La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

30 août 2007

ze riteurn of ze rentrée

Me revoilà! A votre grande joie, lecteurs, qui vous êtes languis de mon incommensurable talent durant tous ces longs mois d'été, pleurant devant vos claviers poussiéreux alors que dehors il faisait un temps exécrable *soupir rétrospectif*.

Mais pourquoi me revoilà, me direz vous? Il reste pourtant quelques jours avant la date fatidique à laquelle personne ne peut couper, la rentrée! D'ailleurs, à y réfléchir, je ne vois pas trop pourquoi on utilise le mot rentrée... certes on ENTRE à l'école mais on SORT des vacances. Quel est l'ingénieux ministre qui considérait qu'il était plus intéressant de RENTRER à l'école que de SORTIR des vacances? A moins que la notion de bâtiment (cube gris hideux à façade ornée de petits carreaux de carrelage sur lesquels évidemment personne ne passe la serpillère dans mon cas) n'entre en jeu. Et non, le soleil ne m'a pas tellement tapé sur la tête cet été *re-soupir*. Vous avez juste sous les yeux le genre de réflexion qui se propage dans mon esprit torturé à l'approche de ce grand événement annuel.

Hé oui, car la rentrée c'est avant tout mental, au delà de la prérentrée et autres foutaises. C'est le renoncement à la glandouille, mais pour ma part aussi un certain plaisir (qui dure en général la première semaine), finalement, de retrouver le boulot que j'aime, de me sentir dans mon élément, de retrouver les collègues que j'apprécie et ma salle de classe aux murs jaune vif avec un trou dans le plâtre qui n'aura certes pas disparu pendant l'été.

La rentrée, chez moi, c'est un sentiment mitigé, fait de plaisir et d'inquiétude, d'enthousiasme et de dégoût. Surtout cette année: j'ai découvert avec bonheur un emploi du temps qui me convient parfaitement, mais j'ai aussi découvert que la collègue grippe-sou pour ne pas employer un terme plus vulgaire est passée par là après la répartition des niveaux pour se resservir, et qu'au lieu des deux troisièmes promises j'ai deux quatrièmes. Nuance fine me direz-vous, mais en fait non, vu qu'il est notoire que lesdits quatrièmes vont être ignobles cette année! Cette chère collègue a donc trusté une de mes troisièmes, qui seront bien... avant même d'avoir mis un pied en salle des profs,  la délicieuse ambiance du couloir-du-rez-de-chaussée-face-aux-toilettes m'effleure tel un parfum délicat (et non, pas celui que vous pensez! ).

Le début d'année c'est aussi la période des bonnes résolutions, celles que vous prenez pour tenter, vous, jeune professeur néophyte (plus tant que ça mais  bon...) d'améliorer, comme dirait ce cher inspecteur, vos pratiques pédagogiques (comprendre: tenter de pouvoir bosser en paix avec ceux qui veulent et faire en sorte que les boudu du fond puissent dormir tranquille sans perturber qui que ce soit, à commencer pas moué. Et TOC.)

Dans ce but, cette année, comme chaque année depuis le début de ma courte carrière, je prends la résolution que je serai SEVERE. Un monstre. Draculette (féminin du célèbre comte, comme chacun sait) en personne, une créature terrifiante et sanguinaire fonctionnant à coup de sanctions, n'ayant de coeur pour personne, n'essayant pas de sauver ls récalcitrants malgré eux. Je ferai contrôle sur contrôle, sanction sur sanction... et puis, comme chaque année, ma vraie nature reprendra le dessus et je continuerai d'avertir dix fois avant de punir, de discuter avec eux et d'être peinée quand je verrai un gamin en train de s'autodétruire. Parce qu'on est humain avant d'être prof. Ben oui. Scoop.

Sans rire, au fond, l'atmosphère de la rentrée je l'aime bien, avec ses feuilles roussies, son atmosphère d'automne, son soleil pas trop chaud et ces journées douillettes sous une lumière dorée... Le vrai début de l'année, contrairement à ce que croient les non profs (bouh!), ce n'est pas le premier janvier mais bien début septembre, date de la nouvelle chance pour chaque enfant de prouver sa vraie valeur ou de trouver sa voie, date des premiers émois des sixièmes devenus grands ou des troisièmes faces à leurs premières responsabilités. J'aime bien comparer mon emploi du temps avec celui des collègues, donner des tuyaux sur les listes d'élèves, sortir la première craie de sa boite et la faire crisser sur le tableau tout propre, écrire la date pour la première fois. C'est que ça vous donnerait presque l'âme poétique. C'est un moment qui ne dure pas très longtemps, mais que je savoure encore, comme un renouveau, une nouvelle année à venir...

Posté par sifi à 15:10 - Permalien [#]