La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

30 avril 2007

Sortie (2)

Un psychopathe vous dis-je. Parce qu’après son petit discours dénué de toute pédagogie qui a suscité chez nos chérubins toute l’attention que vous imaginez, nous avons pris place,  je me suis mise devant, gardienne officielle de la trousse à pharmacie et surtout des sacavomi, j’étais donc située derrière le chauffeur. Et j’ai vite découvert que j’allais être stressée durant tout le trajet ! Figurez-vous que notre charmant conducteur se méfiait bien plus des activités de nos angelots que des dangers de l’autoroute, et donc passait le plus clair de son temps à surveiller dans son rétroviseur les activités de ses passagers pourtant bien calmes.

Il ne regardait donc pas la route, manifestement il ne voyait pas non plus son compteur kilométrique qui aurait fait frémir tout radar automatique. Par contre, les gamins, eux, il les voyait. A chaque infraction relevée (hormis les siennes) il prenait le micro pour rappeler le petit galopin à l’ordre. Donc pendant deux heures de trajet, on a eu droit à  « hé vous, là bas, arrêtez d’entortiller les rideaux ! ». « Hé vous, asseyez vous ! » « Je vous rappelle que les chewing-gum sont interdits, je vous vois, là, au dernier rang ! (gné ? il avait des yeux bioniques ou quoi ?) ». Sauf qu’à chaque fois, comme il ne regardait pas la route, moi j’avais bien envie de les utiliser, les sacavomi !

Mais nous sommes arrivés sans encombre, j’ai été heureuse de respirer l’air glacial de la montagne, tout en ayant une pensée pour ces pauvres gens qui n’avaient pas mon anorak…

C’est là que j’ai découvert que le camp de concentration était non seulement un lieu de mémoire pour tous, mais surtout LA sortie scolaire obligatoire de tous les troisièmes de la région et même d’ailleurs qui s’étaient donné rendez-vous ce jour-là ! On aurait dit des hordes de flamants roses lâchés en saison de reproduction dans un accueillant marécage…

Le problème, la grande découverte que j’ai faite ce jour-là, c’est que le jeune est hostile à tout membre qui n’appartient pas à sa tribu. Même casquette, même pantalon, même vocabulaire, mêmes profs, (mêmes chauffeurs de bus…) MAIS pas le même milieu de vie (une cité de la ville X n’est pas une cité de la ville Y, il faut le savoir). Ils ont donc décidé de se provoquer mutuellement.

Les nôtres avaient ordre de se tenir calmes, sous peine de retour fissa au bus (heureusement que le collègue savait que ça allait se passer comme ça !), et de ne surtout pas répondre aux provocations. Mais j’avoue, même moi j’avais du mal à me retenir d’aller défendre mes ouailles. Sur notre passage on entendait des cris d’animaux, (quand je vous parlais de zoo), des commentaires « purée, t’as vu comme ils ont des têtes d’otaries à plumes ceux-là (en fait c’était un autre mot) ! »… des « oh purée t’as vu comme leurs filles elles sont moches ! ». Evidemment, nos bons mâles de harems, entendant que leurs femelles n’étaient pas au goût de tous (alors qu’il les traitent de la même façon tout le temps, hein !) avaient bien envie de riposter… J’ai même un jeune homme qui est venu me voir pour me dire « Nan mais sérieux, Mdame, j’vous ai promis de me tenir à carreau, mais là c’est dur, hein ! vous pouvez pas tourner le dos deux minutes, comme ça on dit que vous z’avez rien vu ! » . Non, devoir de mémoire oblige, mais ça me tapait aussi sur les nerfs.

Mais là franchement, je dis chapeau, ils ont réussi à tenir, ils sont restés stoïques jusqu’au bout… j’ai quand même bien ri devant leur naïveté de jeunes oursons… un gars d’un autre groupe demande à un élève  « vous vnez d’où ? –Ben, Citékiflambe… » Cinq minutes apprès les autres ont crié « Citékiflambe, tous des blaireaux ! » . Ils sont quand même venus me demander comment les autres avaient pu savoir d’où ils venaient…

La visite a été celle d’un lieu difficile à supporter, curieusement même les plus agités n’ont rien trouvé à dire devant la table de dissection, les prisons, le four crématoire, la chambre à gaz… Nous en sommes tous sortis blêmes, certains jurant qu’il y avait une odeur, purement mentale mais que moi aussi je n’étais pas loin de sentir… peut-être l’odeur de la déchéance que l’être humain est capable de s’infliger à lui-même ?

Mais heureusement que le chauffeur a mis un peu d’ambiance au retour…  à  peine entrés tout penauds dans le bus, il nous sort d’un ton agressif « il y avait plein de chewing-gums sous les sièges ! ». Ce qui était un pur mensonge, puisque nous avions tout passé au peigne fin !!!

Rebelote trajet de retour, mais en pire. Si. Il crie dans son micro « il est interdit de manger !!! » et c’était le collègue qui s’est fait allumer parce qu’il avait le malheur de manger une pomme, fruit salissant entre tous, c’est bien connu !

A un moment donné, le sommet a été atteint quand sur l’autoroute il a donné un violent coup de frein sans aucune raison, juste parce que l’un de nos ados était agenouillé sur son siège pendant quelques secondes ! J’vous jure ! Il avait l’air très fier de lui quand nous sommes descendus du bus, mais les collègues et moi on s’est longuement demandé si on n’allait pas lui coller un chewing-gum sous un siège, histoire de…

Mais finalement, la moralité dans tout cela est que nos oisillons ont été (presque) purs et innocents dans le monde hostile qui les entoure, et que les relations entre jeun’s restent à creuser. Au lieu d’identifier la même espèce, ils se flairent entre tribus différentes pour le partage du territoire. Et les nôtres ne sont pas les moins civilisés. Hourrah.

Posté par sifi à 18:25 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 avril 2007

Sortie (1)

On pourrait croire que la visite d’un camp de concentration nazi avec des jeunes de la téci de chez nous est une opération kamikaze, tellement la plus élémentaire bienséance est pour eux quelque chose de totalement exotique la plupart du temps, un peu comme si on jetait un gibbon de Madagascar en pleine banquise polaire (vous z’inquiétez pas, j’étais au zoo cet après-midi avec Titefille, ce post risque d’être bourré d’allusions à des tas d’animaux).

Eh bien vous vous trompez. Ils ont, pour la plupart été aussi calmes que des Paresseux de Papouasie, c’est dire.

*J’ouvre ici une parenthèse pour préciser qu’en aucun cas je ne me moque de mes élèves, je fais des comparaisons qui me semblent rigolotes, c’est tout. De plus, pour ceux qui ne comprendraient pas le second degré je vais préciser que la visite du camp m’a choquée, que j’ai été très émue et même à la limite de me sentir mal dans certains endroits. Simplement je pense que ce n’est ni l’objet ni l’étant d’esprit du blog d’en parler. Je referme ici la parenthèse.*

En fait, la menace absolue de rester dans le bus pendant que les autres allaient visiter le camp les a fait réfléchir sur le soudain intérêt de la visite. Par ailleurs je pense que l’ambiance traumatisante du camp y a été pour quelque chose au fur et à mesure .

Non, là où réside le vrai danger de sortir des ados à casquette et fut sur les chevilles de leur téci natale, c’est le regard des autres. Vrai de vrai !

C’est sûr qu’ils ont l’air de petits loubards, que la casquette MBA à l’entrée du camp (plus à l’intérieur), que les pantalons qui découvrent de ravissants caleçons à motifs variés achetés par lot de douze par leurs mamans au marché de la ville ne jouent pas en leur faveur. Ils parlent fort (curieusement, dans leur milieu naturel ça se remarque moins) et forcément, langage jeun’s, lâchent des ‘tain tous les deux mots, surtout quand ils sont impressionnés.

Pour en revenir à notre sortie, tout a commencé avec le chauffeur de bus, manifestement tétanisé de terreur en voyant débarquer cette horde hurlante (en fait ils parlaient normalement) et déchaînée (ils étaient presque rangés). En même temps faut les comprendre, hein, vous prenez des pélicans, vous ouvrez leur cage et vous mettez du poisson frais à la sortie, faut pas non plus leur demander de se conduire comme des énarques.

Le chauffeur, donc, s’est lancé dans un discours intéressé et intéressant pour expliquer à nos jeun’s que quiconque volerait le marteau pour briser les vitres devrait « se frotter à la maréchaussée ». Bien. Va falloir qu’on lui explicationne, au brave monsieur, que sérieusement, voler le marteau à incendie qui est vissé, je dis bien vissé  (à ce propos on fait comment pour casser la vitre d’urgence, on prend son tournevis de poche ?) ne leur vient pas à l’esprit si on ne leur en donne pas l’idée, donc là ils leur a donné une idée en or. En plus, des expressions comme « se frotter à la maréchaussée » échappe complètement à leur vocabulaire… c’est un peu comme si vous demandiez à un zèbre d’expliquer à un tigre qu’il faut se tenir à carreau sinon le gardien du zoo va sévir. A la limite « frotter » pour eux est un synonyme de peloter ou peut-être pour certaines filles de sécher la vaisselle. Quand au mot « maréchaussée » je n’ose même pas imaginer comment ils le traduisent.

Dans cette fameuse mise au point, il a également interdit de coller des chewing-gum sous les sièges « ah, on peut manger des chewing-gums ? Mais le prof l’avait interdit ! » (bravo monsieur !), de manger ou d’entortiller les rideaux (merci aussi pour la bonne idée !)… Bref, rien que du banal, mais vous verrez, ça a son importance. Parce que les élèves, eux, ne demandent rien de mieux que d’écouter leur MP3 tranquilles dans le fond du bus, de se prendre en photo avec leur portable et de faire les ruminants puisque le chauffeur a dit qu’ils avaient le droit. Mais le chauffeur, lui, c’était un psychopathe. J’vous jure, un vrai.

Mais pour connaître la suite, il faudra attendre un peu (ou comment reconquérir son lectorat…)

Posté par sifi à 20:30 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 avril 2007

Honte sur moi

Oui. Je sais. J'avoue. Vous, mes lecteurs adorés, avez été abandonnés lâchement, sans la moindre chronique récente à vous mettre sous la dent, et ce depuis plus d'un mois. Un mois durant lequel j'aurais pu vous parler de l'art de visiter un camp de concentration nazi avec cinquante troisièmes dans un milieu hostile (cf hors de la cité)... j'aurais pu. J'aurais pu vous parler de ma première inspection, de l'art de chercher la petite bête (et à ce train là c'est même plus une petite bête, mais une bactérie) qu'ont les inspecteurs... j'eus pu. J'eus pu évoquer les mille et unes petites anecdotes quotidiennes qui fleurissent ma professorale existence... j'eus pu.

Mais j'ai été prise d'une incommensurable flemme, d'un manque d'envie, d'une paralysie du clavier et du cerveau, tous les symptômes d'un prof en attente impatiente des vacances, puis d'un prof perdu dans la douce torpeur bienheureuse et ensoleillée de vacances tranquilles durant lesquelles ma principale préoccupation a été de trouver des idées de balade pour Titefille...

Mais me revoilà, aussi fraîche, dispose et vigoureuse que possible (...) prête à rattraper le temps perdu en vous narrant très prochainement toutes les aventures que vous avez ratées, et que vous rêvez sans doute de découvrir, en admettant que tous mes lecteurs n'auront pas totalement déserté ce blog...

Voilà. Tout ceci n'apporte rien de neuf, mis à part mes plus plates excuses et l'espoir de vous retrouver. Je vous promets une note avant la fin de la semaine, c'est dire que je me remotive...

Posté par sifi à 11:29 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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