La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

27 avril 2007

Sortie (1)

On pourrait croire que la visite d’un camp de concentration nazi avec des jeunes de la téci de chez nous est une opération kamikaze, tellement la plus élémentaire bienséance est pour eux quelque chose de totalement exotique la plupart du temps, un peu comme si on jetait un gibbon de Madagascar en pleine banquise polaire (vous z’inquiétez pas, j’étais au zoo cet après-midi avec Titefille, ce post risque d’être bourré d’allusions à des tas d’animaux).

Eh bien vous vous trompez. Ils ont, pour la plupart été aussi calmes que des Paresseux de Papouasie, c’est dire.

*J’ouvre ici une parenthèse pour préciser qu’en aucun cas je ne me moque de mes élèves, je fais des comparaisons qui me semblent rigolotes, c’est tout. De plus, pour ceux qui ne comprendraient pas le second degré je vais préciser que la visite du camp m’a choquée, que j’ai été très émue et même à la limite de me sentir mal dans certains endroits. Simplement je pense que ce n’est ni l’objet ni l’étant d’esprit du blog d’en parler. Je referme ici la parenthèse.*

En fait, la menace absolue de rester dans le bus pendant que les autres allaient visiter le camp les a fait réfléchir sur le soudain intérêt de la visite. Par ailleurs je pense que l’ambiance traumatisante du camp y a été pour quelque chose au fur et à mesure .

Non, là où réside le vrai danger de sortir des ados à casquette et fut sur les chevilles de leur téci natale, c’est le regard des autres. Vrai de vrai !

C’est sûr qu’ils ont l’air de petits loubards, que la casquette MBA à l’entrée du camp (plus à l’intérieur), que les pantalons qui découvrent de ravissants caleçons à motifs variés achetés par lot de douze par leurs mamans au marché de la ville ne jouent pas en leur faveur. Ils parlent fort (curieusement, dans leur milieu naturel ça se remarque moins) et forcément, langage jeun’s, lâchent des ‘tain tous les deux mots, surtout quand ils sont impressionnés.

Pour en revenir à notre sortie, tout a commencé avec le chauffeur de bus, manifestement tétanisé de terreur en voyant débarquer cette horde hurlante (en fait ils parlaient normalement) et déchaînée (ils étaient presque rangés). En même temps faut les comprendre, hein, vous prenez des pélicans, vous ouvrez leur cage et vous mettez du poisson frais à la sortie, faut pas non plus leur demander de se conduire comme des énarques.

Le chauffeur, donc, s’est lancé dans un discours intéressé et intéressant pour expliquer à nos jeun’s que quiconque volerait le marteau pour briser les vitres devrait « se frotter à la maréchaussée ». Bien. Va falloir qu’on lui explicationne, au brave monsieur, que sérieusement, voler le marteau à incendie qui est vissé, je dis bien vissé  (à ce propos on fait comment pour casser la vitre d’urgence, on prend son tournevis de poche ?) ne leur vient pas à l’esprit si on ne leur en donne pas l’idée, donc là ils leur a donné une idée en or. En plus, des expressions comme « se frotter à la maréchaussée » échappe complètement à leur vocabulaire… c’est un peu comme si vous demandiez à un zèbre d’expliquer à un tigre qu’il faut se tenir à carreau sinon le gardien du zoo va sévir. A la limite « frotter » pour eux est un synonyme de peloter ou peut-être pour certaines filles de sécher la vaisselle. Quand au mot « maréchaussée » je n’ose même pas imaginer comment ils le traduisent.

Dans cette fameuse mise au point, il a également interdit de coller des chewing-gum sous les sièges « ah, on peut manger des chewing-gums ? Mais le prof l’avait interdit ! » (bravo monsieur !), de manger ou d’entortiller les rideaux (merci aussi pour la bonne idée !)… Bref, rien que du banal, mais vous verrez, ça a son importance. Parce que les élèves, eux, ne demandent rien de mieux que d’écouter leur MP3 tranquilles dans le fond du bus, de se prendre en photo avec leur portable et de faire les ruminants puisque le chauffeur a dit qu’ils avaient le droit. Mais le chauffeur, lui, c’était un psychopathe. J’vous jure, un vrai.

Mais pour connaître la suite, il faudra attendre un peu (ou comment reconquérir son lectorat…)

Posté par sifi à 20:30 - Permalien [#]