La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

22 janvier 2008

Gus et compagnie

Je ne vous ai jamais parlé de Gus. Lacune que je m'en vais combler de ce pas frénétique de période pré-vacances. Gus est actuellement dans ma troisième Love, oui, oui, pour ceux qui suivent c'est bien la classe de Brutus himself.  Pourtant j'adore cette classe, malgré eux. Moralité, une classe est sympa par son ambiance, pas forcément par (certains de) ses individus.

A l'age où tous les garçons de troisième commencent à avoir une voix grave, du poil au menton et à mesurer 1m80 (pour une longueur de deux mètres de bras et un poids de 30 kilos d'os), Gus, lui, fait un peu comme Peter Pan. Il a tranquillement gardé son mètre 12 de sixième, sa petite voix flûtée et ses cheveux blondinets en bataille. Pas un bouton prépubère à l'horizon, pas un poil en vue. Ce qui pourrait être plutôt charmant si il n'avait pas décidé de compenser cette infériorité physique. En étant pénible. En fait, il est aussi chiant qu'il est petit. C'est dire. On dirait une sorte de ouisititi monté sur ressort à pile duracell. Autant dire qu'heureusement que la classe est calme car il nécessite à lui tout seul l'énergie d'une centrale atomique.

Manque de bol, mon énergie à moi par ce sombre mois de janvier suffrait à peine à alimenter un igloo.  Aussi, hier, Gus a décidé qu'il était follement amusant de profiter de sa vue sur mon dos (aaaaah madame vous avez de la craie sur votre dos!) pour bombarder Fatima, première de la classe de son état, de tout ce qui lui tombait sous la main. Il faut savoir que c'est le pire truc qui puisse arriver: impossible de choper le coupable à moins de s'appeler superman, batman & friends. Donc on suppute. Certains collègues, en cas de jet d'encre ou autres préservatifs demandent au coupable de se dénoncer. Chose que je ne pratique pas puisque souvent finit par se dénoncer le bouc émissaire secrètement menacé de mort dans le cas contraire. Aucun moyen de prouver, car, ne nous voilons pas la face, même si on connaît parfaitement le coupable, il restera bien souvent impuni.

Or là, Gus a passé les bornes... il a lancé des cartouches, des bouts de gomme, des capsules de stylo, des boulettes de papier mâchouillé (tout ça pendant que je lui demandais toutes les deux secondes de se taire, s'asseoir, regarder le tableau, travailler... c'est bon!) sur Fatima. Qui n'en pouvait plus. Parce qu'elle n'avait eu que 15 à son dernier contrôle donc elle devait se concentrer sur le corrigé, nanmého, un tel échec étant inconcevable de sa part. La coupe a débordé quand elle s'est pris dans l'oeil une carte de FSE. Elle a levé la main "md'am, je vais coller une baffe à c'crétin!". Comme ce n'est pas le genre de réponse qu'elle fournit d'habitude, je me suis tâtée.... une baffe...ce serait si bon d'assister à ça...

Mais non, je n'ai pas cédé, non non non, tu ne me tenteras pas, gente demoiselle, et le Gus a été aimablement prié d'aller voir chez la CPE si j'y étais et informé que désormais la moindre boulette trouvée par terre serait à sa charge de ramassage jusqu'à la fin de l'année. Tant pis si les autres en profitent.

Il y a un seul élève, un seul, qui n'a pas compris le principe du  jet d'objets dans le dos du prof, et qui un beau matin au début de l'année a lancé  une boulette SOUS mes yeux zébahis, m'épargnant une pénible enquête... un seul... Brutus, bien sûr!

Posté par sifi à 18:56 - Permalien [#]