-là je me promenais tranquilement dans la pénombre quand soudain un chien surgit devant moi.
- Le fan de foot: qui passe 28 lignes à décrire son club de foot, ses coéquipiers, ses victoires (curieusement aucune défaite) et qui se souvient du sujet dans les deux dernières lignes. Si c'est pas de la passion, ça!
- Le primo-arrivant: Il est en France depuis deux mois mais a la même note que le mec né en France de parents français... ou alors il aligne une suite de mots que personne ne comprend, dans ce cas je ne note pas la copie.
Ce qui fait peur à nos ados? Outre les maisons hantées, les voisins indélicats ou les parents débiles, il y a beaucoup de chiens, un jeune homme qui nous raconte en détail son vomi au milieu d'une rue (je vous ai épargné le récit), quelques bêtises d'adolescents. Je craignais un peu les histoires vraies du type suicide de mon père mais non, c'était pas pour moi cette année....
Vivement le prochain brevet blanc, qu'on rigole plutôt que de pleurer...
01 février 2008
Et que souffle le vent...
Aujourd'hui me vient l'envie de parler d'un certain type d'élèves, victimes à mon sens du collège unique et de l'école obligatoire jusqu'à 16 ans. Je ne fais pas de politique et je ne le tolère pas sur ce blog, certains commentaires dans ce sens ont d'ailleurs été effacés, mais là je ne peux m'empêcher de penser que dans certains cas le collège unique est une merveilleuse ânerie...
Je parle de ces élèves, malheureusement pour eux comme pour nous assez nombreux, chez qui un jour le vent s'est mis à souffler dans la boîte crânienne, emportant tout sur leur passage. De gentils gamins en majorité, qui bossent certainement plus que tout un tas d'autres mais qui, pour une raison ou pour une autre, ont débranché leurs neurones à un certain stade de leur scolarité, souvent en primaire... effet de surchauffe, maximum atteint, contexte familial, que sais-je, mais collège unique oblige au lieu d'apprendre à leur rythme quelque chose qui est dans leurs cordes ils se tapent de la poésie, de la littérature, de la géométrie qui ne font que faire souffler un peu plus fort le vent dans leur tête...
Ainsi, je me rappelle du cas d'anthologie de l'élève de troisième qui comprenait (parfois) des heures, voir des jours après... On pouvait raconter une bonne blague, et quelques jours après d'un coup il se mettait à s'esclaffer... enquête menée, c'était à cause de la vanne qu'il venait de comprendre!
En ce moment j'ai en sixième un élève, deuxième d'une célèbre dynastie du collège, qui est phénoménal. Le grand frère déjà était très fort: ses notes variaient en fonction de ses voisins de table. Quand le voisin était bon, il avait 5, quand le voisin était mauvais, il avait 3. Au moins, il était silencieux. Parce que le petit frère, non seulement le vent souffle en tempête dans sa tête, mais en plus il se sent obligé de nous faire part de ses réflexions. C'est ainsi que j'ai appris qu'il est le cerveau de la famille, celui qui doit faire des études (d'où le refus de ses parents de le placer en SEGPA). Par exemple, quand quelqu'un lit, il est si concentré sur sa propre lecture qu'il répète la dernière syllabe de chaque mot à voix haute. On a beau être compréhensif, ça rend nerveux. Ou bien, conversation type:
" Bob, arrête de parler, maintenant!
(Bob fait semblant de fermer sa bouche avec une fermeture éclair)
(Je poursuis mon cours tout en surveillant ledit Bob qui a la bouche particulièrement crispée)
(Bob lève le doigt)
-Ouiiii Bob?
-Mmmmmmm....mmmmmmm
- Ca ne va pas, Bob?
(Il gesticule en me montrant qu'il n'arrive pas à parler)
-C'est bon, tu peux parler.
(Il dézippe sa bouche et répond comme il peut à la question). "
Sur le coup ça fait rire... mais bon. Que va-t-on faire de ce gamin que les parents refusent de placer dans une structure appropriée? On va le traîner jusqu'en troisième où dans le pire des cas il deviendra un délinquant parce qu'il sera entraîné, dans le meilleur des cas il se résignera définitivement à l'échec. Déjà maintenant il secoue parfois la tête comme un chien de plage arrière en marmonnant "comprends pas... comprends pas..." le souci étant qu'aucune explication au monde ne pourra lui faire comprendre.
D'ailleurs, en quatrième, j'ai tenté vainement d'expliquer à un élève pourquoi "le beau chat" n'est pas une phrase... ce pendant une vingtaine de minutes avant d'abandonner... Dans la même classe ma collègue de maths s'est escrimée à expliquer à un autre élève la différence entre une virgule qui se déplace à gauche et une virgule qui se déplace à droite... le gamin n'a rien compris. On en est au stade d'abandonner avec ces enfants-là, faute de compétences nécessaires, de temps et de moyens. Pour eux, une addition serait une victoire, comme une phrase cohérente. Mais dans un bahut où 70% des élèves sont sous les critères requis pour l'entrée en segpa au niveau national, que faire ce ceux qui sont tout en bas? Laisser souffler le vent, en espérant que ces 4 années de collège perdues ne les auront pas totalement déprimés ou n'auront pas cassé le peu de confiance qu'ils avaient déjà en arrivant...
Allez, petite anecdote pour finir ce post un peu désabusé... j'ai appris une nouvelle insulte aujourd'hui...
La classe de 6èmes GnanGnan entre dans la salle... soudain, Rufus, élève plutôt au delà des préoccupations terrestres en temps normal, balance un énorme coup de poing dans la figure d'Eudes, perturbateur notoire... Etrange, étrange... d'ordinaire, Rufus est tellement sur Mars qu'il n'entend pas son propre nom...
Il est tout rouge, furieux, refuse de répondre à mes injonctions, je suis bien obligée de le chasser du cours pour son attitude agressive même envers moi et envers les autres... mais je suis perplexe, je me doute bien qu'Eudes, malgré ses dénégations frénétiques, n'est pas innocent dans cette affaire.
A dix heures, Rufus, penaud et calmé, m'attend devant la porte de la salle des profs et m'explique que l'autre l'a gravement insulté. Après le sermon d'usage (oui, oui, je maintiens le suspense), la violence sémal, on ne règle pas les problèmes avec les poings, tralala... la curiosité aidant, je lui ai quand même demandé quelle était cette insulte gravissime au point qu'il en a été exclu du cours... "Il m'a dit que j'avais le même caleçon que mon pèèèèèèèèère!".
Effectivement. Y'a des coups de boule qui ont volé pour moins que ça, hein , Zizou?
Edito en parlant de baffe... Petite pensée pour le prof qui a envoyé une baffe à un gamin.... qu'il soit sanctionné, je veux bien, c'est interdit et ça doit le rester. Mais la réponse n'est-elle pas disproportionnée? Qui d'entre nous ne s'est jamais dit "celui-là je lui en mettrai bien une"? Qui est à l'abri de ce genre de choses, avec la fatigue, les ennuis personnels, les insultes quasi quotidiennes? Qui n'a jamais reculé de deux pas, en craignant ses propres réflexes? Une pensée pour le collègue, qui certes a eu tort, mais qui est victime aussi.