La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

07 mai 2007

Sadisme et perversitude...

Je vous décris souvent tout ce que nos élèves nous font subir au quotidien... c'est pour cela que le prof a développé son instinct de prédateur, de survie, de sauvegarde, appelez cela comme vous voudrez.

Le jeune prof sortant de l'IUFM a (en général) une vision très idéaliste de son métier, forgée d'ailleurs par les discours pro-iuèfèmiens qu'on lui a enfoncés dans le ciboulot à grand coup d'échange de pratiques et autres barbaritudes (faudra un jour que je poste sur le vocabulaire de l'éducation nationale, sans rire, y'a de quoi écrire un roman). Le jeune prof, disais-je, sait sans aucun doute possible que moultes difficultés l'attendent dans l'exercice de son sacerdoce, mais n'en a aucune idée concrète, surtout si comme moi en mon jeune temps il a été muté comme stagiaire dans LA boite à bac élitiste de la région.

Cependant, quelques années de poste dans une zep ou assimilé mettent rapidement fin à l'état euphorique du jeune prof émoulu ravi d'avoir réussi son concours et prêt à lutter sabre au clair (quand je disais hussard...^^) contre l'ignorance dans ce monde. Après un moment de lassitude bien compréhensible devant des situations qui parfois dépassent l'entendement humain, le prof, comme tout animal un tant soit peu développé met en place son instinct de survie élémentaire, son moyen de défense contre l'élève-prédateur-des-nerfs... dans mon cas, j'ai développé le sadisme et la perversité.

J'avoue, platement, et sans le moindre regret, que je trouve un plaisir intense à mettre dans une situation plus que désagréable le petit freluquet qui m'aura emm...quiquiné pendant un certain temps. Tout comme d'ailleurs je ne rechignerai pas à féliciter celui qui aura progressé, je ne suis pas comme ça, hein!

Mais franchement, la remarque qui tue, la situation honteuse, j'aime bien ça. J'aime entendre les rires moqueurs des camarades de classe se retourner contre le petit caïd qui quelques secondes auparavant essayait de casser du prof... J'aime renvoyer la petite remarque qui fait sourire tout le monde sauf le principal intéressé... Ainsi lorsque Rufus chante volontairement en classe pour perturber toutes les chansons enfantines de sa petite soeur en première année de maternelle, j'ai un plaisir profond à lui faire remarquer qu'il ferait mieux de bosser, parce que là, la starac c'est raté... Et s'il persiste j'ai une joie quasi mystique à l'expédier au tableau pour lui suggérer de nous faire un récital, et de le laisser mariner quelques minutes, tout rouge...

Peut-être certains hurleront-ils face à cette humiliation perverse d'un pauvre innocent (que soit dit en passant je subis depuis 3 ans, hein), mais je le renvendique. Tout comme je revendique mon plaisir de flanquer à la porte celui qui me fait ch... depuis des plombes, que j'ai menacé de faire sortir, et qui recommence. J'en suis presque à espérer qu'il recommence. Oui, je suis mauvaise, la gentille iuéfémienne idéaliste que j'étais s'est transformée en une sorte de Jeanne d'Arc de la salle 07, prête à bouter l'enquiquineur hors du lieu sacré du savoir. Et non, je ne suis pas véhémente, qui a dit ça?

Ainsi ce matin, me retrouvant devant ma troisième de chieurs, après l'épisode des stylos relaté ci-dessous, je n'étais pas disposée du tout à me faire marcher sur les pieds une fois de plus. Ils sont arrivés survoltés. Le temps d'obtenir le silence, le principal a débarqué: il se trouve que l'heure d'avant, ils ont volontairement rempli la poubelle du collègue de chewing gums, stylos, papiers en tous genres... et à la sonnerie ont commencé à shooter dedans, la trainant tout au long du couloir avant de marquer un but à travers la porte d'une autre collègue. Oui, des troisièmes, qui au plus tard voteront dans deux ans, qui commenceront à apprendre un métier l'année prochaine...

Et là, j'avoue, j'admets, mea culpa assumata, j'ai DICTE mon cours d'une voix monocorde pendant une heure, tellement vite qu'ils n'avaient plus le temps de respirer, que je les voyais secouer leur main douloureuse. Pour la première fois, après exclusion du chiant de service direct chez le principal, j'ai eu le silence, le sacro saint silence, mais au détriment de toute interactivité dans le cours.

Et lorsque je les ai eus en dernière heure cet après midi, ils m'ont littéralement supplié d'écrire le cours au tableau... et j'ai eu, pour la première fois avec eux, LE cours parfait.. une vraie classe, attentive, qui participait, plus des sauvages qui jouent au foot avec une poubelle sans la moindre considération pour la femme de ménage... Pas ceux qui pissaient dans les escaliers pour voir si ça fait une cascade...Non, des vrais élèves. Ben je vais vous dire, même si je sais que ça va recommencer, là j'ai été heureuse... vraiment. Et puis tant pis si je suis jugée.

Posté par sifi à 19:14 - Permalien [#]