La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

11 septembre 2007

Intrus

Aujourd'hui j'ai fait ma rentrée. Déjà parce que dehors ça se rafraîchit, et aussi parce que j'avais envie d'assister à un cours de français, ça fait un bail que ça ne m'est plus arrivé. Comme ça,  je projetais d'évaluer le travail du professeur et de m'instruire en même temps sur le comportement de ces êtres à deux pattes fort peu poilues que sont les jeunes humains et ceux qui sont supposés les instruire. J'ai choisi la salle 07 parce que ça me fait penser à James Bond, le seul humain capable comme moi de s'accrocher à un fil et de ne pas être décoiffé ensuite. Et la prof qui habite la salle 07, elle n'a pas peur de moi, au contraire, elle aime bien les créatures de mon espèce...

J'ai donc choisi un coin de plafond confortable, au dessus du tableau pour pouvoir bien voir ce qui s'y passait.  Quand la horde d'humains au crâne poilu a déboulé, je me suis tenue coîte, afin d'assister au cours dans les meilleures conditions, d'autant que la leçon du jour portait sur... les poilus. J'écoutais avec intérêt le professeur parler des témoignages de ces humains apparemment assez velus pour héberger toutes sortes de mes camarades, quand un hurlement aigu m'a sorti de ma torpeur.... quoi? horreur? un monstre dans la salle? un énorme truc noir et poilu (encore?) avec plein de pattes, collé au plafond, qui va tous nous manger? J'avoue, j'étais effrayée, mais franchement, je n'ai vu personne, pourtant j'y étais, moi, au plafond! Il n'y avait pas de quoi fouetter un humain, franchement.

Pourtant cet animal imaginaire tellement terrifiant a perturbé toute la classe! Les unes poussaient des cris suraigus, terrifiées par l'énormité du monstre sanguinaire qui pouvait les pourchasser à n'importe quel moment de son dard venimeux, les autres roulaient des mécaniques pour cacher leur terreur et épater les demoiselles par leur courage de chevaliers. Le professeur seul gardait un peu de bon sens en déclarant doctement que "les petites bêtes ne mangent pas les grosses". Ceci dit ils n'ont pas eu l'air de comprendre l'allusion. Certains proposaient une mise à mort immédiate du monstre, d'autres suggéraient en frissonnant d'appeler le principal, le concierge, les dératiseurs (?), les pompiers.  Certaines demoiselles imitaient à merveille la syncope devant de soit-disant pattes énormes et velues. Pourtant ils parlaient des poilus et ça avait l'air de leur plaire, je ne comprends décidément pas le comportement humain. On parle de poilus et quand on voit quelque chose qui l'est, on a peur. Ou on fait semblant, parce que franchement, pour une créature imaginaire, on était au bord de l'alerte à la bombe, ni plus, ni moins.

Heureusement, le calme a fini par revenir quand le professeur a élevé la voix,déclarant officiellement que le premier qui parlerait encore de cette chose aurait le droit de venir la déloger personnellement. Curieusement, le silence s'est fait et chacun s'est replongé dans la tétracapilliculture ambiante, mais j'ai bien vu les regards méfiants qui se dirigeaient vers le plafond, assez curieusement dans ma direction, d'ailleurs. J'ai remarqué d'ailleurs leur soulagement quand ils se sont empressés  de quitter la salle à la sonnerie!

Les sixièmes leur ont succédé et ont eux aussi constaté avec effroi la présence dudit monstre et les mêmes remarques et cris se sont succédés pendant une heure, rendant totalement obsolète la pourtant nécessaire leçon sur le présent de l'indicatif, sujet ô combien passionnant.

La salle redevenue enfin tranquille,  j'ai pu méditer sur le comportement des Hommes, ces drôles d'animaux effrayés par des monstres imaginaires... je me demande comment ils vont réussir à étudier Dracula cette année, les quatrièmes, si tous les jeunes humains ont aussi peur de la moindre petite chose poilue. Tout ceci afin de sombrer dans un sommeil arachnéen, en attendant demain pour de nouvelles aventures...

Posté par sifi à 17:49 - Permalien [#]