29 novembre 2007
Quand les profs ne travaillent pas...
Noël approche, et avec lui ses odeurs de bredalas...
... et ses rêves de petites filles...
20 novembre 2007
Des parents et des profs...
Il y a des rencontres inéluctables dans une vie, des chemins qui se croisent envers et contre tout, thème cher à Claude Lelouch avec Un Homme et une Femme, mais aussi à Steinbeck avec Des souris et des hommes. Il y a des destins marqués à tout jamais par des rencontres, Blake et Mortimer, Robert et Gertrude, Paul et Virginie.
Dans notre passionnante profession, les rencontres sont multiples, entre Rachid et Bryan, entre Rufus, les pétards et les cours de maths. Mais la plus enrichissante de toutes ces rencontres est certainement celle, profondément ritualisée, entre les parents et les professeurs. Pour les ignares et néophytes, il s'agit pour le professeur de s'asseoir dans une salle glaciale (le chauffage se coupe automatiquement dès la fin des cours, si vous avez le malheur de faire des heures sup' emballez-vous dans une couverture de survie, y'a que ça de vrai), alors que la plupart des travailleurs sont rentrés chez eux, et de patienter afin de pouvoir discuter avec les parents venus s'intéresser de près à leur rejeton.
Lorsque j'étais moi-même lycéenne, je m'imaginais déjà prof, assise derrière ma table, accueillant les parents pour les complimenter sur leur enfant ou au contraire lui démolir sa sale race (en fait je n'ai jamais parlé comme ça, j'étais passablement innocente). J'avoue, avec le casier, c'était ce qui me faisait rêver à mon futur métier. De l'autre côté du miroir cependant, la réalité est toute autre. Il s'agit non pas du prof vengeur, mais d'une pauvre larve épuisée qui crève de faim si elle a le malheur d'avoir oublié son casse-croûte. Il ne s'agit pas non plus du parent intéressé par son enfant, prêt à prendre les choses en main, mais de pauvres larves aussi, épuisées par une journée de travail et qui doivent encore se cogner des reproches sur leur mouflet qu'ils essayent pourtant de maintenir à flots, par divers moyens, allant de la baffe sonore au "arrête de bavarder, hein!"
Pourtant, dans la quinzaine de parents que nous recevons habituellement sur une moyenne de 70 élèves, certains comportements méritent analyse...
- Le parent inquiet: mon dieu mon dieu, Marie-Gertrude n'a que 15.5 de moyenne ce trimestre, pauvre chérie, va-t-elle se retrouver au chômage pour le restant de ses jours? Va-t-elle être refusée à Polytechnique? Non parce que vous comprenez elle a peut-être été traumatisée par le décès de son vieux chat âgé de 18 ans qui a souffert de diarrhée aiguë, doit-on voir un psy? Et bla, et bla, et bla... pendant que la file toujours plus longue de parents qui EUX ont de vrais problèmes se met à maugréeer sur ce prof qui prend trop de temps...
-Le parent énergique: C'est celui qui veut montrer sa bonne volonté au prof. Ancien cancre ou lèche-bottes, il se sent obligé de passer un savon à son gosse pour bien montrer comme il est sévère, et en sortant, dit "mais quel con celui-là!". Généralement, ça donne des colères bien exagérées, larmes aux yeux, menaces "plus de foot, plus de copains, plus de télé, plus de jeux, plus de vélo, plus de nourriture, plus de lit, plus de parents, petit ingrat!" Mon dieu. Le but de tout ça est de culpabiliser le prof qui n'en demandait pas tant. Parfois le gamin surpris a même droit à une paire de baffes, histoire que le prof en vienne à s'excuser d'avoir été si dur car il ne veut pas être responsable d'un carnage.
-Le parent paumé: C'est celui qui fait un peu pitié. Il ne sait plus quoi faire, il a toujours tout donné à son enfant, mais maintenant qu'il traîne dans la rue jusqu'à 3h du mat et rentre bourré, il ne sait plus quoi faire... Et il attend que moi, prof de 27 ans, je lui dise comment élever son bambin. Voilà l'exemple type du parent qui, croyant bien faire, a toujours tout laissé faire à son enfant, sans jamais rien refuser, l'a couvert contre ses professeurs, et maintenant a un délinquant en puissance et attend du même professeur qu'il lui dise comment s'y prendre...
-Le parent primo-arrivant: Il connaît maximum 3 mots de français. Il vient avec son gamin pour qu'il lui fasse la traduction... " Voilà, la situation est désastreuse, Mouloud a 2 de moyenne, il a été exclu du collège 8 fois en 3 mois, il a agressé la femme de ménage..." (l'élève traduit) Le parent exhibe un sourire enchanté , merci merci, et s'en va manifestement aux anges... y' a eu un bug, là, non?
- Le parent m'en foutiste: Robert est un criminel, il a violé sa camarade, se touche la bistouquette, il a des poux, il se lave une fois par mois, mais bon, faut bien que jeunesse se passe, hein? ( en général le parent est éduc'spé, prof ou psy).
-Le parent absent: C'est toujours celui qu'on aimerait bien voir. Mais c'est surtout celui qui a tout compris au truc, pourquoi se casserait-il la tête à venir le soir après le boulot pour entendre dire du mal de son rejeton? Il n'est pas fou, le frelon (enfin la guêpe mâle, hein... le guêpon?). Il brille donc par son absence alors que justement on aurait des tas de choses à lui dire. Mais on se défoulera sur le bulletin, tant pis...
-Le parent no comment: Celui -là est généralement un OVNI: ça va de la mère supermaquillée, décolleté au nombril, technicienne de trottoir de profession, au père ex-tôlard qui prend une douche tous les 3 ans quand il sort de prison et qui pue l'alcool à 20km. Ca peut aussi être la madame très bien sapée, trois cm de fond de teint sur la figure qu'on se demande ce qu'elle veut cacher, mais qui mâche un chewing-gum, le portable à l'oreille, ni bonjour, ni au revoir, qui explique qu'elle ne "cogne jamais sur ses 8 gosses, hein, elle ne fait que leur gueuler dessus, à ces sales petits cons". Là franchement, on ravale tout ce qu'on voulait dire (enfant grossier, odeur bizarre, bavardages, leçons pas apprises), parce que tout bien pesé, avec des parents pareil, il est plutôt pas mal, cet enfant.
Il y a aussi quelques parents normaux. Ils sont minoritaires, mais ça fait plaisir de les voir.
12 novembre 2007
Dracula est un Pokémon
Les profs aiment se plaindre. Moi sans aucun doute autant que les autres. Peut-être pas plus, je ne me plains pas toujours des mêmes choses que les autres, je ne suis pas une gréviste forcenée ou une râleuse professionnelle, mais il faut bien l'admettre, je suis atteinte de ce syndrôme de l'enseignant qui nous pousse, quelque fois à juste titre (tout de même!) à nous plaindre énergiquement. De la vie, de nos élèves, de nos conditions de travail. Il y a sur ce blog de grands moments de découragement.
Ce soir pourtant, j'ai envie de parler des grands moments de bonheur qui font qu'à mon sens ce métier est sans doute le plus chouette du monde. Ce post sera sans doute moins drôle que les autres, curieusement, c'est plutôt le découragement qui fait rire (c'était la minute philosophique, désolée, ça ne se reproduira plus). Pourquoi est-ce le plus beau du monde? Parce que. Pas à cause des vacances, pas à cause des horaires ma foi bien agréables quand on a une Titefille de 15 mois qui a besoin de sa maman. Surtout, c'est un métier où on ne s'ennuie jamais. On ne connaît pas la routine, notre imagination est sans cesse sollicitée pour attirer leur attention, les faire réagir, les faire rire (j'adore les faire rire), rire avec eux (ça aussi j'adore). Bien sûr, il y a des classes où rien n'est possible, où tous les efforts n'ont droit qu'à des rictus méprisants, mais quand ils nous laissent un poil de marge, quand ils ont encore une once de curiosité ou de spontanéité, qu'est-ce qu'il est chouette ce boulot!
C'est un métier qui permet le débat, qui permet l'imagination... Je transforme régulièrement des points de grammaire totalement crétins à mon sens en trucs rigolos, des énoncés ancrés en poissons rouges et des énoncés coupés en rats. Je transforme des énoncés en leur mettant des pattes, pour leur permettre de sortir ou d'entrer dans leur "maison"', leur situation d'énonciation. Je fais des concours de conjugaison, où le premier gagne un petit gâteau... Qui peut dire avoir un métier aussi créatif que le nôtre?
On les aime ou on ne les aime pas, on essaye de les sauver, on y parvient une fois sur dix, on peut vivre une heure de cours dans des abîmes de désespoir à voir qu'on n'arrive pas à les toucher, et l'heure suivante monter sur un petit nuage en voyant que ça y est, ils ont compris! Au fond, on ne peut pas être indifférent, car on travaille sur l'une des plus belles matières qui soient, au fond on est vernis: l'humain, l'affectif.
Aujourd'hui était une de ces journées de grâce, une journée où Dracula se transforme en Pokémon et où l'on rit d'un bon rire franc avec celui qui vient de le dire, parce qu'au fond il a tout compris, oui, Dracula a des pouvoirs, et il peut se transformer, alors OUI, toi qui a trois de moyenne habituellement, tu as lu le livre, tu as aimé et tu as réfléchi, et même si certains trouveraient barbare de faire de Dracula un Pokémon, ben moi j'adore parce que ça prouve que tu as tout pigé à ce que je cherchais à te faire comprendre.
J'ai aussi reçu la visite d'anciennes troisièmes qui sont venues me dire qu'elles aimaient mes cours, et que je leur ai apporté des choses, qu'elles me regrettent. J'ai reçu une carte d'une élève gravement dyslexique que j'ai aidée, avec d'autres collègues, à construire un dossier solide pour aller étudier les métiers de la mode à Marseille, et qui nous remercie, nous ses profs (mon nom figure sur la carte avec trois autres) de l'avoir aidée à réaliser son rêve. Je n'en tire pas une fierté quant à moi, on a juste aidé son potentiel à s'exprimer, mais parfois, ça fait du bien de voir que pour quelques élèves on peut faire quelque chose, les aider à croire en eux.
Pour finir la journée, un moment idylliquement bruyant avec mes troisièmes Love à organiser en débat le procès de la Vénus d'Ille de Mérimée, à savoir si la Vénus est coupable du meurtre. Après des débuts timides, les yeux sont devenus étincelants, les débats houleux, les arguments acérés... tout ça sans même se rendre compte qu'ils s'énervaient sur un classique de la littérature, "truc chiant" par excellence! La foule en délire applaudissait les joutes verbales, feuilletait fébrilement son livre à la recherche d'indices nouveaux pour alimenter le débat, et j'ai même remarqué le cancre de service commencer discrètement à lire la nouvelle!
Tout ça pour dire, ce post n'est pas drôle, certes, mais j'aime mon métier et souvent quand je suis fatiguée, ou désespérée, que j'ai l'impression que tout ce que je fais ne mène à rien, je repense à ces moments précieux, à ces éclats de rires communs, à ces leçons de grammaire qui deviennent jeux, et je me dis que ça vaut la peine, ce boulot, quand même...

