La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

01 février 2008

Et que souffle le vent...

Aujourd'hui me vient l'envie de parler d'un certain type d'élèves, victimes à mon sens du collège unique et de l'école obligatoire jusqu'à 16 ans. Je ne fais pas de politique et je ne le tolère pas sur ce blog, certains commentaires dans ce sens ont d'ailleurs été effacés, mais là je ne peux m'empêcher de penser que dans certains cas le collège unique est une merveilleuse ânerie...

Je parle de ces élèves, malheureusement pour eux comme pour nous assez nombreux, chez qui un jour le vent s'est mis à souffler dans la boîte crânienne, emportant tout sur leur passage. De gentils gamins en majorité, qui bossent certainement plus que tout un tas d'autres mais qui, pour une raison ou pour une autre, ont débranché leurs neurones à un certain stade de leur scolarité, souvent en primaire... effet de surchauffe, maximum atteint, contexte familial, que sais-je, mais collège unique oblige au lieu d'apprendre à leur rythme quelque chose qui est dans leurs cordes ils se tapent de la poésie, de la littérature, de la géométrie qui ne font que faire souffler un peu plus fort le vent dans leur tête...

Ainsi, je me rappelle du cas d'anthologie de l'élève de troisième qui comprenait (parfois) des heures, voir des jours après... On pouvait raconter une bonne blague, et quelques jours après d'un coup il se mettait à s'esclaffer... enquête menée, c'était à cause de la vanne qu'il venait de comprendre!

En ce moment j'ai en sixième un élève, deuxième d'une célèbre dynastie du collège, qui est phénoménal. Le grand frère déjà était très fort: ses notes variaient en fonction de ses voisins de table. Quand le voisin était bon, il avait 5, quand le voisin était mauvais, il avait 3. Au moins, il était silencieux. Parce que le petit frère, non seulement le vent souffle en tempête dans sa tête, mais en plus il se sent obligé de nous faire part de ses réflexions. C'est ainsi que j'ai appris qu'il est le cerveau de la famille, celui qui doit faire des études (d'où le refus de ses parents de le placer en SEGPA).  Par exemple, quand quelqu'un lit, il est si concentré sur sa propre lecture qu'il répète la dernière syllabe de chaque mot à voix haute. On a beau être compréhensif, ça rend nerveux. Ou bien, conversation type:

" Bob, arrête de parler, maintenant!

(Bob fait semblant de fermer sa bouche avec une fermeture éclair)

(Je poursuis mon cours tout en surveillant ledit Bob qui a la bouche particulièrement crispée)

(Bob lève le doigt)

-Ouiiii Bob?

-Mmmmmmm....mmmmmmm

- Ca ne va pas, Bob?

(Il gesticule en me montrant qu'il n'arrive pas à parler)

-C'est bon, tu peux parler.

(Il dézippe sa bouche et répond comme il peut à la question). "

Sur le coup ça fait rire... mais bon. Que va-t-on faire de ce gamin que les parents refusent de placer dans une structure appropriée? On va le traîner jusqu'en troisième où dans le pire des cas il deviendra un délinquant parce qu'il sera entraîné, dans le meilleur des cas il se résignera définitivement à l'échec. Déjà maintenant il secoue parfois la tête comme un chien de plage arrière en marmonnant "comprends pas... comprends pas..." le souci étant qu'aucune explication au monde ne pourra lui faire comprendre.

D'ailleurs, en quatrième, j'ai tenté vainement d'expliquer à un élève pourquoi "le beau chat" n'est pas une phrase... ce pendant une vingtaine de minutes avant d'abandonner... Dans la même classe ma collègue de maths s'est escrimée à expliquer à un autre élève la différence entre une virgule qui se déplace à gauche et une virgule qui se déplace à droite... le gamin n'a rien compris. On en est au stade d'abandonner avec ces enfants-là, faute de compétences nécessaires, de temps et de moyens. Pour eux, une addition serait une victoire, comme une phrase cohérente. Mais dans un bahut où 70% des élèves  sont sous les critères requis pour l'entrée en segpa au niveau national, que faire ce ceux qui sont tout en bas? Laisser souffler le vent, en espérant que ces 4 années de collège perdues ne les auront pas totalement déprimés ou n'auront pas cassé le peu de confiance qu'ils avaient déjà en arrivant... 

Allez, petite anecdote pour finir ce post un peu désabusé... j'ai appris une nouvelle insulte aujourd'hui...

La classe de 6èmes GnanGnan entre dans la salle... soudain, Rufus, élève plutôt au delà des préoccupations terrestres en temps normal, balance un énorme coup de poing dans la figure d'Eudes, perturbateur notoire... Etrange, étrange... d'ordinaire, Rufus est tellement sur Mars qu'il n'entend pas son propre nom...

Il est tout rouge, furieux, refuse de répondre à mes injonctions, je suis bien obligée de le chasser du cours pour son attitude agressive même envers moi et envers les autres... mais je suis perplexe, je me doute bien qu'Eudes, malgré ses dénégations frénétiques, n'est pas innocent dans cette affaire.

A dix heures, Rufus, penaud et calmé, m'attend devant la porte de la salle des profs et m'explique que l'autre l'a gravement insulté. Après le sermon d'usage (oui, oui, je maintiens le suspense), la violence sémal, on ne règle pas les problèmes avec les poings, tralala... la curiosité aidant, je lui ai quand même demandé quelle était cette insulte gravissime au point qu'il en a été exclu du cours... "Il m'a dit que j'avais le même caleçon que mon pèèèèèèèèère!".

Effectivement. Y'a des coups de boule qui ont volé pour moins que ça, hein , Zizou?

Edito en parlant de baffe... Petite pensée pour le prof qui a envoyé une baffe à un gamin.... qu'il soit sanctionné, je veux bien, c'est interdit et ça doit le rester. Mais la réponse n'est-elle pas disproportionnée? Qui d'entre nous ne s'est jamais dit "celui-là je lui en mettrai bien une"? Qui est à l'abri de ce genre de choses, avec la fatigue, les ennuis personnels, les insultes quasi quotidiennes? Qui n'a jamais reculé de deux pas, en craignant ses propres réflexes? Une pensée pour le collègue, qui certes a eu tort, mais qui est victime aussi. 

Posté par sifi à 19:25 - Permalien [#]